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Le contrôle au faciès est humiliant, mais n’est pas discriminatoire par nature 9 mars 2017

Par Thierry Klein dans : Politique.
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Quand une maladie contagieuse se déclarait sur un bateau, on le mettait en quarantaine. Aucun passager n’avait le droit de débarquer jusqu’à la visite des services sanitaires. En cas de maladie très contagieuse (peste), cette visite ne pouvait même pas avoir lieu : le bateau était mis à l’isolement total.

L’immense majorité des passagers ne présentait absolument aucun signe de maladie, la plupart des passagers ne développeraient jamais la maladie. On leur empêchait donc en quelque sorte injustement le libre accès au port. Peut-on considérer que les passagers du bateau étaient discriminés ? Evidemment, non et aucun passager n’aurait alors osé utiliser le terme de discrimination car la mise en quarantaine, c’est la participation citoyenne de chaque passager à la sécurité sanitaire générale. Le passager qui ne s’y soumet pas est moralement complice de la maladie. Cette évidence apparaît au passager même.

On connaît l’histoire de l’ivrogne qui cherche ses clés sous le lampadaire. Un passant s’approche et lui demande s’il les a perdues a proximité. Non, répond-il ? – Alors, pourquoi les cherchez-vous ici ? Parce que sous le lampadaire, c’est mieux éclairé !

Pourquoi le policier contrôle-t-il au faciès ?

Précisément parce qu’il ne veut pas faire comme l’ivrogne. Il veut chercher ses délinquants là où il a une chance de les trouver. Il a une obligation de résultat. Si la police, pour rechercher un terroriste islamique, mobilisait l’essentiel de ses moyens pour contrôler la communauté catholique intégriste de Marly, nous dirions pour le moins qu’elle manque de flair. (Que cet exemple est mal choisi ! Mais tant pis…).

Et si la police, parfois, contrôle parfois cette communauté, ce ne sera pas forcément dans l’espoir de trouver le terroriste islamiste mais simplement pour éviter que, remarquant que des parties du territoire restent de fait non surveillées, un terroriste ait l’idée géniale d’utiliser cette faille. C’est alors un contrôle préventif, un leurre.

Le flair du douanier est de même nature. Le douanier va contrôler évidemment plus souvent la grosse BMW que la Clio – sauf si la Clio est vraiment trop pourrie, auquel cas il pourra penser à un déguisement. Ce faisant, il ne discrimine pas le conducteur de la BMW, mais, rémunéré au succès, il va chercher la fraude là où elle se trouve.

Si, comme le prétend Hamon ce soir, un jeune basané des quartiers a sept fois plus de chances d’être contrôlé qu’un blanc, il n’y a pas forcément discrimination. La discrimination n’existe que si la probabilité que blanc et basané ont d’être des délinquants est équivalente. Les mêmes chercheurs qui produisent les statistiques ethniques sur les contrôles au faciès crient au loup dès lors qu’on cherche à les établir dans les prisons. Le refus d’établir des statistiques ethniques est déjà en lui-même une censure que j’ai du mal à comprendre, alors qu’en est-il lorsqu’il n’est plus qu’une censure sélective ?

Le contrôle au faciès n’est donc pas discriminant par nature. Il permet simplement au policier de restreindre l’étendue des recherches là où elles ont des chances d’être les plus fructueuses et l’interdire, c’est enlever toute efficacité à la police, l’empêcher d’exercer son flair. Il est clair évidemment, au-delà des statistiques, qu’il peut devenir discriminatoire si l’attitude du policier l’est, par exemple s’il fait de la personne contrôlée une sorte de coupable a priori, transformant alors un simple contrôle en injure raciale.

Même s’il n’est pas discriminatoire, le contrôle au faciès sera toujours vécu comme humiliant parce que la personne contrôlée fait en fait exactement la même association qu’elle prête au policier (et que des policiers font probablement parfois). L’indignation de la personne innocente contrôlée au faciès est aussi une forme de racisme envers soi-même.

Contrairement au passager du bateau qui ne se sent pas insulté lorsqu’on le met en quarantaine, qui accepte sans problème sa mise à l’index au nom de l’intérêt général, contrairement au passager de la BMW pour qui le contrôle du douanier ressemble presque à un honneur, la personne objet du contrôle se sent moralement insultée lorsqu’on lui rappelle sa ressemblance physique avec le délinquant recherché parce qu’elle y met, aussi, une connotation morale. Cette association est irrationnelle, sans fondement, absurde, mais aucun être humain ne peut s’empêcher de la faire. Nous sommes des animaux qui associons à tort et à travers.

Et donc, les contrôles au faciès ne sont pas discriminatoires, mais ils sont toujours humiliants.

Il faut faire très attention en la matière. Ils ne doivent pas être abandonnés – ils sont évidemment extrêmement efficaces et il n’y a aucun doute pour moi que parmi ceux qui s’indignent contre eux, il y a aussi les délinquants ! – mais ils devraient être menés avec un maximum d’attention, pour éviter autant que faire se peut toute dérive humiliante. Il serait peu coûteux, aujourd’hui, de systématiquement filmer ces contrôles pour les contrôler.

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Petit discours évangélique et dialectique sur la repentance, la guerre d’Algérie, Macron et l’islamisme 17 février 2017

Par Thierry Klein dans : Politique.
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Le point commun qui lie tous les militants français de la repentance, pour l’Algérie ou pour le reste, est celui-ci : ils ont la conviction que les crimes commis leurs sont totalement étrangers. Le doute n’est même pas permis. Si les temps anciens revenaient, ils se battraient corps et âme contre ces horreurs. Ils ne doutent pas. Ils sont d’une trempe, d’une essence différente de leurs parents, ceux qui ont commis les crimes.

Ils sont en fait comme les Pharisiens, ils disent : « Si nous avions vécu du temps de nos pères, nous ne nous serions pas joints à eux pour répandre le sang. »

Jésus les accuse d’hypocrisie car « Vous témoignez ainsi contre vous-mêmes que vous êtes les fils de ceux qui ont tué. »

Ce faisant, Jésus (pas plus que George Bensoussan d’ailleurs) ne prêche évidemment pas pour une sorte de transmission biologique de la culpabilité. Les enfants ne sont pas, en tant que tels, coupables des fautes des parents. Jésus reproche en fait aux Pharisiens le mécanisme psychologique qui consiste à se sentir de fait « pur », à penser qu’on ne succombera jamais soi-même aux erreurs qu’ont pu commettre les hommes par le passé.

Jésus leur reproche de ne pas douter- c’est en ceci qu’ils reproduisent le comportement de leurs pères et tente de leur faire comprendre que c’est cette absence même de doute qui rend les crimes futurs possibles. Les hommes du passé étaient eux aussi certains de leur bonne foi, du bien-fondé de leur cause, quand ils ont commis les pires injustices. Et c’est précisément pour ça qu’ils ont pu les commettre à un moment donné.

Ce qui protège réellement contre le crime, ce n’est pas l’indignation, c’est le doute. C’est la question qu’on se pose à soi-même quand on se demande sincèrement le comportement qu’on aurait pu avoir en 39-45. Aurait-on résisté, fait le gros dos ou collaboré ? Jésus nous dit que ceux qui sont intimement persuadés qu’ils auraient « bien sûr » résisté sont, à un moment donné, les plus susceptibles de tomber dans une certaine forme de collaboration heureuse et volontaire.

« Tout est pardonné »

La thèse de Jésus est double :

– L’indignation, l’accusation est mauvaise lorsqu’elle procède du sentiment que nous sommes, par essence, différents de notre prochain. Elle conduit à une violence sans fin, qui se propage à travers les générations. La seule attitude à adopter face aux crimes passés est celle du pardon, pas celle de l’accusation – je rappelle que Satan signifie « accusateur ».

– Nous ne sommes pas juridiquement coupables des crimes du passé, mais nous devrions nous en sentir à tout le moins responsables. Ce sont des gens comme nous, des parents proches, qui les ont commis. En quoi sommes-nous différents ? Pourquoi ne les commettrions-nous pas ? Ne sommes-nous pas même, justement, en train de les commettre ? Ce questionnement est par nature privé et introspectif.

Si je reviens sur la colonisation, la situation idéale pour Jésus, que je ne suis pas loin de suivre sur ce point, est celle où tous les Algériens pardonneraient, cesseraient d’accuser. Dans le même temps, tous les Français se sentiraient responsables, essaient de comprendre comment leurs parents proches ont pu commettre ces crimes et essaieraient, par leur comportement, de ne pas les reproduire.

On peut penser que cette vision des choses est une utopie pourtant, au moment même de la guerre d’Algérie, la France était grande : elle pardonnait à l’Allemagne. Et l’Allemagne était grande car ses enfants, qui n’avaient pas vécu la guerre, reconnaissaient leur culpabilité. Ce sentiment de culpabilité subsiste encore aujourd’hui et c’est aussi en son nom qu’Angela Merkel a accueilli les migrants. Les Allemands se sentent coupables des crimes de leurs pères, les français pensent qu’il n’en est rien : Depuis 70 années, la paix européenne repose sur cette double attitude, que je qualifierais de volontiers de miraculeuse si je n’étais, par nature, un grand sceptique peu porté vers le mysticisme.

Ce sentiment de responsabilité partagée, privé et personnel, n’a rien à voir avec la repentance nationale, qui est une forme d’auto-flagellation publique et une mise en accusation. Dès que la repentance est publique, Jésus la dénonce aussi , et dans le même passage. Il avait compris, bien avant l’heure, que derrière toute auto-accusation publique se cache soit une volonté de mise en avant personnelle soit un procès stalinien.

Qu’est-ce qui se cache donc derrière le discours repentant de Macron sur la guerre d’Algérie « crime contre l’humanité » ? Une volonté de mise en avant personnelle.

De quoi tous ceux qui relaient, avec force indignation et morale grandiloquente, ce genre de discours « victimaire » sont-ils le nom ? Ils représentent la violence, ils perpétuent la guerre sans fin. Quand on justifie les émeutes des banlieues par la colonisation passée ou par l’indignation causée par trois ou quatre salopards à la matraque baladeuse, on est dans la guerre sans fin. Comme ils se sentent purs et différents, ils sont aussi les plus susceptibles de reproduire les pires comportements du passé.

Et comme il s’agit d’un article politique, et qu’il faut parler des dangers d’aujourd’hui, je vais nommer les Plénel, les Autain, Libé (« et en plus il ne recule devant aucun amalgame ! »), le Défenseur des Droits, les gauchistes, en ce sens qu’ils sont à la gauche ce que le Stalinisme est à Jaurès (« Décidément, c’est complet ! Quelle honte ! »), les indignés professionnels. Tous ont commencé la collaboration heureuse avec l’islamisme au nom d’une soi-disant rupture hypocrite avec le passé, qui ne fait en réalité que le perpétuer.

J’espère qu’on me pardonnera cette interprétation biblique. Je précise quand même que je ne suis ni chrétien ni même croyant et que je n’ai donc pas participé à la Manif pour tous (« Comme quoi, de tous les réactionnaires, les laïcs sont vraiment les pires !« ). Le fait que ma photo de profil Facebook ressemble en plus à celle d’un moine est fortuit et totalement involontaire.

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De Carlos Ghosn à Donald Trump 24 janvier 2017

Par Thierry Klein dans : Economie,Humeur,Politique.
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Sur le plan éthique, il n’y a aucun fondement valable pour que Carlos Ghosn gagne plus que ma femme de ménage. Les deux ont un travail difficile, prenant, contraignant, même si les contraintes sont différentes.

Alors, au nom de l’efficacité, on peut admettre certaines différences.

Sans doute les « qualités » de Carlos Ghosn sont-elles un peu plus rares (quoique… je ferai une très mauvaise femme de ménage, j’en suis certain, alors que je pourrais peut être très bien diriger Renault).

Sans doute, Carlos Ghosn a-t-il besoin d’argent devant lui pour ne pas être « acheté » par la concurrence (quoique… quand on regarde, les tops managers passent comme une fleur d’une entreprise à une autre, comme les hauts fonctionnaires passent de l’état à l’entreprise. Et Carlos Ghosn me semble en situation de conflit d’intérêts permanent du fait des différentes entreprises qu’il dirige et des différents états qui le soutiennent).

Etc… Toutes ces raisons tiennent de l’efficacité, pas de l’éthique. On peut les tolérer pour justifier une certaine différence de revenus entre les gens, au nom d’une certaine efficacité économique. Par exemple des écarts de 1 à 10 ? De 1 à 100 ?

Mais ressaisissez-vous ! ressaisissez-vous tous ! Quand on commence à gagner 1000 fois ou plus (cas de Carlos Ghosn) le salaire de l’ouvrier de base, on porte atteinte à l’essence même de la démocratie. Avec ces écarts là, plus d’égalité qui tienne. Vous êtes, ni plus ni moins, dans les mêmes conditions qu’avant la révolution française, quand quelques nobles détenaient 99% des terres – les terres en 89, l’équivalent aujourd’hui du capital.

A ce niveau là, il ne peut y avoir que vol, spoliation, passe-droits et surtout ce comportement est nuisible pour l’intérêt général. Il gagne le salaire de 1000 ou 10000 de ses ouvriers, c’est forcément un frein pour leur rémunération et le développement de l’entreprise. Je vous rappelle l’origine de la crise de 2008: leurs salaires baissant, les salariés américains ne pouvaient plus subvenir à leurs besoins et ont massivement emprunté, en particulier pour se loger. Pendant 30 ans, ils ont vécu de la plus-value immobilière au lieu de vivre de leur salaire. La bulle qui en a résulté a créé la crise financière.

Depuis une quarantaine d’années, le capital se concentre entre un nombre de plus en plus réduit de mains. Nous créons une aristocratie de même type que sous les rois. Les effets de tout ceci sont évidemment nuisibles.

Quels ont été les gains de productivité depuis 100 ans ? 1000 % 10 000 % ? Pourtant, 99% des êtres humains restent obligés de travailler beaucoup, jusqu’à un âge de plus en plus avancé. La sécurité sociale va disparaître. Ces gains de productivité non redistribués, c’est le salaire des Carlos Ghosn. [Et il en adviendra de même des gains de productivité liés aux robots]

La principale force de patrons comme Carlos Ghosn: disposant de moyens illimités, ils parviennent à convaincre leurs actionnaires, qui sont pourtant intelligents, qu’ils sont indispensables. Ils parviennent à vous convaincre, et vous êtes pourtant intelligents, qu’ils agissent « pour le meilleur » (je reprends l’expression de Voltaire face à Leibniz, le débat est au fond le même).

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L’étrange école 23 janvier 2017

Par Thierry Klein dans : Humeur,Politique.
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Les points communs entre l’Education Nationale et l’armée française des années 30:

  • elle est, et de loin, le premier budget de la Nation
  • tout le monde a conscience que les mauvais choix sont faits, alors que les bons choix sont évidemment connus
  • la stratégie est faite par un petit nombre de fonctionnaires incapables, en retard d’une guerre, dont le Ministre n’est plus que le porte-parole.

En conséquence :

  • toute critique est vécue comme une insubordination, une subversion, voire une trahison. « Réfléchir, c’est déjà désobéir ».
  • plus on rajoute de l’argent et plus c’est inutile. Le budget de l’éducation est devenu un trou sans fond.
  • l’opacité est chaque jour plus grande, la langue de bois plus présente, la hiérarchie plus pesante sur les esprits et le discours : aujourd’hui, de plus en plus, l’école devient la « Grande Muette ».

Si on veut donner un tour polémique à tout ça (mais loin de moi cette idée !), on pourrait considérer que, comme l’armée a fait, via Maginot et via son idéologie, le jeu de l’ennemi, l’Education Nationale fait sans doute aujourd’hui celui de l’islamisme.

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Alain Juppé n’est pas Pierre Mendès France 6 novembre 2016

Par Thierry Klein dans : Politique.
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« Celui qui est devant vous, et dont le sentiment sur le problème de l’Indochine n’a pas varié, fait appel, pour le soutenir, à une majorité constituée par des hommes qui n’ont jamais directement ou indirectement épousé la cause de ceux qui nous combattent, d’hommes qui, en conséquence, peuvent revendiquer la confiance de nos soldats et négocier en toute indépendance avec l’adversaire. »

Pierre Mendès-France, discours d’investiture, 1954

En 1954, quand Pierre Mendès France fut investi Président du Conseil pour mettre fin à la guerre d’Indochine, il refusa de comptabiliser les voix communistes. Tout soutien est une dépendance politique. Il considéra que, les communistes étant depuis des années devenus des alliés objectifs de l’ennemi, accepter leur soutien aurait été une forme de trahison de la nation qui lui lierait les mains dans la négociation qui allait s’ouvrir.

Le problème qui se pose aujourd’hui dans les élections primaires de la Droite est rigoureusement identique et les sarkozystes ont tout à fait raison de le signaler (à ceci près, qu’évidemment, la leçon de gouvernement classique donnée par PMF est remplacée par une sorte de tragi-comédie ridicule : passer de PMF à Sarkozy, c’est comme passer de Corneille à Marivaux).

François Bayrou a depuis longtemps trahi les intérêts de la Droite et a appelé à voter Hollande contre Sarkozy en 2012. Il appelle aujourd’hui à soutenir Juppé mais précise que si Juppé n’est pas choisi, il ne respectera pas le résultat de l’élection et jouera alors son propre jeu contre celui de la Droite.

Le risque qu’encourt Juppé est double. Outre le problème moral évident, le soutien qu’il accepte de Bayrou est une mise sous dépendance, qui le privera de moyens futurs d’agir.

La position de PMF peut sembler au départ irrationnelle, puisqu’elle peut conduire à échouer dans la conquête du pouvoir. En réalité, c’est la seule position rationnelle possible, celle qui permet de faire quelque chose quand on est au pouvoir. L’échec du quinquennat actuel de François Hollande est inscrit dans la multiplicité des soutiens ambigus et irréconciliables (Verts, Front de Gauche, Frondeurs, Gauche libérale, Modem, etc…) qui ont empêché le Président de gouverner dès le premier jour.

Si Juppé ne veut pas tomber dans ce double piège, il devrait refuser publiquement le soutien de Bayrou, demander aux électeurs du Modem de ne pas se déplacer. Ceci jusqu’à ce que Bayrou s’engage lui-même publiquement à soutenir le vainqueur de l’élection primaire, quel qu’en soit le résultat.

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Je n’écris pas ton nom 20 septembre 2016

Par Thierry Klein dans : Politique.
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Les gaulois ne sont pas nos ancêtres.
La terre n’est pas non plus bleue comme une orange.
Léopoldine n’attendait pas vraiment Victor.
Et si ça se trouve, Adam n’est même pas rouge.

Plus rien, évidemment, à écrire sur les cahiers d’écolier, les images dorées, sur les armes des guerriers, sur la couronne des rois.

Les métaphores seront interdites, seules les anaphores seront permises.
François Hollande est en campagne et Najat Vallaud-Belkacem est son prophète porte-parole.

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La diffamation est un cri qui vient de l’Intérieur 27 juillet 2016

Par Thierry Klein dans : Politique.
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Dire qu’attaquer la compétence de Cazeneuve, en tant que Ministre de l’Intérieur, c’est attaquer l’institution elle-même (pêle-même, « le travail des policiers, des magistrats, leur honneur, etc.. »), c’est toujours, finalement, nous refaire le coup de l’Affaire Dreyfus où le comportement des personnes ne pouvait être mis en cause sans que l’honneur de l’Armée ne fût touché. La France a tranché, heureusement, depuis longtemps sur ce sujet. Attaquer la compétence d’une personne, aussi haut placée soit-elle, ne remet évidemment pas en cause le travail, ni l’honneur, de l’institution elle-même. L’honneur de l’institution est en revanche atteint quand elle essaie, au détriment de la vérité, de masquer les erreurs d’une personne.

Attaquer la compétence du Ministre n’est pas non plus une « vilénie ». C’est un acte presque banal en démocratie. Les termes employés en défense par Bernard Cazeneuve me semblent tout à fait excessifs et parfois presqu’hors propos, quelles que soient les motivations de ses adversaires politiques.

Il y a évidemment plusieurs points sur lesquels Cazeneuve doit se justifier. D’abord, la difficulté à nommer le type d’attentat auquel il avait affaire. Alors que Valls parlait de terroriste islamique dès le lendemain de l’attentat de Nice, Cazeneuve n’osait se prononcer. Puis, devant l’évidence, il a parlé de terroriste radicalisé « très rapidement », presqu’instantanément – on sait qu’il n’en était rien et que le projet terroriste remontait à plusieurs mois. Déni initial, puis déformation de la réalité. Sans même parler des défaillances éventuelles du dispositif, le Ministre devrait pouvoir se justifier, au moins lors d’interviews, sur ce point.

Cazeneuve se répand sur les plateaux en affirmant sa peine, sa motivation, assurant qu’il met toute son énergie en oeuvre pour obtenir des résultats, etc. Mais c’est bien le moins ! On ne doute nullement de sa motivation, on doute de sa compétence. Il y a eu 80 morts, jouer à l’homme blessé dans sa respectabilité a un côté indécent et quand on est Ministre de l’Intérieur, crotte !, on assume les attaques et on y répond « au fond ». Les états d’âme pleurnichards de Cazeneuve n’ont aucun intérêt public.

Depuis 30 ans, y a-t-il eu une instruction sans fuite ? Les fuites de l’instruction sont monnaie courante en France et sans doute (je prends mes précautions) organisées parfois par l’instruction elle-même. Dans ce contexte, la saisie des bandes au nom du secret a un côté presque comique. Autant les confier directement à des journalistes !

Comique aussi (enfin presque, compte tenu du contexte) l’argument employé de la saisie au nom de la préservation émotionnelle des victimes. Les victimes en ont, malheureusement, vu bien d’autres et je ne vois pas bien en quoi la simple visualisation du dispositif policier le soir de l’attentat, au cas où elle fuiterait, serait si traumatisante.

L’enquête en diffamation est confiée au Procureur de Paris et tous les amis politiques du gouvernement louent son intégrité et son indépendance. Mais le Procureur, membre du Parquet, dépend hiérarchiquement du Ministre de l’Intérieur et donc ne peut qu’instruire, par construction, en sa faveur. Seul le juge statuera de façon indépendante. La plainte est déposée par Bernard Cazeneuve en son nom personnel et par le Ministère, mais je n’ai pas connaissance de la moindre déclaration de la policière sur le Ministre en tant que personne et donc en quoi s’estime-t-il diffamé ?

Ajout 21/09/2017: comme on pouvait s’y attendre, le juge a estimé qu’il n’y avait pas diffamation. Bernard Cazeneuve, sans doute un des ministres de l’Intérieur à s’être le plus abrité derrière l’état de droit pour justifier son impuissance, semble bien avoir tenté de passer en force sur ce sujet.

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Jean-Claude Juncker, vulgaire amoureux déçu. 25 juin 2016

Par Thierry Klein dans : Politique.
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Jean-Claude Juncker réagit comme le plus vulgaire des amoureux déçus, alors qu’il faut tendre la main.

« Ce n’est pas un divorce à l’amiable mais après tout ce n’était pas non plus une grande relation amoureuse »

L’ignorance totale de la notion de grandeur empêche souvent les dirigeants de prendre les bonnes décisions politiques. On attend maintenant la réaction de Hollande.

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Copé, la victime émissaire et le misanthrope 3 mars 2016

Par Thierry Klein dans : Critiques,Politique,René Girard.
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Copé s’est abondamment présenté, sur tous les plateaux télé, comme une « victime innocente, un bouc émissaire » en précisant bien lourdement qu’il entendait ces termes au sens de René Girard. Pour Girard, les hommes, soumis au désir mimétique, ont tendance à expulser la violence à certains moments de leur histoire en désignant arbitrairement une victime émissaire, en la tuant, puis en la divinisant car, le meurtre de la victime ayant miraculeusement ramené le calme dans les rangs, des pouvoirs surnaturels lui sont ensuite attribués.

Dans les peuplades primitives, la victime émissaire était probablement dépecée et mangée, et le sort de Copé, exclu de l’UMP certes, mais toujours à même de pérorer sur un plateau, reste donc éminemment enviable.

Mais surtout Copé, qui n’a sans doute pas bien lu Girard, s’il l’a vraiment lu, oublie que la victime émissaire n’est, chez Girard, nullement innocente. Elle est désignée, certes, de façon arbitraire mais elle fait partie de la horde dévorante et aurait avec joie participé à la fête générale si une autre victime avait été choisie. La victime est littéralement partie prenante au massacre, parfois même comme Oedipe, convaincue de sa propre culpabilité. Elle n’a pas un statut supérieur aux autres, elle ne détient aucune vérité : elle a juste manqué de bol.

La seule victime innocente, pour Girard, c’est le Christ. Pour les autres, le simple fait de se croire, comme Jean-François Copé, différent des autres, séparé, innocent, incapable de faire le mal, de trahir est un très fort indice d’appartenance à la meute. C’est Pierre, qui a déclaré qu’il ne renierait jamais Jésus – et pour Girard, parce qu’il l’a déclaré, qui justement le renie avant que le coq ne chante trois fois.

Pour Girard, ce meurtre originel est fondateur de toute culture. Nous noterons simplement qu’il ne semble pas avoir augmenté la culture de Jean-François Copé.

Copé a aussi cité, pour preuve de sa grande sincérité, ces vers du misanthrope:

« Votre chaleur pour lui tombe en vous séparant,
Et vous me le traitez, à moi, d’indifférent.
Morbleu : Sorte de jurement en usage
même parmi les gens de bon ton.
Morbleu ! C’est une chose indigne, lâche, infâme,
De s’abaisser ainsi jusqu’à trahir son âme »

Mais Copé n’a visiblement pas bien lu Molière non plus, s’il l’a vraiment lu. Car ce que la pièce met en évidence, c’est que le misanthrope n’est qu’un accablant donneur de leçons, qui se leurre lui-même sur sa soi-disant sincérité. Célimène, le personnage de loin le plus brillant de la pièce, montre qu’il n’est qu’un snob qui se cache et que sa prétendue misanthropie n’est qu’une posture.

« Il penserait paraître un homme du commun,
Si l’on voyait qu’il fût de l’avis de quelqu’un.
L’honneur de contredire a pour lui tant de charmes,
Qu’il prend contre lui-même assez souvent les armes ;
Et ses vrais sentiments sont combattus par lui,
Aussitôt qu’il les voit dans la bouche d’autrui
. »

Son snobisme est de nature profondément mimétique, au sens Girardien du terme (VRAIMENT Girardien, cette fois-ci). Au lieu de copier le désir d’autrui, le misanthrope l’inverse, ce qui est exactement la même chose et il se cache à lui-même cette dépendance aux autres. Ce n’est pas un hasard si Girard a découvert sa théorie sur le désir mimétique dans quelques grandes œuvres de la littérature.

Le misanthrope, sous le coup du désespoir il est vrai, pousse même la bassesse d’âme jusqu’à tenter de corrompre Célimène et lui demande de lui mentir, ce qu’elle refuse:

« Efforcez-vous ici de paraître fidèle,
Et je m’efforcerai, moi, de vous croire telle. »

Bref, si on s’en tient aux déclarations de Jean-François Copé, il est difficile de savoir s’il a changé ou pas. Il est facile, cependant, de prouver qu’il n’a pas compris les oeuvres qu’il cite.

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Sur la façon dont le gouvernement communique à propos de la réforme du collège 12 mai 2015

Par Thierry Klein dans : Politique.
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Ce premier billet sur la réforme du Collège  traitera exclusivement de la forme (c’est-à-dire du style de communication employé par le Ministère). Les arguments de fond seront développés dans d’autres billets à venir.

Un des arguments principaux de la Ministre de l’Education Nationale sur cette réforme est que les « pseudo-intellectuels » l’ont mal lue ou même (honte à eux !) pas lue du tout, alors que toutes les informations étant disponibles sur le site de l’Education Nationale,  » il est possible à chacun de les consulter et de se faire sa propre idée en connaissance de cause ».

Une réforme en réalité peu accessible (pour ne pas dire inaccessible).

La réalité est un peu différente. Sur  le site de l’Education Nationale, vous tombez immédiatement sur une suite d’articles de vulgarisation (pour ne pas dire simplistes) et d’infographies (pour ne pas dire bandes dessinées) justifiant la réforme des programmes. Ces articles sont, au sens propre du terme, des articles de propagande puisqu’ils servent à vous vendre la réforme en une page ou deux sans renvoyer, ne serait-ce que sous forme de lien, vers le contenu  précis de la réforme.

Certains liens du site du Ministère renvoient même directement vers le site personnel dédié à la promotion de la Ministre, bref la confusion entre information et propagande est totale.

 

Refore College

Pour accéder au texte intégral de la réforme, j’ai dû, il y a trois semaines, passer quinze bonnes minutes à naviguer sur le site de l’Education Nationale.  Ce qui veut dire que sans un intérêt aigu, de nature presque professionnelle pour le sujet, j’aurais renoncé à chercher le programme et me serais contenté des messages de propagande. J’estime que plus des 95% des visiteurs du site ont fait de même[1] et donc n’ont pas eu accès au texte intégral de la réforme.

Je ne sais pas si cette dissimulation de fait est le résultat d’une volonté politique, d’une simple incompétence ou du besoin inconscient de masquer les textes originaux tellement, nous le verrons dans les prochains billets consacrés au fond de cette réforme, ceux-ci contredisent en tous points les déclarations de la Ministre et les articles d’explication du site de l’Education Nationale.

[Ajout 11 mai :  La grande honnêteté qui me caractérise, probablement couplée au fait que je suis tout sauf un pseudo-intellectuel, m’oblige cependant  à préciser que depuis ce matin, la réforme est accessible en 3 clics à partir du blog des actualités du site.]

Une réforme peu lisible (pour ne pas dire illisible).

Peut-être beaucoup de pseudo-intellectuels n’ont-ils donc pas lu la réforme. Il leur sera cependant beaucoup pardonné car le texte intégral en est, en grande partie, illisible – c’est à se demander si lui aussi n’aurait pas été rédigé par des pseudo-intellectuels !  Je reprends quelques exemples pour la plupart déjà largement publiés dans la presse, car c’est toujours bon de rire un peu.

« traverser l’eau en équilibre horizontal » (en français ancien, signifie « nager »)

«vaincre un adversaire en lui imposant une domination corporelle symbolique et codifée» (en franco-anglais ancien, « match »)

« produire des messages à l’oral et à l’écrit » (en français ancien, signifie écrire et parler)

« aller de soi et de l’ici vers l’autre et l’ailleurs » (intraduisible. La langue française n’est visiblement pas assez riche pour traduire la profondeur insondable de la pensée des rédacteurs du programme).

« l’éducation aux media, organisée de façon spiralaire » (les mots me manquent là aussi pour bien vous faire sentir toute la profondeur du concept. Mais je ne suis probablement qu’un pseudo-intellectuel).

On est bien sûr  ravi de noter que « «l’inflation terminologique doit être évitée» (programme de français). Et on se demande ce qu’il en aurait été dans le cas contraire.

Un texte de réforme sans véritable contenu spécifique.

Personne à ma connaissance n’a encore remarqué ce point : la réforme, telle qu’elle se présente, manque tellement de précision qu’elle ne peut être valablement contredite. 

Dans certaines matières, les textes sont tellement vagues qu’ils ne définissent en fait pas grand-chose. Par exemple, dans le projet de programme pour le cycle 4 du 9 avril et qui ne compte pas moins d’une soixantaine de pages, je vous invite à aller consulter le programme de français (pages 10 à 16) pour constater qu’au final, ce programme n’impose rien au professeur (c’est la liberté pédagogique poussée à son summum). Six pages touffues et jargonnantes sans imposer aucune œuvre spécifique à lire (puisqu’on doit simplement « puiser dans toutes les époques » !).

Et je défie, par exemple, quiconque de pouvoir vérifier qu’en fin de cycle l’élève sait « Mobiliser en réception et en production de textes les connaissances linguistiques permettant de construire le sens d’un texte, le rapport au genre littéraire, à la forme de discours, au type de texte. »

Le cas du programme d’histoire.

Le programme d’histoire / géo s’étend lui sur 5 pages. Nous sommes contents d’apprendre, dans les deux premières que les heureux élèves devront « se repérer dans le temps » et « se repérer dans l’espace ». Ils sauront « comprendre et analyser un document », « raisonner » et « pratiquer différents langages en histoire / géographie » , « coopérer » et « mutualiser ».  La description de ce que signifient exactement tous ces termes prend 3 pleines pages, écrites de telles façons qu’elles pourraient s’appliquer aussi bien à des élèves de licence que de CM1 (autrement dit, ce sont des déclarations d’intention vagues et non spécifiques, qui n’engagent aucun enseignant à rien).

Le programme d’histoire lui-même (thèmes étudiés) tient sur moins d’une page (pour 3 années d’étude !). La moitié des thèmes proposés sont facultatifs.

Au final, si on enlève du programme les déclarations d’intention, les objectifs (si vagues, jargonnants et prétentieux qu’il n’en sont pas), et toutes les parties non spécifiques qui ne définissent absolument rien, la réforme des collèges tient dans cinq à dix pages –elles même très floues et imprécises.

L’Administration au pouvoir

Le fait qu’il n’y ait « rien » dans ce texte, sert un double objectif politique. Celui du Ministre, qui devra non pas enlever des parties du texte mais en rajouter pour neutraliser certaines critiques et arriver à un compromis sans avoir le moins du monde l’air de reculer. Divers points de repli ont visiblement été prévus et Najat Vallaud-Belkacem, depuis une semaine, « consulte » et communique sur le fait que les programmes demandent à être « tout simplement discutés et précisés ».

Celui de l’Administration, qui a écrit ce texte pour son propre compte, dans sa propre langue si caractéristique, et qui de fait dirigera son application. Comme le texte ne dit rien, toute latitude lui est ainsi laissée pour l’interpréter « comme il faut » et orienter la future politique éducative. Les ministres passent, l’administration de la rue de Grenelle reste.

Qui n’a pas d’objectif ne peut pas échouer.

Dans cinq ans, si la réforme s’applique, personne ne pourra jamais prouver son  succès ou son échec puisqu’elle n’aura jamais été réellement définie.

Ainsi, en rédigeant ce modeste billet, j’ai probablement  « fait preuve d’esprit critique », satisfaisant en ceci l’esprit et la lettre du programme d’histoire du cycle  (page 37) mais j’avoue que je ne sais pas si j’ai bien « mobilisé ma sensibilité pour questionner la part du subjectif et la portée intellectuelle et morale des stéréotypes de représentation » (ce qui est pourtant une compétence attendue en fin de cycle 4, p 26).

Je prédis donc sans aucun risque de me tromper que  Ministère et pseudo-intellectuels pourront sans aucun problème continuer à s’invectiver dans les prochaines années.

Non seulement il sera impossible à quiconque de juger du succès de cette réforme, mais il sera aussi impossible, avant trois années complètes, de valider les progrès des élèves. Le cycle 4 porte maintenant sur trois années (5ème, 4ème, 3ème) et donc les programmes tels qu’ils sont définis portent aussi sur 3 années. Le redoublement est devenu presqu’impossible mais ce n’est qu’en fin de 3ème qu’on pourra (peut-être, car rien n’est prévu) constater les éventuels décrochages.

Jamais autant de volonté d’égalité (affichée)  n’aura généré autant d’inégalité de niveau (sur le terrain).

 


[1] Moins de 10% des internautes consultent un résultat qui serait sur la deuxième page de Google. Sur Internet, la technique qui consiste à « noyer » un lien nuisible  sous une multitudes d’autres résultats positifs qui, apparaissant en page 1 de Google vont faire descendre le lien nuisible en page 2 ou 3,  est une stratégie d’e-reputation classique utilisée par les entreprises.
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