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Les formes élémentaires de l’aliénation (réponse à Enzo) 22 février 2010

Par Thierry Klein dans : Aliénation, Politique.
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Enzo a laissé une diarrhée de commentaires sur mon précédent article « L’aliénation choisie ».

En fin d’écoulement, Enzo finit par écrire qu’il ne sait pas très bien ce qu’est l’aliénation (ce qui fait que pour lui, à la fin des fins, tout devient « une question de curseur »). Il y a pas mal d’autres choses, positives et négatives, à prendre dans les commentaires d’Enzo qui sont aussi intéressants par leurs « a priori » et en particulier ce que j’appelle « l’a priori féministe ».

J’y répondrai progressivement, dans ce billet et dans ceux qui suivront, mais en attendant, tu n’as pas idée du plaisir que je prends, cher lecteur, à affirmer des conjectures, à les écrire sur ce ton professoral et pontifiant et à les regrouper sous un titre pompeux, un peu comme un professeur en classe prépa (on a le syndrôme de Stockholm qu’on peut !). Sans penser que tu vas (peut-être) les lire. Rien que pour ça, ce blog est totalement irremplaçable. Merci, merci, merci !

Le concept d’aliénation suppose une victime et un oppresseur, ainsi qu’une sorte de « collaboration » entre la victime et son oppresseur. Pour bien comprendre les différentes formes d’aliénation, il faut s’intéresser au côté conscient ou inconscient de la victime, au côté conscient ou inconscient de l’oppresseur et aussi à la réalité de l’oppression (il n’est en effet pas toujours évident de savoir s’il y réellement une victime et un oppresseur).

On peut jouer presqu’à l’infini avec tous ces paramètres et s’en servir pour créer une typologie des aliénations.
L’esclavage: contrainte et aliénation

Dans l’esclavage, la victime est consciente et l’oppresseur est, le plus souvent, lui aussi conscient de l’oppression. Dans ce cas, on ne parle pas d’aliénation mais plutôt de contrainte. La notion d’esclavage est incompatible avec la notion de liberté individuelle ce qui fait qu’il n’est pas toléré dans les pays dont la législation découle plus ou moins « des Lumières ». Cette situation reste une exception historique et l’esclavage reste une structure fondamentale du développement de l’humanité à travers presque tous les âges.

Dans certains cas, l’esclavagiste peut être inconscient. Aristote réduit l’esclave au rang « d’objet animé », dont la vocation est d’être commandé et justifie ainsi la légitimité de l’esclavage par l’intérêt commun du maître et de l’esclave. On peut dire qu’Aristote rationalise ainsi une structure dont il tire évidemment un avantage personnel, comme le faisaient les esclavagistes américains ou Afrikaners (comme le font aujourd’hui les néo-libéraux qui justifient les excès du capitalisme par son utilité finale) mais c’est prendre un homme génial pour un pur imbécile.

Plus probablement, Aristote voit dans l’esclavage une sorte de « structure stable et naturelle de développement de l’humanité », au sens où un structuraliste pourrait aujourd’hui la concevoir. Ce que je veux dire par là, c’est qu’il n’est pas certain qu’Aristote soit juste un pré-hégélien ou un pré-marxiste, totalement inconscient du côté arbitraire et injuste de la relation « maître / esclave » (il évoque d’ailleurs ces deux aspects). Aristote raisonne surtout en politique et voit les inconvénients qu’il peut y avoir à casser cette relation pour le bon développement de la société. En ce sens, il est aussi un « post-marxiste » qui a su tirer les leçons de la chute du Mur – le communisme, c’est à dire la destruction systématique de toutes les relations capitaliste / travailleur, fussent-elles injustes, ne fonctionne pas car il ne crée pas un modèle politique harmonieux de développement, une « structure stable et naturelle de développement de l’humanité ».

[Par rapport à quelqu'un comme Elisabeth Badinter, il se pourrait bien qu'Aristote ait 100 ans d'avance et non pas 2000 ans de retard. Je m'expliquerai plus en détail sur ce point dans mon prochain billet.]

Le servage

Dans le cas du servage, tel qu’il est pratiqué en France au Moyen-âge, il est clair que seigneur et serf sont en grande partie inconscients, sans que le côté contrainte de la relation ne soit jamais totalement éliminé cependant. Le Noble est certain que sa supériorité repose sur des critères génétiques et de caractère, le Serf voit dans la société une structure naturelle – on est dans un cas d’aliénation à peu près pur, si l’on admet que l’oppression est bien réelle (elle l’est, au moins sous l’angle de la liberté politique ou des droits de l’homme – 2 critères auxquels j’ accorde beaucoup de valeur, mais dont l’objectivité me force à reconnaître le caractère arbitraire et exceptionnel au sens historique).

Cette forme d’aliénation disparaît de façon tout à fait remarquable: la prise de conscience de l’aliénation la fait disparaître.

Avec Voltaire et Beaumarchais, Noble et Serf perdent progressivement l’illusion de leur différence. La demande « naturelle » du serf pour la liberté n’est plus contrebalancée par la croyance du Maître en sa supériorité. L’ordre naturel des choses s’effondre. La Révolution française n’a lieu que parce que les Nobles ne croient plus en leur supériorité intrinsèque. Ils ne se battent alors plus que pour conserver des privilèges. Ce combat est perdu d’avance, ne serait-ce que sur le plan moral.

Le travailleur et le capitaliste.

Marx nous parle d’une aliénation inconsciente du travailleur par le capitaliste et décrit, dans le premier livre du Capital, comment se crée la dépendance et l’oppression. Pour lui, le travailleur n’a que l’illusion de la liberté mais la plus-value qu’il crée par son travail est intégralement captée, à ses dépens, par le Capitaliste.

[A noter, pour Enzo, que Marx, comparant les taux de surtravail (2) de l'esclave, du serf et du travailleur montre que l'aliénation par le travail est la pire qui soit – au sens où l'ouvrier, en pourcentage de son temps de travail, passe plus de temps au bénéfice de son patron que l'esclave antique ou que le serf. En ce sens, l'aliénation capitaliste est pire que l'oppression esclavagiste].

L’aliénation dont parle Marx est de nature inconsciente, au moins pour l’ouvrier, qui n’a que l’illusion de la liberté. Marx crédite le capitaliste d’un plus haut niveau de conscience et montre comment l’exploitation ouvrière est organisée de façon rationnelle.

La réalité de l’aliénation marxiste reste à prouver. A partir du moment où le travailleur est formellement libre (d’aller voir ailleurs, de relire son contrat…), peut-on vraiment changer la société et les lois sur le présupposé que c’est un imbécile qui se laisse aliéner ? La gauche vous répondra « plutôt oui » (et c’est pourquoi elle a des tendances liberticides, au sens où elle veut changer les choses contre le gré de gens dont la prise de conscience n’a pas « encore » eu lieu), la droite vous répondra « plutôt non » (et c’est pourquoi elle a des tendances anti-sociales et un lien très fort avec la bêtise, puisqu’elle cherche avant tout à protéger et à nier des privilèges qui lui sont pourtant littéralement jetés sous les yeux ).

De toutes les façons, on reste dans le domaine des sciences sociales, c’est à dire en dehors du domaine de la science (3) et toujours dans le domaine de la conjecture, même s’il y a des degrés dans le niveau de la conjecture. Un des drames des sciences humaines est que les plus grands découvreurs, comme Marx ou Freud, pensent que leurs conclusions sont de nature scientifique alors que seule leur approche l’est. Là aussi, il me semble qu’Aristote, n’ayant pas cette illusion, leur est supérieur.

[Tu t'indignes et tu bous, cher lecteur qui te sens une fibre sociale, mais comme toi, je pense que les situations sociales que décrit Marx sont inhumaines et doivent être combattues. Simplement, la réalité de l'aliénation est un problème différent. Le fait qu'il y ait des situations inacceptables ne prouve pas en soi l'aliénation. Il se pourrait que les situations inacceptables soient inévitables, comme le pense Malthus, et que la notion d'aliénation procède d'un autre trait de caractère humain: la recherche d'une cause facile et pour tout dire, d'un bouc-émissaire.]

Marx a étudié la révolution française, Lénine et les bolcheviks sont littéralement captivés par son exemple et pensent qu’il est possible de renverser le régime capitaliste comme les Lumières ont renversé la Royauté, à ceci près que la prise de conscience aura lieu après la révolution et non pas avant. Il faut au moins deux présupposés pour penser ceci: penser que l’aliénation est réelle (j’ai déjà parlé de ce premier point) et surtout penser qu’une société de type marxiste-léniniste peut constituer un « état stable de l’humanité ».

Les bolchevicks négligent ce point car la Révolution française a débouché, certes après beaucoup de massacres et de guerres, sur une société totalement nouvelle, sans esclave, bâtie autour d’un principe de liberté et d’égalité : cet état de choses tient maintenant sans trop grosse contrainte depuis deux siècles. On est sorti d’une structure stable pour aller tout naturellement vers une autre structure stable – et cette nouvelle stabilité empêche le retour en arrière (la Restauration). Il apparaît aux Bolcheviks que le plus dur, c’est de réussir la révolution.

Mais la vraie question, on le sait à présent c’est celle-ci: la structure qu’envisage Marx (ou plutôt Lénine) pour sa société peut-elle être stable ?

La question reste posée puisqu’un échec, celui de la période 1917-1989, ne peut pas prouver l’impossibilité théorique (4). De façon scientifique, je ne peux donc pas répondre non, mais de façon sensible et empirique, je pense profondément que la correction de l’aliénation par la prise de conscience est une vision de l’esprit (5), que les sociétés bâties selon les principes marxistes sont forcément inhumaines et ne peuvent, en tant que telles, perdurer de façon stable. En gros, ma position vis à vis du marxisme est « quelle que soit la réalité du phénomène constaté par Marx, le remède qu’on nous propose est pire. Et la possibilité même d’un remède de nature structurelle et permanente n’a pas encore été établie. ».

(La révolution française: une révolution qui réussit et qui aboutit vers un modèle de société stable.
Le communisme : une révolution qui réussit et une société qui échoue, car non stable.)

Le féminisme, l’aliénation maternelle.

Pour les féministes, l’aliénation de la femme est un processus inconscient pour la victime et plus ou moins conscient pour l’homme (comme chez Marx, on prend l’opprimé pour un imbécile mais on fait en quelque sorte honneur à l’oppresseur en lui accordant un degré de conscience assez élevé. On peut excuser ce travers et penser que, s’il y a réellement aliénation, l’indignation que montrent les féministes et Marx envers l’oppresseur est somme toute assez naturelle).

Mais là aussi, y a-t-il aliénation ? Dans le modèle « la femme au foyer, l’homme au boulot » qui a prévalu jusque dans les années 60 dans notre société, il est difficile de déterminer oppresseur et victime. Il y a juste partage des tâches, l’homme faisant indirectement vivre à la famille à travers son temps passé au travail et la femme directement par le temps passé au foyer.

L’aliénation féministe est encore plus difficile à mettre en évidence que l’aliénation marxiste. Au moins Marx peut-il mettre en évidence une captation de plus-value, qui constitue une sorte de « symptôme » aliénant – sans que l’aliénation elle-même ne soit formellement prouvée. Mais rien de tel chez les féministes. Pas de lien d’intérêt direct entre homme et femme, juste une contribution pour un objectif commun. Depuis au moins 50 ans, la femme est aussi tout à fait libre de travailler (c’est à dire, au sens marxiste, libre de s’aliéner). Donc il n’y a pas non plus contrainte, au sens où je le définissais précédemment dans ce billet.

Les liens entre féminisme et marxisme.

Les deux reposent sur la dénonciation d’une structure d’aliénation inconsciente et non démontrée (ce qui fait que les féministes comme les marxistes sont de gauche), mais ces aliénations sont inconciliables et opposées: si les femmes travaillent « comme » les hommes, ce qui est le cas aujourd’hui, l’exploitation des travailleurs augmente (en gros, il faut deux personnes aujourd’hui pour faire vivre un foyer alors qu’il en fallait une il y a un siècle. Le temps passé à faire la vaisselle est troqué contre le temps passé à s’acheter le lave-vaisselle. Est-ce un progrès ?).

En augmentant la taille de « l’armée de réserve », les femmes mettent les travailleurs de tous les sexes en concurrence au bénéfice du Capitaliste, qui profite à la fois de l’augmentation de la réserve de travailleurs et de celle du nombre de consommateurs (c’est à dire du marché). (6)

Le slogan féministe : « A travail égal, salaire égal ! (pour les femmes)». La réalité « A travail égal, salaire inférieur » (pour tous !).

Il semble honteux, pour les féministes, d’invoquer la « loi naturelle » pour justifier la femme au foyer, ou simplement la femme qui élève son enfant. Il n’y aurait là qu’aliénation. Les deux hypothèses étant des conjectures, qui plus est non exclusives l’une de l’autre, j’ai plutôt tendance à croire en la réalité d’une loi naturelle, observable chez la plupart des espèces animales et dans la plupart des sociétés, qui fait que la femme a plus naturellement « envie » de s’occuper de ses enfants que l’homme.
Je ne suis pas sûr que le mélange à égalité des rôles parentaux corresponde à une structure stable de la société et je pressens autant d’inconvénient à imposer ceci qu’il a pu y en avoir à imposer une structure marxiste de la société.

Le capitalisme moderne crée aujourd’hui des foyers où les enfants sont laissés à l’abandon par les parents des deux sexes – au mieux, ils sont laissés à l’éducation des tiers (professeurs, nounous, etc…) - le but final semblant être de pouvoir les équiper de Nike. On a troqué l’éducation parentale contre des biens de consommation. Mais une des sources de la supériorité de l’homme, c’est sa capacité à transmettre aux générations futures et son principal risque de survie, en tant qu’espèce, c’est son incapacité à maîtriser sa consommation, qui se traduit par l’épuisement des ressources dont il vit.

La femme au travail, au regard de ces deux critères, apparaît donc avant tout comme un élément de développement non durable.

(J’espère que comme Enzo tu m’excuseras, cher lecteur, pour cette phrase qui peut sembler provocatrice mais dont j’admets volontiers que le principal intérêt est de fournir une chute élégante à ce billet qui commence à se faire un peu long mais qui est loin d’être terminé. Je t’infligerai rapidement une suite dont la trame est la suivante: aliénation et névrose, l’aliénation consommatrice, imprégnation et aliénation, aliénation allemande et Lebensraum, aliénation envie et victimisation, le syndrôme de Stockholm humain, l’aliénation animale, une modélisation physique des sociétés stables).

(1)Cela semble un point évident, mais ce n’est pas si facile à montrer. Si le critère est la liberté ou les droits de l’homme, l’oppression du serf par le seigneur est réelle.
(2)Dans le temps de travail de l’esclave ou du travailleur, Marx distingue le temps nécessaire pour assurer sa subsistanceies du temps (sorte de minimum de travail incompressible) du temps qui enrichit ou accroît le confort de son oppresseur (sorte d’unité de mesure de l’aliénation).
(3)On est dans le domaine de la science quand on est capable de prédire des phénomènes de façon quantitative à partir de lois déduites de l’observation.
(4)Qui plus est le marxisme-léninisme ou le stalinisme ont à peu près autant de choses à voir avec Marx que l’Eglise de l’Inquisition avec les évangiles.
(5) Comme l’est, au niveau individuel, la correction de la névrose par la prise de conscience.
(6) Un problème politique intéressant en découle. Dans la mesure où les aliénations s’entrechoquent, une société sans aliénation est-elle possible ou simplement souhaitable ? Selon quel modèle les aliénations s’entrechoquent-elles ? Je sens ton impatience, cher lecteur, surtout si ton nom est Enzo et j’essaierai de te fournir quelques conjectures à la fin de ce billet.

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L’aliénation choisie 14 février 2010

Par Thierry Klein dans : Politique.
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Elisabeth Badinter dénonce “l’aliénation maternelle” et l’idéologie du “retour de la femme au foyer”. Mais si la femme n’est pas au foyer, elle est au travail, ce qui est aussi une aliénation. Et l’indépendance financière la rend consommatrice, c’est-à-dire aliénée par la publicité.

Le fait que ces deux dernières formes d’aliénations soient “mixtes” et touchent à la fois hommes et femmes ne les rend pas meilleures ni plus souhaitables, comme Elisabeth Badinter semble le croire.

[Le fait de préférer les aliénations mixtes (travail, consommation) à l'aliénation féminine (allaitement...) montre d'ailleurs à quel point le féminisme, tel que le conçoit Elisabeth Badinter, est plus une frustration qu'un humanisme]

Vouloir imposer à un être humain de renoncer à son aliénation (autrement dit, en langage courant, “vouloir faire le bien de quelqu’un contre son gré”) procède toujours d’une vision totalitaire (inquisition, stalinisme…).

On peut certes rêver de lendemains meilleurs, d’un âge d’or où les hommes et les femmes ne subiraient plus d’aliénation consciente ou inconsciente.

Mais en attendant, on n’a pas inventé mieux que la Liberté (qui n’est au fond que le droit, pour chaque être humain, de choisir son aliénation et non pas la fin de l’aliénation).

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BHL à “On n’est pas couché”.

Par Thierry Klein dans : Critiques.
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J’ai lu 4 ou 5 livres de Bernard-Henri Levy - tous mauvais, mal écrits, superficiels et, ce qui ne pardonne pas pour moi, lourds.

Mais à chaque fois que je le vois à la télé, il y est excellent, intéressant, parfois même profond - et reste assez léger.

Il n’y aurait pas grand chose à reprocher à BHL s’il ne cherchait pas à s’intituler philosophe ou écrivain (jamais je n’ai vu un tel décalage entre l’écrit et l’oral !).

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Tendre, et surtout savoureux. 4 février 2010

Par Thierry Klein dans : Animaux.
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(Via Animal mon prochain)

Aussi tendre, mais moins savoureux.

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Mort de J.D. Salinger

Par Thierry Klein dans : Littérature.
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Le meilleur article que j’ai pu lire (Eric Neuhoff), le plus instructif (New Yorker ).

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D’un certain discours lénifiant sur le numérique à l’école vu comme un symptôme de la perte du capital scolaire.

Par Thierry Klein dans : Crise Financière, Economie.
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Françoise Benhamou (Le Monde du 27/01/2010) décrète que « le numérique à l’école constitue le grand oubli du grand emprunt ».

Elle nous présente les technologies numériques, en vrac, comme l’avenir, la panacée, le symbole de l’enseignement de demain, les technologies qui créeront les emplois, relanceront notre économie, éveilleront nos enfants et même, réduiront leurs scolioses (je m’arrêterai là car les lieux communs me manquent).

Un impact industriel quasi nul

Mais introduire les technologies numériques à l’école, surtout sous la forme d’un « plan d’équipement massif en tableaux interactifs » comme le propose Françoise Benhamou n’aurait aucun effet de levier industriel. Presque tous les fournisseurs d’ordinateurs et de tableaux interactifs » étant étrangers : ces dépenses iront donc, tout naturellement, renforcer d’autres économies que la notre.

Seul donc l’argument pédagogique pourrait justifier un tel plan, même si c’est un argument à très long terme puisqu’il il faudrait une bonne dizaine d’années pour que les élèves concernés rentrent dans la vie professionnelle.

Les tableaux interactifs sont-ils utiles pour l’enseignement ?

En tant que chef d’une des entreprises qui en vend le plus en France, je vais vous répondre “Oui, bien sûr !”. En tant qu’individu intuitif et à titre personnel, j’en suis assez convaincu. Mais en tant qu’être humain raisonnable, doté d’une capacité d’analyse critique, lisant à peu près tout ce qui s’écrit dans ce domaine, je suis obligé de reconnaître qu’il n’y a aucune preuve : les études sérieuses sur le sujet sont à peu près inexistantes et les retours d’expérience contradictoires (aux USA, certaines écoles abandonnent progressivement l’utilisation des nouvelles technologies).

Au fur et à mesure que la technologie se répand, la question même de l’utilité devient tabou, un intérêt commun finissant par réunir décisionnaires, acheteurs, vendeurs et utilisateurs.

En vérité, ce que masquent tous ces discours lénifiants, qui s’apparentent au final à de la pure propagande, c’est une perte de projet et de capital scolaire, au sens où l’entend Bourdieu dans La Noblesse d’Etat.

” La logique qui pousse les écoles les plus démunies de capital proprement scolaire [...] trouve un contrepoids qui impose un effort pour accumuler du capital scolaire, fût-ce au prix d’une exhibition ostentatoire des signes extérieurs de l’avant-gardisme pédagogique: par exemple en déployant des trésors d’invention moderniste, tant en matière d’équipements, laboratoires de langues, ressources informatiques, moyens audio-visuels, qu’en matière de techniques pédagogiques, qui se veulent toujours plus actives, plus modernes, plus internationales. “

1) Les budgets de l’Education Nationale sont de plus en plus réduits, le nombre de professeurs diminue. Simultanément, on met en valeur un peu partout les investissements TICE les plus visibles et les plus modernistes (laboratoires de langues, ressources informatiques, etc…). Cet effort masque (ou plutôt accompagne) la baisse moyenne du capital scolaire. Combien de professeurs vaut pour un TBI ?

2) Le Royaume-Uni, pays « exemple » selon Mme Benhamou car « déjà » équipé presqu’à 100% en tableaux interactifs, est surtout le pays où l’enseignement a été le plus désorganisé dans les 10 dernières années. Depuis les réformes de Tony Blair, les écoles se sont retrouvées de plus en plus en concurrence et doivent afficher des « signes extérieurs» de capital scolaire à défaut d’en posséder toujours. Faut-il intégralement s’en inspirer ?

3) De Gaulle refusait d’inaugurer les chrysanthèmes mais on inaugure plusieurs fois par jour des tableaux interactifs et des écoles numériques. Presqu’à chaque fois, le discours est similaire et lénifiant, toutes tendances politiques confondues. On parle de l’avenir de la nation qui passe par les TICE, de la réduction de la fracture numérique… On masque, une fois encore, l’absence de projet.

4) Or, la réalité du terrain, je la constate quotidiennement : une grande partie de l’équipement déjà acheté est sous-utilisé. On voit souvent du matériel flambant neuf et rien derrière. Peu de support, peu de suivi, peu de compétence et surtout, aucune réflexion éducative.

Faut-il donc, dans ces conditions, faire de l’école numérique la norme ?

Evaluer les effets de l’Ecole Numérique.

L’évaluation de la politique numérique reste à faire, en France comme ailleurs.

Reconnaître ce point, là est l’avantage compétitif et industriel.

La France s’est dotée depuis une vingtaine d’années d’un système d’évaluation de masse, mais le temps nécessaire pour obtenir des résultats est trop long compte tenu de la vitesse des changements qui s’opèrent dans le secteur numérique.

Depuis quelques années, une chercheuse française, Esther Duflo, a utilisé la méthode aléatoire pour évaluer les effets des politiques de lutte contre la pauvreté avec des résultats remarquables.
La méthode aléatoire repose sur des évaluations faites sur des petits groupes dont les caractéristiques sont identiques au départ. Un de ces petits groupes adopte un « processus nouveau» et on compare ensuite, sur des critères précis, leur performance (leur richesse, leur taux d’équipement, d’épargne, etc…).

Il est stupéfiant de constater qu’avec des moyens très limités, la méthode aléatoire a donné, en Inde, plus de renseignement sur les usages du numérique que dans tous les pays développés !

Le tableau interactif est-il plus utile en zone rurale ou urbaine ? Faut-il en mettre plus ou moins dans les zones défavorisées ? Un par classe ou un par école ? Peut-on réellement observer des améliorations de niveaux pour les classes qui l’utilisent ? Y a-t-il des matières où son rendement s’avère meilleur que d’autres ? A coût comparable, vaut-il mieux embaucher une personne chargée du soutien scolaire ou investir dans une classe numérique ?

Ne serait-il pas intéressant d’avoir un début de réponse à toutes ces questions pour la France ?

La méthode aléatoire permet d’obtenir des résultats rapides de façon peu coûteuse et à partir de là, d’infléchir les politiques.

Dans un secteur aussi sujet aux idées reçues et aux influences de toutes sortes, dans un secteur finalement aussi peu connu que le Numérique, il ne devrait pas y avoir d’investissement sans une réflexion, menée simultanément, sur l’évaluation future et à court terme de cet investissement.

En mesurant l’efficacité relative de différentes mesures, les expérimentations aident les décideurs à mieux dépenser l’argent public.

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Internet ou la paupérisation croissante des travailleurs intellectuels 22 janvier 2010

Par Thierry Klein dans : Blogs et journalisme, Dr House, Google, Technologies.
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Dans son Capital, Marx décrit comment les grandes usines de la révolution industrielle, « coopérations de machines » ont succédé aux manufactures du Moyen-Âge, « coopérations d’hommes », infiniment moins productives.

Le travailleur de Marx, qui effectue une activité physique, se retrouve en concurrence avec la machine et ce qui en résulte, c’est sa paupérisation.

Qu’est-ce qu’un journal ? C’est exactement une manufacture, au sens où la décrit Marx, à ceci prêt que le produit final (le journal) résulte d’une coopération intellectuelle et non pas d’une coopération physique. C’est pour ça qu’il a survécu à la révolution industrielle : on n’a pas encore inventé de machine pour écrire. (Le terme machine à écrire est un pur abus de langage : il faudrait en fait parler d’imprimante à clavier).

Quelle est l’action de Google sur la manufacture journalistique ? Google (qui est une machine) met automatiquement le journaliste en concurrence, non pas avec des machines, mais avec les productions intellectuelles de tous les autres écrivains, journalistes (ou même indignes blogueurs), de la terre.

Cette mise en concurrence de la production intellectuelle du journaliste est brutale, immédiate, sauvage et aussi déloyale : le blogueur n’est pas un salarié rémunéré. Le plus souvent, il ne cherche pas à vendre son droit d’auteur. Il est impossible pour le journaliste, qui doit en vivre, de s’aligner financièrement.

Confronté au phénomène de « création spontanée et gratuite » de contenu, les journaux ont invoqué la qualité soi-disant supérieure de leur création, de leur formation, de leur déontologie, etc…

Il n’est pas certain que cet argument soit fondé car, comme tu peux t’en rendre compte en ce moment, cher lecteur, les billets de ce blog constituent des productions intellectuelles tout à fait remarquables et seul le désintéressement total, qui touche à la sainteté, de leur auteur est la cause de leur publication sous cette forme totalement gratuite.

Surtout, l’histoire nous montre que l’argument de la soi-disant qualité est totalement vain. En leur temps, les artisans l’ont invoqué contre les manufactures, puis les manufactures contre les machines, plus récemment les usines occidentales contre la production chinoise. Quand les produits sont à peu près identiques pour le consommateur, c’est le plus facile d’accès – c’est-à-dire en général le moins cher – qui l’emporte.

Les journaux étant financés par la publicité, on a observé depuis quelques années un déplacement de la publicité « papier » vers la publicité « Internet » (gérée par Google) : plus qu’un changement de support media, ce déplacement s’interprète, en termes marxistes, par une captation d’une partie de la plus-value réalisée par la manufacture journalistique au profit de la machine développée par Google.

Au temps des machines, le Capitaliste obtient un avantage concurrentiel en finançant machine et travail, ce qui lui permet d’empocher la plus-value.

Mais ce qui est remarquable au temps de l’Internet, c’est que si Google jouit bien de l’avantage concurrentiel grâce à son moteur ou à Google News, il ne finance aucun travail ni aucune production intellectuelle. En mettant en place un mécanisme de liens publicitaires sponsorisés, Google transforme en plus-value un travail qu’il ne contrôle pas et sa position stratégique est infiniment plus fragile que celle de l’industriel de Marx.

Si la production « spontanée » de contenu diminuait un jour, pour des raisons sociologiques ? Si un autre moteur proposait des rémunérations publicitaires plus intéressantes que Google ? Si des états – France ou Chine - tentaient de saper le mécanisme de création de valeur de Google ? Ou si les journaux les plus lus s’entendaient entre eux pour refuser leur contenu à Google, empêchant le mécanisme de mise en concurrence sauvage de fonctionner ?

Dans tous ces cas, dont vous lisez des exemples quotidiens dans la Presse, la position de Google serait violemment attaquée, peut-être de façon vitale.

Google a pleinement conscience de cette fragilité et il ne faut pas interpréter autrement les multiples entreprises menées pour tenter de capter de façon plus pérenne cette plus-value.

Si, par exemple, sa tentative de numériser tous les livres aboutit, Google captera ad vitam aeternam une partie des droits publicitaires générés par le trafic lié aux livres et cette captation aura une durée supérieure au droit d’auteur lui-même puisque Google continuera à toucher de l’argent lorsque les œuvres seront tombées dans le domaine public.

Le cas de Google et de la presse est évidemment emblématique mais Internet met en danger un grand nombre de secteurs de production intellectuelle à court ou moyen terme, par des mécanismes de captation similaires (mise en concurrence, utilisation d’une abondance de contenu) :

- la médecine. Dans un grand nombre de cas, une description, même à distance, des symptômes permet d’arriver à un diagnostic. Il existe déjà des sites et des forums où on peut décrire son cas et les résultats sont absolument remarquables. Je vous invite à suivre l’épisode « Epic Fail » de Dr House (Saison 6) où le patient obtient de meilleurs résultats par Internet qu’avec l’équipe de House. (Cher lecteur, invoquer l’exemple vulgaire d’une série américaine peut sembler totalement déplacé à l’intellectuel que tu es. Tu as eu du Marx. Tu attendais une citation biblique. Ou au moins du Freud ? Et tu te retrouves avec du House ! Mais rassure-toi, House, c’est un peu tout ça à la fois. Ce n’est pas du tout une série banale mais une œuvre à part entière et tu le vérifieras en allant lire mes billets concernant cette série).

Ce qui protège encore les médecins ? Le côté sacré du traitement de santé. Ce qui les attaque ? La nécessité de réduire les coûts.

- l’ingénierie. Internet met les ingénieurs du monde entier en compétition. Dans le secteur informatique, il est devenu plus rentable de développer « offshore ». Des sites comme Odesk mettent en concurrence les ingénieurs de tous les pays, à des coûts horaires souvent inférieurs au Smic. Qui plus est, l’Open Source crée pour tous les ingénieurs informatiques une concurrence gratuite.

- La création graphique, le design… sont déjà touchés et l’effet ira s’accentuant lorsque des moteurs de recherche d’image permettront de rechercher des images de façon aussi efficace que du texte, par style, par goût, etc… (Google travaille sur un moteur “intelligent” de recherche d’images).

- Il est impossible de faire une liste exhaustive mais tous les métiers intellectuels dits “de profession libérale”, à de rares exceptions prêt, seront impactés pour au moins une partie de leur pratique (juristes, enseignants, consultants d’entreprise…).

Au chapitre 25 du Capital, Marx, citant Bertrand de Mandeville, déclare que la richesse la plus sûre (pour le capitaliste) consiste dans la multitude des pauvres laborieux.

Pour Google, la richesse la plus sûre, c’est juste la multitude des êtres humains connectés.

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L’échec de la réforme de santé aux USA 4 janvier 2010

Par Thierry Klein dans : Economie, Politique.
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Aux Etats-Unis, le secteur de l’assurance santé est, dans presque tous les états, un oligopole.

Principale conséquence: les dépenses de santé représentent 15% du PIB (soit 50% de plus qu’en France, avec un taux de couverture de la population beaucoup plus faible. Si on prend les dépenses de santé par personne, on obtient un facteur 2. Pour les personnes ayant accès au système, on obtient un facteur 3 à 4 !).

Les intérêts des financeurs de soins (mutuelles), des donneurs de soins (hôpitaux, médecins) et des sociétés pharmaceutiques sont liés: tous ont intérêt à ce que les coûts de santé augmentent (voir mon billet de juin 2009).

Le principal, l’unique enjeu même de toute réforme de santé aux USA (inscrit dans le programme d’Obama) est la mise en place d’un système public de sécurité sociale, le seul capable de faire baisser le coût des soins en mettant réellement, dans chaque état, les mutuelles d’assurance et les laboratoires en concurrence.

Avec un système public de sécurité sociale, les américains ont les moyens de faire baisser les coûts de la santé tout en étendant la couverture à l’ensemble de leur population, sans pratiquement aucune restriction.

Tout le lobby de la santé (entraînant derrière lui bon nombre de démocrates) et les républicains se sont battus becs et ongles contre une telle réforme avec des arguments d’un simplisme confondant: on a mis en avant la “liberté de choix des soins” (alors que la population américaine n’a pas accès aux soins aujourd’hui !) pour cacher l’avidité et le besoin de profit de quelques uns.

La réforme du système américain telle qu’elle a été finalement votée ne profitera durablement qu’au lobby de la santé - et principalement aux mutuelles et aux laboratoires.

L’option publique (ce qu’on appelle en France la sécurité sociale) n’est ouverte qu’à environ 5 millions de personnes - les salariés les plus pauvres. En conséquence, le pouvoir de négociation de cette “sécurité sociale” pour faire baisser les prix sera quasiment nul.

30 millions de personnes supplémentaires auront accès au système de couverture privé - ce qui correspond à la création d’un nouveau marché énorme pour le lobby de la santé, d’autant plus que, les coûts étant non maîtrisés, les primes vont augmenter encore plus que par le passé pour les assurés… et pour l’état (il est simplement prévu des objectifs de “réduction des prévisions d’augmentation des coûts” (!) qui non seulement ont un caractère peu contraignant mais de plus sont incontrôlables).

Le nouveau régime ne cessera d’être de plus en plus déficitaire. Dans 3 à 10 ans, tout au plus, on atteindra les 20% du PIB et un congrès, probablement républicain, prendra acte du trou sans fond ainsi creusé et en profitera pour revenir en arrière sur l’ensemble de la réforme.

Obama a parlé du “meilleur compromis possible”. En réalité, il vient d’oblitérer la possibilité de toute réforme réelle de santé aux Etats-Unis pour les 30 à 50 ans à venir.

Il en sera de cette tentative de réforme comme de la lutte contre le chômage en 1983 en France ou des 35h aujourd’hui: sous prétexte que ceux qui s’y sont frottés ont lamentablement échoué, on condamne durablement l’objectif même au lieu de tenter d’y parvenir en utilisant d’autres moyens.

Et mieux vaut encore un échec visible (Copenhague) qu’un faux succès qui clôt le débat pour des décennies.

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Comment Nespresso transforme Wikipedia en brochure publicitaire 1 décembre 2009

Par Thierry Klein dans : marketing.
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Si vous lisiez les extraits suivants dans un document, penseriez-vous avoir affaire à un document “neutre” ou à un document publicitaire ?

Le concept [Nespresso] repose sur une complémentarité entre trois éléments :

1. la machine, fabriquée sous licence par des industriels sélectionnés par Nespresso.
2. la capsule, fabriquée et distribuée exclusivement par Nespresso.
3. le club, un service client se voulant exemplaire.

C’est ce que Nespresso appelle l’expérience Nespresso.

Les capsules contiennent différents « grands crus » obtenus à partir de mélanges spécifiques [...] Les grands crus (d’un prix élevé, car de la plus haute qualité : entre 66 et 74 euro/kg. Une capsule coûte entre 0,33 et 0,37 €), sont sélectionnés, torréfiés, moulus et conditionnés exclusivement par Nestlé. Une démarche très sophistiquée de relation client, le Nespresso Club, permet de donner corps à ce concept et de fidéliser une clientèle. Ce concept, protégé par 70 brevets, a permis à Nespresso de créer un modèle économique unique, souvent étudié.

Aujourd’hui, c’est l’acteur américain Georges Clooney qui est l’ambassadeur de la marque.

Variétés des grands crus (s’ensuit une liste exhaustive des différentes sortes de capsules et de leur caractéristiques, digne d’un site d’ecommerce)

[Je vous laisse parcourir la page Wikipedia sur Nespresso pour vous faire une idée, le reste est à l'avenant]

Evidemment, on est dans l’argument publicitaire. Je vous donne à titre d’exemple une version non publicitaire des phrases ci-dessus.

“Nespresso contrôle le réseau de production des cafetières et ne distribue que de façon directe les capsules de recharge (environ 20 mélanges de café disponibles).

La communication de la marque adopte les codes de l’industrie du luxe. Ce modèle, souvent contesté, permet à Nespresso de commercialiser le café à des prix de l’ordre de 70€ le kg, soit à peu près 5 fois le prix du café normal, acheté en grande surface.

George Clooney est l’homme-sandwich publicitaire de la marque. “

L’évolution de la page Wikipedia depuis 2 ans: vers un contenu plus positif, gommant toute critique

Je suis cette page depuis quelques années parce qu’elle renvoie depuis longtemps vers mon premier billet sur Nespresso (”Nespresso, le café en mode ASP”). J’ai pu constater qu’elle subit des pressions constantes en faveur d’un contenu positif orienté vers Nespresso. Je vous laisse par exemple comparer la page actuelle avec la page d’il y a 2 ans. Cette page (déjà influencée positivement) contenait des “Critiques du concept” qui ont aujourd’hui totalement disparu, sous la pression constante de contributeurs “amis” de la marque sur Wikipedia.

Cette évolution “positive” n’a pas été sans mal, car il y a eu de multiples protestations et interventions de contributeurs plus neutres. Je vous invite à aller voir les multiples protestations sur la page de discussion Wikipedia de Nespresso. On y retrouve les multiples échanges entre internautes sur les thèmes suivants concernant prix des capsules, tentatives de communication positive de Nespresso, recyclage des capsules, etc…

Globalement, on constate qu’en dépit des protestations de beaucoup d’internautes, la page Nespresso évolue TOUJOURS dans un sens favorable à la marque.

Pourquoi ? Il me paraît clair que les interventions de nature positive sont organisées, répétées, synchronisées. On les soumet jusqu’à ce que le contributeur “désintéressé” abandonne ses positions - ce qu’il fait le plus souvent au bout d’un certain temps car il contribue spontanément s’il n’y a pas trop d’embûches à le faire, alors que le contributeur “positif”, très probablement est rémunéré pour sa contribution positive.

D’un côté des tentatives de rectification faites au hasard, de l’autre un travail organisé pour transformer la page en contenu favorable à la marque. Au bout de 2 ans, on constate les résultats: il n’y a pas photo et c’est la marque qui gagne.

Les autres tentatives de communication positive de Nespresso sur le Web.

Les méthodes d’influence positive utilisées par Nespresso sur le Web sont réellement très évoluées.

J’admire la technique, en tant qu’homme de marketing, je condamne les moyens, en tant que citoyen.

Dès 2005, j’ai pu tracer l’origine de certains commentaires positifs laissés sur mon blog ainsi que sur d’autres, qui provenaient de chez Nespresso.

Nespresso emploie depuis 2006 au moins des agences de communication qui travaillent pour créer du contenu positif sur le Web (des commentaires “intéressés” sur les blogs, dans Wikipedia…).

En 2006, j’écrivais que :

“J’ai pu remonter à Nespresso ce coup-ci, mais au fur et à mesure que les marques “apprendront” à utiliser les blogs à “bon” escient, il deviendra de moins en moins facile de les détecter et de se protéger. “

On y est aujourd’hui et les tentatives de communication positive sont très difficiles à prouver - on pourrait cependant je pense dégager des “patterns” dans les interventions, mais il faudrait du temps.

Bref, ce que Nespresso faisait de façon naïve en 2005, il le fait de façon moins détectable en 2009. Les interventions de nature positive sur mon blog n’ont jamais cessé non plus (voir la contribution récente et évidemment désintéressée du dénommé “blanquillo”, qui intervient depuis 2005 sur mon blog !), mais elles sont rédigées de façon beaucoup plus subtile - et surtout, je ne peux plus tracer l’origine par un simple traceroute !

Le référencement de Nespresso dans Google

Jusqu’à 2007, lorsqu’on tapait “Nespresso” dans Google, on tombait sur des pages parlant de Nespresso (Wikipedia, mon blog et quelques autres, quelques pages commerciales).

Aujourd’hui, hors Wikipedia, on tombe avant tout sur des pages commerciales.

Les pages qui parlent de Nespresso sont comme noyées dans les pages des sites commerciaux qui vendent des cafetières. J’y vois un exemple assez réussi de nettoyage du Net.

Le nettoyage sur le Net consiste à “noyer” la présence négative en créant des réseaux de pages positives qui apparaissent de façon prioritaire sur Google. Les articles négatifs ne sont alors pas effacés mais simplement peu visibles. Ils deviennent presqu’aussi difficiles à trouver qu’une aiguille dans un botte de foin.

En deux ans, le trafic de la page Nespresso de ce blog a été divisé par 30 - cas unique sur plus de 1000 billets.

Je bois toujours, comme en 2005, plus de 5 nespressos par jour, mais ils ont un arrière-goût de plus en plus amer.

[Ajout, 21h28: David Sadigh décrit mieux que moi cette technique de nettoyage : "Des outils nous permettent de savoir en permanence ce qui s'écrit en ligne, sur un thème ou sur une personne. [...] Nous plaçons d’autres contenus, plus visibles, afin de reléguer les sites problématiques plus bas dans les résultats de la recherche. L’équivalent électronique de la couche de peinture blanche appliquée sur du papier peint abîmé. [...]Autres astuces: diffuser des communiqués de presse positifs; entamer une campagne de communication en ligne”.

Au fait, savez-vous qui est David Sadigh ? C’est le directeur associé d’IC Agency, agence suisse de communication en contenu positif, dont Nespresso est client.]

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Un billet qui vieillit bien, merci: mes conseils à la Presse en 2006 30 novembre 2009

Par Thierry Klein dans : Blogs et journalisme.
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Je relis mes “conseils à la presse” - un billet qui date de 2006. Il a fallu 3 ans pour que Murdoch suive cette stratégie (point 2) et envisage de faire payer à Google (ou à Bing) l’accès à son contenu.

Libé vient de décider de suivre le point 4 et reste encore isolé.

Le problème, c’est que la presse commence tout juste à comprendre ce qui se joue sur Internet - elle aura peut-être disparu avant d’avoir su en profiter.

  1. n’allez pas forcément sur le Web. Aller sur le Web a un coût plus élevé que ce que vous pensez et n’est pas indispensable
  2. GoogleNews n’est rien sans contenu, mais aucun journal ne peut peser face à Google. Donc unissez-vous entre journaux pour peser: vos intérêts sont communs. Ne laissez pas Google définir ses propres conditions et régir votre exposition sur le Web. Ne laissez pas Google troquer votre contenu contre du trafic qui n’a pas grande valeur stratégique ou financière, mais exigez une part des recettes publicitaires de Google.
  3. Ne donnez pas votre contenu, sauf situation exceptionnelle (gréve NMPP, opération publicitaire équivalente dans l’esprit du ticket TGV à 5 €…)
  4. La presse traditionnelle donne chaque jour son contenu et fait payer ses archives. La bonne stratégie commerciale de départ consiste en réalité à faire payer le contenu du jour à donner ses archives.

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