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Ca y est, Amazon censure les livres 28 février 2021

Par Thierry Klein dans : Non classé.
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C’est passé à peu près inaperçu mais la semaine dernière Amazon a changé ses conditions générales. Le site se permet dorénavant de censurer « tout ouvrage contenant du contenu incitant à la haine ou tout autre matériel que nous jugeons impropre ou offensant » (sic).

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La première « victime » de cette nouvelle clause est un livre critique de l’idéologie du genre, qui probablement va du coup très bien se vendre via des canaux alternatifs du fait de la publicité qu’Amazon lui a fait : « When Harry became Sally, Responding to the transgender moment« . (1)

Tout libraire indépendant, arguera Amazon, a le droit de sélectionner les livres qu’il propose au public. Tel libraire se spécialisera dans les bandes dessinées, un autre dans les livres marxistes, un autre dans les livres religieux… Mais Amazon représente 83% du marché du livre aux Etats-Unis et à ce niveau de dominance, le refus de vendre un livre correspond à une censure de fait. Aucun éditeur ne publiera un livre qu’Amazon refuse de commercialiser.

Les ouvrages refusés par Amazon sont de fait et au sens propre « mis à l’index », vous ne pourrez plus les lire. Amazon a recréé, pour un objectif idéologique qui lui est propre l’index des livres censurés élaboré par l’Eglise Catholique au XVIème siècle. Les idées présentes dans les livres censurés par Amazon seront comme effacées de notre société, avec une efficacité que l’Eglise catholique n’a jamais atteinte (Voltaire, Luther étaient à l’Index et cela n’a jamais empêché qu’ils soient lus).

Il n’est pas certain que la censure des idées ou des œuvres soit jamais une bonne chose, il est certain en revanche que sa mise en œuvre éventuelle doit procéder de la loi, dans un cadre démocratique, et non pas du bon vouloir d’une société commerciale. Nous avons donné des droits bien trop importants à Amazon.

Ce problème rejoint celui récemment constaté de la censure des contenus exercée par Google, Facebook et Twitter, allant jusqu’à censurer le compte du Président des Etats-Unis lui-même. Les conditions générales de ces sociétés leur permettent d’agir ainsi et tout media a, a priori, la liberté de décider du contenu qu’il publie. Mais la position de dominance des GAFAM est telle que la règle définie avant l’ère de l’Internet ne peut plus s’appliquer. L’Humanité peut censurer un homme politique de droite ou le Figaro une idée de gauche, c’est leur droit. Mais bannir de YouTube (92% de part de marché) ou de Facebook un contenu a un impact médiatique bien supérieur à lui interdire toute la presse française, d’un seul coup, télévision comprise. Le pluralisme ne joue plus quand on parle de media à ce point dominants, rassemblant plus de 90% du trafic ou du temps passé sur Internet.

Nous avons là encore donné des droits bien trop importants à de simples sociétés commerciales, qui menacent aujourd’hui non seulement nos libertés mais nos idées et l’accès au savoir. La censure (éventuelle) des contenus proposés par YouTube, Google, Facebook, Amazon doit absolument revenir aux Etats et être exercée selon des lois que nous aurons votées (2).

Le concept juridique à introduire dans la loi est celui de « dominance ». A partir d’un certain de gré de dominance, les conditions commerciales ou générales habituelles ne peuvent plus s’appliquer et l’Etat est fondé à les modifier, pour les adapter à sa loi. Ce concept est la conséquence juridique directe de la « scalabilité » recherchée par les acteurs de l’Internet, qui leur a permis d’établir cette domination.

Le numérique qui nous est concocté actuellement par ces sociétés ne correspond en rien à la promesse qui nous a été faite (et qui nous est vendue jusqu’à la nausée par les GAFAM) : de plus grandes libertés, un plus grand accès au savoir. Il nous ramène au contraire au passé dans ce qu’il a pu avoir de pire, « panem et circenses » (la gratuité et la débilité ludique des contenus), et l’Inquisition idéologique.

C’est l’exact contraire du numérique que nous voulons.

Dans son dernier ouvrage, « Une rencontre », Milan Kundera évoque la fin de l’illusion cinématographique. Né il y a 100 ans. Le cinéma qui promettait, le nouveau moyen d’expression culturel (sans même parler du cinéma en tant que nouvelle forme artistique) a aujourd’hui presque totalement disparu. Il est devenu un des principaux vecteurs de l’abêtissement général.

Internet: le début d’une illusion

(1) Je n’ai pas lu ce livre et précise que ce billet n’est en rien un soutien de son contenu éventuel. La position que je prends est « par principe ». Je note par ailleurs que « Mein Kampf » reste disponible sur Amazon; son contenu n’est donc probablement ni inapproprié ni offensant.

(2) Techniquement, cette proposition est très facile à réaliser. Il suffit d’imposer aux acteurs dominants du numérique de mettre à disposition du Juge français des interfaces (API) lui permettant de mettre en œuvre instantanément toute décision de justice, lui permettant aussi d’avoir accès, selon nos lois, au moyens de preuve nécessaires tels que les adresses IP permettant d’identifier l’origine de certains contenus, etc. Ceux qui refusent de s’exécuter seraient bannis du territoire français

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Sciences Po: de la discrimination positive à la « culture du viol » 16 février 2021

Par Thierry Klein dans : Aliénation,Politique.
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Il y a actuellement à gauche une tendance à faire du vice, ou de toute tendance affective personnelle, un système élaboré de « valeurs ». Dans les années 80, ces valeurs étaient « la libération sexuelle », surjouée, forcée – avec les abus inévitables qui font que ces valeurs ont aujourd’hui été transformées en « me too ». Ceux qui portent ces valeurs sont les mêmes personnes et si je puis dire, la Vanessa Springora des années 80, icone consentante sur l’autel de la libération sexuelle, annonce celle des années 2020, icone consentante sur l’autel « me too ». Elle est le niveau à bulle de l’époque, ayant pour fonction d’être un reflet. J’ai entendu Jack Lang l’autre jour condamner violemment, presqu’en larmes, une pétition qu’il avait signée dans les années 80 en faveur de l’inceste.

Idem pour Sciences Po. Dès lors qu’un seul élève est rentré de façon injuste à Sciences-Po (discrimination positive), c’est tout un système qui a été transformé, d’une hiérarchie de compétences vers une hiérarchie aristocratique, privilégiant l’origine, la position, le mensonge et le népotisme. La « culture du viol » est présente dès l’époque Descoings, qui séduit des élèves de 17 ans, et dès cette époque, tout le monde se tait. Cet enchainement est très compréhensible et simplement une dérive banale, qu’on a vue dans de multiples établissements d’enseignement supérieur politiquement corrects aux US. J’avais pu moi-même la constater à Stanford dans les années 90.

Mais ce matin, Alexandre Kouchner au micro d’Europe 1 fait de cette dérive un système général. « Non, nous dit-il, la dérive du viol n’est pas propre à Sciences Po mais à toute la société ». On voit comment cette théorie se fait jour dans son esprit. Il y a d’abord la dérive névrotique d’une organisation, à laquelle il a participé de façon active ou, plus probablement, lâche. Il y a le contexte familial du viol toléré, sinon encouragé et là aussi, il a fallu détourner le regard – et comme c’était impossible, se forcer à ne pas penser, ce mécanisme étant caractéristique de ce que Simone Weil nomme « attachement » (à sa famille, à ses amis, à son groupe de pensée, tout ceci étant, dans le cas de Kouchner, presque confondu).

Ensuite il y a le refus de regarder sa réalité en face et la projection de ses propres turpitudes sur autrui, sous forme de rationalisation a posteriori : « toute le société est gangrénée, Sciences Po n’a rien d’exceptionnel ». En ceci, il est exactement comme un cardinal qui refuserait d’admettre le problème de la pédophilie ecclésiastique au prétexte qu’elle concernerait toute la société. Ou comme un Tartuffe (mais ici, un Tartuffe probablement inconscient), qui demande à couvrir ce sein (transformation du désir personnel en norme de comportement générale).

Ce mécanisme définit actuellement de façon très profonde la gauche, dans ce qu’elle a de plus woke. Elle est plus une fidélité à un groupe, un attachement, qu’une pensée. La recherche systématique d’un racisme « systémique » (qui n’a plus rien à voir avec le racisme), de la « culture » du viol, de la « violence symbolique » à l’école, de la « violence coloniale systémique » sont des névroses de type paranoïde projetées sur l’ensemble de la société, déclarée malade par les malades eux-mêmes. Ces termes nous parlent de ceux qui les emploient plus que de notre société. Ces théories seraient risibles si elles n’étaient pas aussi répandues. Cliniquement, la gauche woke est une forme de paranoïa décomplexée.

(Je pense profondément que la « pourriture » n’est pas une question de couleur politique, et donc il y a sans doute une proportion constante de pourris à droite et à gauche.

Mais un violeur de droite ne ferait pas tous ces chichis. Il ne chercherait sans doute qu’à se cacher. Difficile de savoir si c’est par manque d’intelligence, par lucidité sur soi-même, par égoïsme ou par indifférence.)

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