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Raoult n’est pas Galilée, mais le Conseil Scientifique est pire que l’Inquisition 29 mars 2020

Par Thierry Klein dans : Covid-19,Politique.
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Sur le plan scientifique, il n’y a aucune commune mesure entre Galilée, un des plus grands découvreurs de l’humanité et Raoult, qui est juste un très bon chercheur.

L’excellence scientifique ne protège en rien contre l’erreur. Ni contre les publications faites trop rapidement. Il faut se souvenir que Galilée publiait très rapidement (parfois moins de 15 jours après ses observations) et s’est souvent complètement planté. Ses “Dialogues sur les deux systèmes du monde” fourmillent de graves erreurs, en particulier sur l’explication des marées (ce qui n’empêche pas que le livre soit magnifique). Surtout, si l’Eglise a condamné Galilée, ce n’est pas parce qu’elle pensait que sa thèse était fausse mais « simplement » parce que Galilée n’apportait pas les preuves de ses dires.

Le paradoxe a été le suivant : Galilée a été condamné par un tribunal de savants, majoritairement d’accord avec lui, mais qui a appliqué le droit de l’époque, droit qui disait que les Ecritures ne pouvaient être remises en cause sans preuve. La phrase qu’on prête à Galilée (« Et pourtant, elle tourne ! ») est probablement apocryphe, mais elle aurait sans doute pu être prononcée par la plupart des membres du tribunal le condamnant !

Donc, au moment de la condamnation de Galilée, qui est déjà postérieure aux travaux de Kepler, tout le monde savait, même si la preuve n’était pas disponible. La preuve n’arrivera que plus tard, progressivement, quelque part entre Newton et Foucault.

En ceci, la connaissance du tribunal condamnant Galilée est bien supérieure à celle des médecins et des politiques qui condamnent aujourd’hui Raoult, car ils sont dans l’illusion qu’ils sont « dans la science » et que Raoult est « en dehors de la science », qu’ils ont raison de suivre le protocole et que lui a tort.

Là où le tribunal ecclésiastique était savant, presqu’éclairé, le Conseil Scientifique est ignorant, alors qu’il pense être le produit des Lumières.

L’erreur du tribunal moderne est triple :

  • Idolâtrie du protocole. il fait la confusion entre médecine et protocole, alors que le protocole est un moyen, non une fin. Ce que j’ai expliqué dans un précédent billet.
  • Confusion entre savoir scientifique et opinion scientifique. Il estime naïvement qu’il y a une frontière stricte entre opinion et savoir scientifique. Or cette frontière est floue. Le savoir scientifique n’est qu’une évolution, sur des années de l’opinion scientifique. Ce que j’ai aussi expliqué dans un précédent billet.
  • La bonne décision n’est pas une moyenne, un consensus entre les avis scientifiques, mais le meilleur avis scientifique. Et celui à même de le donner est clairement Raoult, meilleur chercheur français, si ce n’est mondial sur le sujet. Ainsi, la plupart des critiques faites à Raoult (la soi-disant dangerosité de son traitement, l’absence de recherche de l’effet placebo, l’absence d’échantillon de contrôle, différents problèmes de méthodologie) sont évidemment parfaitement connues de Raoult dès le départ. Ces critiques ne prennent pas en compte le fait que, meilleur spécialiste du moment, son avis doit être réputé supérieur aux autres.

    En particulier, on ne semble pas voir que les études Raoult ont des conséquences profondes non seulement sur le soin immédiat apporté aux malades, mais sur la stratégie de test et de confinement. Elles sont pourtant écrites en ce sens: si la durée de contagion diminue de 20 j à 6 j, les conséquences positives sur la santé et l’économie sont énormes. Or les résultats sur la durée de contagion semblent mieux établis, dès la première étude, que ceux sur la santé des malades.

Tout ceci justifie très certainement qu’on lui demande de s’expliquer face à ses pairs, rapidement, dans l’heure même qui suit sa proposition de traitement (car il y a urgence, car il y a un certain risque de fraude) mais certainement pas qu’on le mette hors la loi. Or le décret gouvernemental n° 2020-293 du 29 mars 2020 rend de fait Raoult juridiquement coupable de prescrire son traitement à Marseille.

Rappelons que l’Eglise n’avait jamais été jusque là. Elle n’avait jamais prétendu empêcher Galilée de mener ses travaux, elle voulait simplement qu’ils ne soient pas publiés en l’absence de preuve.

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