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Qu’a-t-il manqué au Grenelle de l’environnement ? Un zeste de Capital Altruiste 9 mai 2010

Par Thierry Klein dans : Economie, Entreprise altruiste.
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La mort du Grenelle

Il y a 18 mois, il y avait un consensus général autour du Grenelle de l’environnement. Ce consensus était démocratique. Il était démocratique ! C’était un engagement, peut-être même une conviction, du candidat Sarkozy – qui en l’occurrence ratissait bien au-delà de son propre camp.

Investir pour la création d’une industrie verte est évidemment la voie à suivre, pour la France en tant que puissance économique, pour l’être humain en tant qu’espèce. Il n’y a aucun secteur ou l’investissement lié au grand emprunt ne peut être plus rentable pour l’avenir (les fonds dépensés par la France dans le numérique et l’éducation le seront en pure perte, comme d’habitude).

De tout ça, il ne reste rien, ou presque 18 mois plus tard. Que s’est-il passé ?

Le Grenelle attaquait directement les intérêts à court terme de certains secteurs (chimie, nucléaire, transport…).

Le rôle du lobbying

Des entreprises se sont organisées en lobbies, avec des moyens importants et ont fait la promotion de leurs intérêts tous azimuts. On a attaqué le Grenelle au nom de la sauvegarde des emplois, de l’intérêt du consommateur, de la rationalité économique, etc…

Le pouvoir politique, et en particulier le pouvoir législatif –députés et sénateurs – a reculé.

On peut dénoncer le cynisme des entreprises, le côté velléitaire des élus, mais le lobbying est une pratique légale. Qu’auriez-vous fait si vous étiez à la tête d’une grande entreprise de chimie ? Ou si vous aviez une entreprise de chimie installée dans votre circonscription, qui emploie vos électeurs, finance votre campagne, etc. ? Très probablement la même chose.

Lobbying et démocratie

Non seulement le lobbying est une pratique légale, mais il est aussi indissociable des démocraties modernes. Si on ne donne pas des voies d’influence officielles au pouvoir économique, il cherche des voies occultes, beaucoup plus nuisibles à la démocratie et à la liberté. Lobbying n’est pas corruption (sinon parfois corruption intellectuelle).

Imaginez un pays où la presse serait libre, mais où il faudrait investir 100 millions d’euros pour créer un journal. La presse jouerait-t-elle son rôle démocratique ? Bien sûr que non ! Faudrait-il la supprimer pour autant ? Non plus, car le remède serait pire que le mal. L’équilibre démocratique serait rétabli dès lors que des groupements de citoyens partisans peuvent facilement se créer pour rassembler ces sommes.

(L’équilibre démocratique : la confrontation des opinions partisanes. Le déficit démocratique actuel : la prise de contrôle totale du champ du lobbying par un seule cause : celle du pouvoir économique.)

Ce qui est réellement inadmissible, ce n’est donc pas le lobbying lui-même, mais l’absence de « contre lobbying ». Ce que les entreprises ont fait (et elles étaient en droit de tenter de protéger leurs intérêts), les ONG qui sont « en face » ne peuvent pas le faire par manque de moyens économiques. L’Economique dispose d’un moyen d’influence extrêmement puissant, que l’Intérêt Général n’a pas (2).

Temps médiatique et temps législatif

Les ONG présentes au Grenelle peuvent bien, durant quelques semaines, être présentes au Grenelle ou peser le temps d’une élection, d’une émission de télé – ce que j’appelle le temps médiatique. Seuls les intérêts économiques peuvent aujourd’hui peser efficacement sur la procédure législative elle-même. Cette procédure est par nature longue (plusieurs années) et l’influencer est un processus coûteux (cela veut dire effectuer un travail de fond auprès de quelques centaines d’élus et de fonctionnaires).

Il s’est passé exactement la même chose aux USA pour la réforme de la santé (j’en ai parlé dans un précédent billet) et tout ça se répète pour la réforme financière. Les réformes à faire sont évidentes mais les décisions finales sont largement vidées de leur contenu sous l’influence du lobbying – et surtout, en l’absence de « contre lobbying » efficace, car actuellement le lobbying n’est accessible, pour des raisons de coût, qu’aux entreprises (1).

Comment le Capital Altruiste peut-il corriger cette situation ?

Si un grand nombre d’entreprises adoptent le Capital altruiste, s’il devient un vrai courant économique, alors les moyens des ONG seront automatiquement indexés sur la valeur du capital des entreprises. Ce qui veut dire que le « contre lobbying » devient une dépense accessible aux organisations d’intérêt général.

On résout le déficit démocratique non pas en restreignant le lobbying, mais en l’ouvrant à tous.

ONG, associations: vous pèserez sur le cours du monde en utilisant la même tactique que les entreprises, non pas en essayant d’interdire aux entreprises de les mener.

 

 

 

 

(1) On parle de dépenses de quelques millions de dollars aux USA dans le cas de la réforme de la santé (aux USA, les données sont publiques). En France, quelques centaines de milliers d’euros auraient inversé le cours législatif. Aucune association ou ONG française ne peut aujourd’hui consacrer de telles sommes pour ce type de dépenses.

(2) Sur l’augmentation des dépenses de lobbying aux USA et le contrôle ainsi exercé par les entreprises sur le Législatif, voir aussi l’excellent livre “de l’intérieur du sérail” de Bob Reich: Supercapitalisme.

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Sur Onfray, sans l’avoir lu 25 avril 2010

Par Thierry Klein dans : Critiques.
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Si je comprends bien, Onfray critique Freud et crée un sorte d’événement en affirmant que “la psychanalyse ne fournit aucune vérité universelle“. Mais ceci est une évidence, connue depuis Popper, qui a écarté la psychanalyse du champ des sciences en montrant qu’elle faisait partie des théories non réfutables.

Consulté par le comité Nobel, Einstein ne soutint pas la nomination de Freud au Prix Nobel de Médecine et répondit lui aussi qu’il était incapable de dire si la psychanalyse était ou non vraie.

En fait, tout cela n’a pas grande importance.

Quel que soit le degré de vérité des “résultats” de la psychanalyse, Freud a posé les jalons d’un nouveau champ d’exploration de l’être humain, d’une discipline nouvelle.

On peut comparer son œuvre à celle d’Aristote, pour la physique. Avec 2000 ans de recul, il est clair qu’Aristote s’est trompé sur presque tout. Presque tout ! Pourquoi donc le lit-on encore aujourd’hui ? Parce que ce qui est le plus intéressant, c’est la méthode qu’il invente pour arriver au résultat (ce qu’on appelle aujourd’hui la physique, ou la science) et la façon dont il avance, pose les termes, sépare les concepts - tout ce qu’on appelle la démarche.

Aristote ne publie presque que des erreurs mais il donne un cadre à tous les scientifiques qui viennent après lui, dont il devient la référence presqu’unique. Sans Aristote, pas de Galilée (c’est Galilée lui-même qui lui rend constamment hommage, bien qu’inversant totalement ses résultats), pas de Newton pas de physique moderne. Il est faux de dire que Galilée infirme Aristote; en fait, il redécouvre Aristote et, le premier en 2000 ans, le prolonge.

Pendant 2000 ans, le génie d’Aristote stupéfie littéralement tous ceux qui s’y frottent. L’œuvre est tellement géniale, tellement en avance, que ceux qui l’étudient en sont réduits à la paraphraser de façon jargonneuse (voir les médecins de Molière) et la science devient une sorte de religion, de secte, dont Aristote aurait écrit la Bible. Critiquer Aristote tient littéralement du blasphème, comme Galilée en fera l’amère expérience.

Vous noterez l’analogie avec ce qui se passe pour la psychanalyse. L’œuvre de Freud est absolument géniale, je n’ai aucun doute là-dessus (et si je n’ai jamais lu Onfray, j’ai bien lu tout Freud).

L’œuvre est totalement saisissante, mais il absolument possible que tout, ou presque tout, soit faux dans les résultats de Freud. Il faudra peut être des centaines d’années pour qu’on en fasse quelque chose de réellement scientifique, pour qu’on obtienne des résultats. Peut-être même n’en sortira-t-il jamais rien car rien ne prouve que le psychisme humain soit réductible à une théorie scientifique, comme l’est le mouvement des planètes.

En attendant, des mouvements sectaires se sont emparé de la psychanalyse et jargonnent à qui mieux mieux (voir les réponses involontairement comiques de Julia Kristeva à Michel Onfray dans le Nouvel Observateur de cette semaine). Les descendants de Freud ont créé leurs chapelles (Freudiens, Lacaniens…) et suivent aveuglément la parole du Maître, à défaut de pouvoir la comprendre puisqu’elle n’est pas, à ce stade, réfutable. Et ils jetteront l’anathème sur le premier qui tirera un vrai résultat de la psychanalyse, exactement comme cela s’est passé pour Galilée et pour les mêmes raisons.

Reste que les concepts posés par Freud, la méthode, la démarche, l’art inspirent aujourd’hui même ses critiques les plus virulents. Quand Onfray dénonce, toujours dans le Nouvel Obs, “une théorie universellement valable en vertu de la seule extension du désir de Freud à la totalité du monde” ou “le fait que le complexe d’Oedipe explique toute la passion incestueuse que Freud manifeste dans la totalité de sa vie“, se rend-il seulement compte que c’est l’œuvre de Freud, et elle seule, qui lui permet de poser ce diagnostic (et qu’en outre, c’est dommage pour lui, il jargonne comme un Freudien de pure souche) ?

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Business Development et Capital Altruiste (Lundi à l’EDHEC) 23 avril 2010

Par Thierry Klein dans : Entreprise altruiste.
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Business DevelopmentMerci beaucoup à Jérôme de m’avoir invité pour la conférence-débat organisée à l’occasion du lancement de son livre “Business development” (ce lundi 26 avril à 18:30 à l’Edhec).

Vraiment un livre riche et utile, qui balaie beaucoup de sujets liés à la croissance (la crise, la vision, l’international). J’ai découvert que, comme Mr Jourdain, il se peut que j’applique beaucoup de bons principes sans le savoir (je fais plus confiance à l’intuition qu’à l’intelligence pour avancer, tout pour moi part d’une vision et se clarifie au fur et à mesure). A mon grand dam, je loupe beaucoup de choses aussi.

Il se trouve que Speechi est dans le “Business development” jusqu’au cou en ce moment, et en particulier à l’international. “Jusqu’au cou”, cela veut dire que ce n’est pas encore tout à fait possible pour moi de dire si ça va nous tirer vers le haut ou vers le bas (mais pas possible de revenir en arrière, c’est sûr !).

En attendant, il me semble que je pourrais coucher sur le papier trois bonnes caisses d’exemples illustrant les propos du livre.

Ce livre me touche aussi beaucoup parce que c’est le premier qui parle du Capital Altruiste et qui l’envisage sous l’angle du développement durable. C’est le thème sur lequel j’ai prévu d’intervenir lors de la conférence d’ailleurs.

Il ne doit pas rester beaucoup de places, mais si vous êtes intéressé(e), vous pouvez contacter Jérôme Gayet (contact@bd-consultants.com).

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Imprégnation et aliénation infantile 16 avril 2010

Par Thierry Klein dans : Aliénation, Non classé.
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Comment cette magnifique photo a-t-elle été prise ?

Il suffit que le cameraman soit à proximité des oisons lorsqu’ils viennent au monde et ceux-ci s’attacheront à lui pour toute leur vie. Ils ne le quitteront plus et le suivront comme si c’était leur mère. Si le cameraman achète un deltaplane, ils voleront instinctivement en formation avec lui. C’est ce que Konrad Lorenz appelle l’imprégnation.

L’imprégnation est donc plus qu’une simple aliénation inconsciente, comme l’était l’aliénation consommatrice. C’est une aliénation instinctuelle, fruit de l’évolution et qui échappe totalement au libre arbitre ou à tout calcul coût-bénéfice conscient ou inconscient (1). L’imprégnation est. Point-barre.

On peut évidemment déplorer, au nom du droit des oiseaux à disposer d’eux-mêmes, cette aliénation totale de l’oison à sa mère. Mais on ne peut pas l’empêcher sans employer la contrainte.

Et même si vous contraignez l’oiseau toute sa vie, même si vous contraignez ses petits et les petits de ses petits, même si, selon le souhait de Lenine, vous contraignez 10 générations d’oiseaux, vous ne rendez jamais la 11ème génération d’oiseaux heureuse car il est dans la constitution de l’oiseau d’être imprégné : il est câblé ainsi.

Dans l’amour d’un enfant pour sa mère, il y a probablement une composante instinctuelle très comparable dans son principe (sinon dans sa cause biologique) à l’imprégnation, le plus remarquable étant que les deux attachements sont totalement aveugles – oison et enfant s’attachent à ceux qui vont s’occuper d’eux sans aucune considération biologique.

De tous temps, dans les régimes totalitaires les plus avancés, on tente de combattre l’imprégnation de l’enfant à sa famille parce qu’elle fait en quelque sorte concurrence à une aliénation dont l’intérêt est jugé supérieur : celle du citoyen à l’état. C’est ce qui se passait à Sparte, dans la Rome des origines (Horace tue sa sœur parce qu’elle pleure la mort de son fiancé Curiace), en Union Soviétique, dans la Chine de Mao (et encore d’aujourd’hui, mais dans une moindre mesure).

En URSS, des bébés de quelques mois pouvaient, sous Lenine, être enlevés à leurs parents “réactionnaires” et placés dans des écoles d’éducation collective au nom d’une double “logique” : leur éviter d’être contaminés par les opinions contre-révolutionnaires des parents, placer l’ensemble des enfants dans de strictes conditions d’égalité.

L’aliénation, si tant est qu’elle existe, est souvent ancrée en nous de façon si profonde que seules des méthodes parfaitement inhumaines semblent pouvoir la tuer ou la réduire. On sent bien aussi le côté inhumain des thèses d’Elisabeth Badinter, qui, voulant lutter contre l’aliénation maternelle, nie la composante instinctuelle, présente dans un grand nombre d’espèces animales, qui donne envie à une mère de s’occuper de son enfant.

Le problème, c’est que même si les autres (aliens) sont un enfer, il n’y a probablement pas de bonheur possible sans aliénation.

(1) Voir les remarques de PBD sur les boucles longues et les boucles courtes. Ici, il n’y a pas de boucle – ou alors, c’est une boucle à l’échelle de l’évolution, sur une durée d’au moins 1000 fois la vie de l’individu.

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Le capital altruiste sur Weo

Par Thierry Klein dans : Entreprise altruiste.
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Merci à toute l’équipe de Weo pour leur invitation au Journal “Grand Place” hier soir. C’était très sympa et Julie Zenatti a même assuré ma première partie.

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Les formes élémentaires de la névrose (3) : l’aliénation consommatrice 21 mars 2010

Par Thierry Klein dans : Aliénation, Non classé.
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Suite de mes billets sur l’aliénation.

Pour Marx, victime et oppresseur sont clairement distincts. La classe dirigeante opprime ; le prolétariat est exploité.

Depuis 50 ans environ, nous assistons à une fusion des concepts qui correspond très exactement à ce que nous appelons la mondialisation.

En tant que consommateurs, nous voulons tous acheter moins cher et faisons jouer la concurrence. Pour répondre à cette contrainte, les entreprises s’adaptent et mettent la pression sur leurs employés – les travailleurs. Le consommateur est devenu l’oppresseur du travailleur, position devenue parfaitement schizophrène au fil des années, car dans l’immense majorité des cas, le consommateur est un travailleur.

Cette lutte entre le consommateur et le travailleur est une des clés de l’époque, mais elle a été longue à se faire jour. D’abord, nous avons une tendance naturelle à refouler toute mauvaise conscience liée à nos actes d’achat à partir du moment où le mot « moins cher » est inscrit sur l’étiquette, ensuite et surtout, les conséquences de cet acte d’achat ne permettent pas de remonter aux actes précis d’un individu - ce qui nous rend tous irresponsables - et sont différées dans le temps, parfois de plusieurs dizaines d’années.

En achetant un nouveau téléviseur, je ne suis pas directement responsable de la fermeture de telle ou telle usine. Mais ce comportement, répété des milliers de fois pendant des dizaines d’années, a pour résultat final la délocalisation totale de presque toute l’industrie. Des travailleurs occidentaux « pré-conscients » (au sens marxiste du terme) ont été remplacés par des travailleurs prolétarisés en Chine ou en Europe de l’Est.

L’aliénation consommatrice est quantifiable

Aucune aliénation n’est “prouvable” en tant que telle, mais, rappelons-le, certaines sont quantifiables, ce qui leur donne une crédibilité plus importante (je parlerai alors dans la suite de ces billets d’aliénation forte). Ainsi Marx quantifie l’aliénation capitaliste par le taux de sur-travail, mais Elisabeth Badinter serait bien en peine de quantifier l’aliénation maternelle (aliénation faible, au sens ci-dessus).

Dans le cas de l’aliénation consommatrice, on pourrait définir différents outils de mesure tels que le pourcentage des dépenses qui ne sont pas de première nécessité dans les dépenses des individus ou bien la part des échanges internationaux dans le PIB d’un pays (ces dépenses caractérisant l’acte d’achat mentionné plus haut).

Tu noteras avec intérêt, cher lecteur - ou dois-je écrire “Enzo” ? - que ces deux critères sont corrélés à ce qu’on appelle la mondialisation (le deuxième critère caractérise même exactement la mondialisation), en telle sorte qu’on peut dire qu’aliénation consommatrice et mondialisation sont deux phénomènes profondément imbriqués et peut être même identiques, au sens où ils sont les facettes différentes d’une même médaille. J’y reviendrai.

L’aliénation consommatrice est aussi une névrose.

Dans cette forme d’aliénation, le consommateur opprime le travailleur. Mais nous sommes tous à la fois consommateurs et travailleurs et participons tous à cette forme d’oppression.

Dans certains cas, le consommateur est un capitaliste, mais cela ne change rien à l’affaire (exemple: à travers les fonds de pension, le citoyen américain “actionnaire” force l’entreprise américaine à délocaliser au nom de la baisse des coûts - et perd son emploi).

Le côté névrotique de cette aliénation est probablement une des raisons pour laquelle elle est passée pratiquement inaperçue jusqu’à présent. Freud a expliqué pourquoi des raisons cachées et profondes nous poussent à nier l’existence même de la névrose. Plus généralement: ce qui nous marque fortement est inconscient - ainsi les quatre premières années de la vie, sans doute les plus importantes, disparaissent-elles de notre mémoire.

La victoire du consommateur

Dans la lutte impitoyable qui opposait travailleur et consommateur, le consommateur a gagné à plate couture. Il n’y a pas eu de « prise de conscience » au sens marxiste du terme ; au contraire, la publicité et le marketing ont fait rentrer le travailleur marxiste dans le monde enchanté de la consommation..

Ce que le Capital n’a jamais réussi à faire, ni aucune religion, la publicité l’a réussi de façon totalement involontaire ! .

Au nom de « la liberté de choix », les grands monopoles (téléphone, électricité…), les services publics ont disparu ou sont en train de disparaître. .

Pour que le consommateur occidental puisse faire jouer à plein son « droit à consommer » toujours moins cher, le monde s’est globalisé. Mais en achetant des produits chinois, le consommateur occidental crée son propre chômage ou, dans le meilleur des cas, contribue à la perte de ses avantages acquis (il devra allonger son temps de travail, réduire ses vacances, baisser son niveau de prestation sociale, etc…)..

La gauche est gênée aux entournures. Tout discours visant le pouvoir d’achat immédiat des plus faibles paraît indécent à ses yeux. Or le pouvoir d’achat des plus faibles en France, c’est l’exploitation d’autres faibles (en Chine), puis, ensuite, l’importation de la baisse de niveau de vie en France. On le voit bien aujourd’hui..

D’une façon générale, la droite a un peu mieux perçu et surtout mieux utilisé le phénomène. D’abord, cela fait longtemps que le patronat a compris, sans aucune considération freudienne ou marxiste, que ses travailleurs étaient aussi des consommateurs (Ford voulait déjà faire des voitures assez bon marché pour que ses ouvriers puissent les acheter).

Ensuite, la valeur des entreprises est corrélée à la croissance de leur chiffre d’affaires, partant, à la consommation générale.

Concrètement, dans une logique de droite, tout l’art consiste à convaincre le consommateur au détriment du travailleur – en masquant les effets futurs sur ce même travailleur. Je vous cite quelques exemples en vrac :.

- travailler le dimanche (au nom du droit à consommer à toute heure, du droit au loisir, etc…). D’une façon générale, augmenter la durée du travail, au nom du pouvoir d’achat (”travailler plus pour gagner plus”), au nom du droit de Guy Roux à entraîner à 67 ans, etc….

- libéraliser le secteur des télécoms ou de l’électricité (au nom du droit à choisir son opérateur).

- déréglementer la grande distribution (au nom du pouvoir d’achat).

- favoriser le travail des femmes (pour qu’elles soient économiquement indépendantes, pour augmenter la consommation)

[Si la gauche était marxiste, elle passerait son temps à dénoncer l'aliénation consommatrice et à tenter de provoquer une "prise de conscience" de cette aliénation. Elle devrait donc lutter systématiquement et de façon uniforme, contre les quatre phénomènes décrits ci-dessus. Problème, la gauche est soit "de gouvernement" (ce qui veut dire, au final, "à droite") ou "anti-capitaliste" (ce qui veut dire qu'on s'en tient à une lecture quasi-religieuse des oeuvres de Marx en oubliant que Marx écrivait à une certaine époque et dans un certain contexte.]

Oppresseur et victime inter-agissent de façon inconsciente.

Si on reprend ma typologie des aliénations, on constate qu’ici, victime et oppresseurs sont totalement inconscients. Nous verrons qu’en plus du côté névrotique, c’est le symptôme d’une forme d’aliénation extrêmement forte.

Tous les actionnaires du monde se sont donc naturellement donnés la main pour tenir le discours du consommateur roi ; les départements marketing ont été leurs talentueux - et aveugles - porte-voix.

Le publiciste qui fait la pub de la dernière Renault n’a pas une capacité d’analyse supérieure au consommateur qui achète chez Leclercq – d’ailleurs, c’est souvent la même personne !

Il n’a pas l’impression de faire le moindre mal à quiconque, ni en concevant sa pub, ni en allant chez Leclerq. Et d’ailleurs, au sens strict du terme, il n’en fait pas. Faire vendre une Megane, acheter un téléviseur, sont des actions tout à fait anodines, ou plutôt infinitésimales. C’est la répétition sans fin de ses actes, par tous, à grande échelle qui crée l’aliénation consommatrice: la plus forte, la plus importante de toutes. Celle qui mène le monde à sa perte.

Nous verrons comment dans mon prochain billet.

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Les TICE aux Pays des Merveilles 20 mars 2010

Par Thierry Klein dans : Economie, Politique, Technologies.
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Je me suis “coltiné” à peu près 50% du rapport Fourgous ces dernières semaines - j’emploie le mot “coltiné” pour rester poli, tellement ce rapport est indigeste.

Je dois être une des seules personnes au monde à en avoir lu presque la moitié, je vous assure que ça tient de l’exploit, c’est ma performance du mois, un peu comme si j’avais couru un 100 m en 10 secondes ou si j’étais resté 6 mn sous l’eau sans respirer. D’ailleurs, c’est un peu ce que je ressentais à la lecture des phrases du rapport: “est-ce que je vais tenir jusqu’à la fin sans mourir (d’ennui) ?”.

L’histoire retiendra donc qu’Einstein a changé l’histoire de la physique avec un papier de 10 pages mais que Fourgous n’a rien changé du tout avec un pavé de 326 pages. Comme quoi, avant de s’intéresser aux TICE, un peu de bonne vieille instruction classique ne nuit jamais et aurait peut être permis au(x) rédacteur(s) d’apprécier les mérites de la concision et de la clarté. (Je sais, cher lecteur, tu penses toi aussi que l’introduction de ce billet est bien trop longue ! Pourtant tu vas poursuivre sa lecture le sourire aux lèvres - et crois moi, tu apprendras bien plus en lisant ces quelques lignes qu’en consultant le rapport Fourgous, même si, à ton grand regret, leur auteur n’est pas non plus Einstein !).

(suite…)

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Que c’est bon le ski (OM 3 - PSG 0) 1 mars 2010

Par Thierry Klein dans : Humeur.
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Les formes élémentaires de l’aliénation (2) : la névrose 26 février 2010

Par Thierry Klein dans : Economie, Politique.
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Billet précédent : Les formes élémentaires de l’aliénation (1)

La névrose est une aliénation particulière, de nature inconsciente, où la victime est confondue avec l’oppresseur - le terme “alien” fait explicitement référence à un tiers lorsque victime et oppresseur sont distincts. Il est intéressant de noter que Marx et Freud ont tous deux eu l’impression que “la prise de conscience” (de la cause du refoulement dans le cas de Freud, de la lutte des classes dans le cas de Marx) permettrait de résoudre le problème.

Freud s’est assez vite rendu compte que l’observation clinique contredisait sa thèse initiale, mais aucune observation n’a jamais pu confirmer la thèse de Marx. Son oeuvre a principalement été utilisée de façon tactique pour la prise de pouvoir (en particulier lors du coup d’état de 1917) mais la fameuse “prise de conscience” a toujours été remise à plus tard. En termes marxistes, on pourrait dire que la contrainte communiste (consciente) a simplement remplacé l’aliénation du régime tsariste (inconsciente), sans aboutir jamais à la moindre prise de conscience, ni même, ce qui aurait été intéressant, à la transformation de cette contrainte en aliénation - c’est-à-dire en une adhésion populaire massive au mythe communiste.

Il semble que dans le monde moderne seule la démocratie possède cette propriété de faire adhérer la population au “mythe” (c’est bien un mythe, car penser que la vérité procède de la majorité est du domaine de la croyance. Tocqueville: “La démocratie [...] entraîne une immense pression de l’esprit de tous sur l’intelligence de chacun”).

Cette distinction entre névrose et aliénation était nécessaire pour introduire l’aliénation consommatrice, qui définit et structure le monde actuel, tous pays et tous régimes confondus, et qui sera le sujet de mon prochain billet.

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Les formes élémentaires de l’aliénation (réponse à Enzo) 22 février 2010

Par Thierry Klein dans : Aliénation, Politique.
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Enzo a laissé une diarrhée de commentaires sur mon précédent article « L’aliénation choisie ».

En fin d’écoulement, Enzo finit par écrire qu’il ne sait pas très bien ce qu’est l’aliénation (ce qui fait que pour lui, à la fin des fins, tout devient « une question de curseur »). Il y a pas mal d’autres choses, positives et négatives, à prendre dans les commentaires d’Enzo qui sont aussi intéressants par leurs « a priori » et en particulier ce que j’appelle « l’a priori féministe ».

J’y répondrai progressivement, dans ce billet et dans ceux qui suivront, mais en attendant, tu n’as pas idée du plaisir que je prends, cher lecteur, à affirmer des conjectures, à les écrire sur ce ton professoral et pontifiant et à les regrouper sous un titre pompeux, un peu comme un professeur en classe prépa (on a le syndrôme de Stockholm qu’on peut !). Sans penser que tu vas (peut-être) les lire. Rien que pour ça, ce blog est totalement irremplaçable. Merci, merci, merci !

Le concept d’aliénation suppose une victime et un oppresseur, ainsi qu’une sorte de « collaboration » entre la victime et son oppresseur. Pour bien comprendre les différentes formes d’aliénation, il faut s’intéresser au côté conscient ou inconscient de la victime, au côté conscient ou inconscient de l’oppresseur et aussi à la réalité de l’oppression (il n’est en effet pas toujours évident de savoir s’il y réellement une victime et un oppresseur).

On peut jouer presqu’à l’infini avec tous ces paramètres et s’en servir pour créer une typologie des aliénations.
L’esclavage: contrainte et aliénation

Dans l’esclavage, la victime est consciente et l’oppresseur est, le plus souvent, lui aussi conscient de l’oppression. Dans ce cas, on ne parle pas d’aliénation mais plutôt de contrainte. La notion d’esclavage est incompatible avec la notion de liberté individuelle ce qui fait qu’il n’est pas toléré dans les pays dont la législation découle plus ou moins « des Lumières ». Cette situation reste une exception historique et l’esclavage reste une structure fondamentale du développement de l’humanité à travers presque tous les âges.

Dans certains cas, l’esclavagiste peut être inconscient. Aristote réduit l’esclave au rang « d’objet animé », dont la vocation est d’être commandé et justifie ainsi la légitimité de l’esclavage par l’intérêt commun du maître et de l’esclave. On peut dire qu’Aristote rationalise ainsi une structure dont il tire évidemment un avantage personnel, comme le faisaient les esclavagistes américains ou Afrikaners (comme le font aujourd’hui les néo-libéraux qui justifient les excès du capitalisme par son utilité finale) mais c’est prendre un homme génial pour un pur imbécile.

Plus probablement, Aristote voit dans l’esclavage une sorte de « structure stable et naturelle de développement de l’humanité », au sens où un structuraliste pourrait aujourd’hui la concevoir. Ce que je veux dire par là, c’est qu’il n’est pas certain qu’Aristote soit juste un pré-hégélien ou un pré-marxiste, totalement inconscient du côté arbitraire et injuste de la relation « maître / esclave » (il évoque d’ailleurs ces deux aspects). Aristote raisonne surtout en politique et voit les inconvénients qu’il peut y avoir à casser cette relation pour le bon développement de la société. En ce sens, il est aussi un « post-marxiste » qui a su tirer les leçons de la chute du Mur – le communisme, c’est à dire la destruction systématique de toutes les relations capitaliste / travailleur, fussent-elles injustes, ne fonctionne pas car il ne crée pas un modèle politique harmonieux de développement, une « structure stable et naturelle de développement de l’humanité ».

[Par rapport à quelqu'un comme Elisabeth Badinter, il se pourrait bien qu'Aristote ait 100 ans d'avance et non pas 2000 ans de retard. Je m'expliquerai plus en détail sur ce point dans mon prochain billet.]

Le servage

Dans le cas du servage, tel qu’il est pratiqué en France au Moyen-âge, il est clair que seigneur et serf sont en grande partie inconscients, sans que le côté contrainte de la relation ne soit jamais totalement éliminé cependant. Le Noble est certain que sa supériorité repose sur des critères génétiques et de caractère, le Serf voit dans la société une structure naturelle – on est dans un cas d’aliénation à peu près pur, si l’on admet que l’oppression est bien réelle (elle l’est, au moins sous l’angle de la liberté politique ou des droits de l’homme – 2 critères auxquels j’ accorde beaucoup de valeur, mais dont l’objectivité me force à reconnaître le caractère arbitraire et exceptionnel au sens historique).

Cette forme d’aliénation disparaît de façon tout à fait remarquable: la prise de conscience de l’aliénation la fait disparaître.

Avec Voltaire et Beaumarchais, Noble et Serf perdent progressivement l’illusion de leur différence. La demande « naturelle » du serf pour la liberté n’est plus contrebalancée par la croyance du Maître en sa supériorité. L’ordre naturel des choses s’effondre. La Révolution française n’a lieu que parce que les Nobles ne croient plus en leur supériorité intrinsèque. Ils ne se battent alors plus que pour conserver des privilèges. Ce combat est perdu d’avance, ne serait-ce que sur le plan moral.

Le travailleur et le capitaliste.

Marx nous parle d’une aliénation inconsciente du travailleur par le capitaliste et décrit, dans le premier livre du Capital, comment se crée la dépendance et l’oppression. Pour lui, le travailleur n’a que l’illusion de la liberté mais la plus-value qu’il crée par son travail est intégralement captée, à ses dépens, par le Capitaliste.

[A noter, pour Enzo, que Marx, comparant les taux de surtravail (2) de l'esclave, du serf et du travailleur montre que l'aliénation par le travail est la pire qui soit – au sens où l'ouvrier, en pourcentage de son temps de travail, passe plus de temps au bénéfice de son patron que l'esclave antique ou que le serf. En ce sens, l'aliénation capitaliste est pire que l'oppression esclavagiste].

L’aliénation dont parle Marx est de nature inconsciente, au moins pour l’ouvrier, qui n’a que l’illusion de la liberté. Marx crédite le capitaliste d’un plus haut niveau de conscience et montre comment l’exploitation ouvrière est organisée de façon rationnelle.

La réalité de l’aliénation marxiste reste à prouver. A partir du moment où le travailleur est formellement libre (d’aller voir ailleurs, de relire son contrat…), peut-on vraiment changer la société et les lois sur le présupposé que c’est un imbécile qui se laisse aliéner ? La gauche vous répondra « plutôt oui » (et c’est pourquoi elle a des tendances liberticides, au sens où elle veut changer les choses contre le gré de gens dont la prise de conscience n’a pas « encore » eu lieu), la droite vous répondra « plutôt non » (et c’est pourquoi elle a des tendances anti-sociales et un lien très fort avec la bêtise, puisqu’elle cherche avant tout à protéger et à nier des privilèges qui lui sont pourtant littéralement jetés sous les yeux ).

De toutes les façons, on reste dans le domaine des sciences sociales, c’est à dire en dehors du domaine de la science (3) et toujours dans le domaine de la conjecture, même s’il y a des degrés dans le niveau de la conjecture. Un des drames des sciences humaines est que les plus grands découvreurs, comme Marx ou Freud, pensent que leurs conclusions sont de nature scientifique alors que seule leur approche l’est. Là aussi, il me semble qu’Aristote, n’ayant pas cette illusion, leur est supérieur.

[Tu t'indignes et tu bous, cher lecteur qui te sens une fibre sociale, mais comme toi, je pense que les situations sociales que décrit Marx sont inhumaines et doivent être combattues. Simplement, la réalité de l'aliénation est un problème différent. Le fait qu'il y ait des situations inacceptables ne prouve pas en soi l'aliénation. Il se pourrait que les situations inacceptables soient inévitables, comme le pense Malthus, et que la notion d'aliénation procède d'un autre trait de caractère humain: la recherche d'une cause facile et pour tout dire, d'un bouc-émissaire.]

Marx a étudié la révolution française, Lénine et les bolcheviks sont littéralement captivés par son exemple et pensent qu’il est possible de renverser le régime capitaliste comme les Lumières ont renversé la Royauté, à ceci près que la prise de conscience aura lieu après la révolution et non pas avant. Il faut au moins deux présupposés pour penser ceci: penser que l’aliénation est réelle (j’ai déjà parlé de ce premier point) et surtout penser qu’une société de type marxiste-léniniste peut constituer un « état stable de l’humanité ».

Les bolchevicks négligent ce point car la Révolution française a débouché, certes après beaucoup de massacres et de guerres, sur une société totalement nouvelle, sans esclave, bâtie autour d’un principe de liberté et d’égalité : cet état de choses tient maintenant sans trop grosse contrainte depuis deux siècles. On est sorti d’une structure stable pour aller tout naturellement vers une autre structure stable – et cette nouvelle stabilité empêche le retour en arrière (la Restauration). Il apparaît aux Bolcheviks que le plus dur, c’est de réussir la révolution.

Mais la vraie question, on le sait à présent c’est celle-ci: la structure qu’envisage Marx (ou plutôt Lénine) pour sa société peut-elle être stable ?

La question reste posée puisqu’un échec, celui de la période 1917-1989, ne peut pas prouver l’impossibilité théorique (4). De façon scientifique, je ne peux donc pas répondre non, mais de façon sensible et empirique, je pense profondément que la correction de l’aliénation par la prise de conscience est une vision de l’esprit (5), que les sociétés bâties selon les principes marxistes sont forcément inhumaines et ne peuvent, en tant que telles, perdurer de façon stable. En gros, ma position vis à vis du marxisme est « quelle que soit la réalité du phénomène constaté par Marx, le remède qu’on nous propose est pire. Et la possibilité même d’un remède de nature structurelle et permanente n’a pas encore été établie. ».

(La révolution française: une révolution qui réussit et qui aboutit vers un modèle de société stable.
Le communisme : une révolution qui réussit et une société qui échoue, car non stable.)

Le féminisme, l’aliénation maternelle.

Pour les féministes, l’aliénation de la femme est un processus inconscient pour la victime et plus ou moins conscient pour l’homme (comme chez Marx, on prend l’opprimé pour un imbécile mais on fait en quelque sorte honneur à l’oppresseur en lui accordant un degré de conscience assez élevé. On peut excuser ce travers et penser que, s’il y a réellement aliénation, l’indignation que montrent les féministes et Marx envers l’oppresseur est somme toute assez naturelle).

Mais là aussi, y a-t-il aliénation ? Dans le modèle « la femme au foyer, l’homme au boulot » qui a prévalu jusque dans les années 60 dans notre société, il est difficile de déterminer oppresseur et victime. Il y a juste partage des tâches, l’homme faisant indirectement vivre à la famille à travers son temps passé au travail et la femme directement par le temps passé au foyer.

L’aliénation féministe est encore plus difficile à mettre en évidence que l’aliénation marxiste. Au moins Marx peut-il mettre en évidence une captation de plus-value, qui constitue une sorte de « symptôme » aliénant – sans que l’aliénation elle-même ne soit formellement prouvée. Mais rien de tel chez les féministes. Pas de lien d’intérêt direct entre homme et femme, juste une contribution pour un objectif commun. Depuis au moins 50 ans, la femme est aussi tout à fait libre de travailler (c’est à dire, au sens marxiste, libre de s’aliéner). Donc il n’y a pas non plus contrainte, au sens où je le définissais précédemment dans ce billet.

Les liens entre féminisme et marxisme.

Les deux reposent sur la dénonciation d’une structure d’aliénation inconsciente et non démontrée (ce qui fait que les féministes comme les marxistes sont de gauche), mais ces aliénations sont inconciliables et opposées: si les femmes travaillent « comme » les hommes, ce qui est le cas aujourd’hui, l’exploitation des travailleurs augmente (en gros, il faut deux personnes aujourd’hui pour faire vivre un foyer alors qu’il en fallait une il y a un siècle. Le temps passé à faire la vaisselle est troqué contre le temps passé à s’acheter le lave-vaisselle. Est-ce un progrès ?).

En augmentant la taille de « l’armée de réserve », les femmes mettent les travailleurs de tous les sexes en concurrence au bénéfice du Capitaliste, qui profite à la fois de l’augmentation de la réserve de travailleurs et de celle du nombre de consommateurs (c’est à dire du marché). (6)

Le slogan féministe : « A travail égal, salaire égal ! (pour les femmes)». La réalité « A travail égal, salaire inférieur » (pour tous !).

Il semble honteux, pour les féministes, d’invoquer la « loi naturelle » pour justifier la femme au foyer, ou simplement la femme qui élève son enfant. Il n’y aurait là qu’aliénation. Les deux hypothèses étant des conjectures, qui plus est non exclusives l’une de l’autre, j’ai plutôt tendance à croire en la réalité d’une loi naturelle, observable chez la plupart des espèces animales et dans la plupart des sociétés, qui fait que la femme a plus naturellement « envie » de s’occuper de ses enfants que l’homme.
Je ne suis pas sûr que le mélange à égalité des rôles parentaux corresponde à une structure stable de la société et je pressens autant d’inconvénient à imposer ceci qu’il a pu y en avoir à imposer une structure marxiste de la société.

Le capitalisme moderne crée aujourd’hui des foyers où les enfants sont laissés à l’abandon par les parents des deux sexes – au mieux, ils sont laissés à l’éducation des tiers (professeurs, nounous, etc…) - le but final semblant être de pouvoir les équiper de Nike. On a troqué l’éducation parentale contre des biens de consommation. Mais une des sources de la supériorité de l’homme, c’est sa capacité à transmettre aux générations futures et son principal risque de survie, en tant qu’espèce, c’est son incapacité à maîtriser sa consommation, qui se traduit par l’épuisement des ressources dont il vit.

La femme au travail, au regard de ces deux critères, apparaît donc avant tout comme un élément de développement non durable.

(J’espère que comme Enzo tu m’excuseras, cher lecteur, pour cette phrase qui peut sembler provocatrice mais dont j’admets volontiers que le principal intérêt est de fournir une chute élégante à ce billet qui commence à se faire un peu long mais qui est loin d’être terminé. Je t’infligerai rapidement une suite dont la trame est la suivante: aliénation et névrose, l’aliénation consommatrice, imprégnation et aliénation, aliénation allemande et Lebensraum, aliénation envie et victimisation, le syndrôme de Stockholm humain, l’aliénation animale, une modélisation physique des sociétés stables).

(1)Cela semble un point évident, mais ce n’est pas si facile à montrer. Si le critère est la liberté ou les droits de l’homme, l’oppression du serf par le seigneur est réelle.
(2)Dans le temps de travail de l’esclave ou du travailleur, Marx distingue le temps nécessaire pour assurer sa subsistanceies du temps (sorte de minimum de travail incompressible) du temps qui enrichit ou accroît le confort de son oppresseur (sorte d’unité de mesure de l’aliénation).
(3)On est dans le domaine de la science quand on est capable de prédire des phénomènes de façon quantitative à partir de lois déduites de l’observation.
(4)Qui plus est le marxisme-léninisme ou le stalinisme ont à peu près autant de choses à voir avec Marx que l’Eglise de l’Inquisition avec les évangiles.
(5) Comme l’est, au niveau individuel, la correction de la névrose par la prise de conscience.
(6) Un problème politique intéressant en découle. Dans la mesure où les aliénations s’entrechoquent, une société sans aliénation est-elle possible ou simplement souhaitable ? Selon quel modèle les aliénations s’entrechoquent-elles ? Je sens ton impatience, cher lecteur, surtout si ton nom est Enzo et j’essaierai de te fournir quelques conjectures à la fin de ce billet.

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