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Le déconfinement n’aura pas lieu 3 mai 2020

Par Thierry Klein dans : Covid-19,Politique.
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Le « protocole sanitaire » pondu par l’Education nationale pour la reprise des écoles (60 pages !) est le symptôme de la résistance de l’administration à Macron. Cette résistance était sensible dans les déclarations des ministres (Veran, Blanquer) dès le lendemain matin sur les radios. On nous a successivement introduit la notion de déconfinement “progressif” (alors qu’il aurait fallu parler “d’exceptions au cas par cas”), puis de “volontariat des parents” (notion anti-républicaine par excellence, l’école est obligatoire), puis on a entretenu un grand flou sur les dates de reprise – flou qui perdure à ce jour.

Un tel document, évidemment inapplicable car conçu, consciemment ou non, à cette fin, équivaut à un non franc et massif, presqu’à un coup d’état administratif. Les responsabilités et les problèmes sont fourgués aux enseignants, eux mêmes déjà excessivement inquiets et n’ayant pas forcément envie de déconfiner. Il faut pourtant y aller, la situation ne peut plus durer mais j’avoue que la perspective de rouvrir pour simplement permettre aux parents de travailler n’est pas très motivante : l’école est là pour transmettre le savoir, pas pour servir de garderie, même si on la réduit de plus en plus à ce rôle.

Les écoles ont parfois envoyé des messages de rentrée délirants, très pathogènes au parents (voir ci-dessous) que j’analyse encore comme une résistance, le but étant de ne pas reprendre les cours en inquiétant les parents. On ne compte plus sur les réseaux sociaux les messages de peur panique provenant de parents, et encore plus d’enseignants – alors que tout repose sur eux.



L’Etat n’est toujours pas capable de fournir gels et masques alors qu’il y en a dans les supermarchés. Ubu est français: là où on n’en a pas assez, le protocole sanitaire pourrait demander aux parents d’acheter gel et masques car aujourd’hui les écoles ne le feront pas d’elles-mêmes par crainte d’introduire une « rupture d’égalité » – cette rupture d’égalité est aujourd’hui à l’école ce que la rupture de l’espace spatio-temporel est au Doc dans « Retour vers le futur ». Ainsi, des classes qui auraient pu ouvrir à un ou deux élèves près n’ouvriront pas. L’administration de l’EN qui est normalement là pour aider les profs ne fait que les perturber et les noie sous la paperasse peu utile. Aux problèmes normaux de gestion du virus, elle rajoute des problèmes d’organisation, d’approvisionnement et des complexités diverses qui paralysent les profs. Au lieu de leur apporter une aide concrète et pratique, elle leur rend la tâche impossible. Au lieu de reconnaître le risque sanitaire tout en cherchant à le minimiser, elle cherche à éviter tout risque, tâche impossible qui constitue en fait un renoncement et affaiblit le courage des enseignants.

« Le malheur est un bouillon de culture pour faux problèmes. Il suscite des obsessions » Simone Weil

Personne n’a dit officiellement aux enseignants que les enfants ne sont pas visés par la maladie, que faire cours ne les tuera pas. Les enfants sont au pire des vecteurs du virus – et encore ce point n’est-il pas tout à fait certain. 97% des décès sont des personnes à risques ou âgées. En Asie, avec les moyens dont nous disposons enfin, la situation est sous contrôle. Un rebond de type deuxième vague est loin d’être certain en France et s’il a lieu, on pourrait évidemment fermer à nouveau les écoles. Bref, l’intérêt bien compris des enfants est de redémarrer et la mission de l’école, la noblesse du métier de professeur, est d’enseigner.

Cerise sur le gâteau : dans ce document de 60 pages, qui décrit comment laver les salles de classe en permanence avec un luxe délirant de moyens, les masques, mesure clé, ne sont même pas rendus obligatoires (probablement le signe que l’Etat n’est pas certain de les avoir, encore une incapacité flagrante de l’administration, même si c’est celle d’un autre ministère). Et la prise de température à l’école (via un thermomètre infra-rouge à distance) a été jugée inutile ou trop intrusive ! En Asie, on contrôle les écoles en imposant aux élèves les masques, ils sont indispensables dans la lutte contre le virus. Et la prise de température est considérée comme nécessaire (de fait, elle permet à un enfant malade symptomatique de ne pas contaminer ses voisins). Au final, l’administration a réussi l’exploit de concevoir un protocole à la fois délirant, pathogène, mais aussi peu efficace.

Un bon document aurait pu tenir en 5 pages. Il fallait s’appuyer sur les établissements et sur les enseignants mais l’administration en a perdu l’habitude. Leur dire quelque chose comme « Faîtes au mieux, enseignez et vous serez couverts. En cas de difficulté, appelez xxx, on traitera au cas par cas. Pour les masques, nous faisons le maximum pour en avoir, sinon demandez aux parents de s’en procurer et d’être solidaires entre eux. Si vous vous en procurez (il y en a dans les supermarchés), nous vous les rembourserons. »

Pour une simple raison de bon sens politique, il fallait s’appuyer sur les établissements et non sur les mairies. Les maires des grandes villes, tous dans l’opposition, n’auront de cesse de retarder l’ouverture des écoles, de pointer les incohérences du protocole, pour montrer l’incurie du gouvernement.

De l’empathie, du dynamisme, du bon sens et l’école est sauvée !

En lieu et place, après les retard sur le gel, sur les masques, sur les tests, sur l’application StopCovid, c’est le déconfinement qui n’aura pas lieu le 11 mai.

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