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Le chien qui m’a aimé 11 janvier 2012

Par Thierry Klein dans : Animaux, Humeur.
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Un bon regardCe n’était ni le plus fort, ni le plus vif, ni le plus gai des chiots de la portée. En fait, quand j’ai visité l’élevage, Osh se tenait un peu à l’écart de la meute, comme s’il ne se sentait pas tout à fait digne d’être choisi. Quand je suis arrivé vers lui, il s’est levé doucement, m’a regardé d’un air étonné et s’est appuyé sur ma jambe gauche si fort que j’ai senti qu’il tomberait immédiatement si j’avais le malheur de me dégager trop vite. « Si tu t’en vas, je tombe aussi ». La perte d’équilibre pour garder l’équilibre. Osh aura gardé cette habitude toute sa vie, jusqu’à son tout dernier quart d’heure, hier soir. Le vide que je ressens à l’idée que ce geste n’aura plus lieu ne sera jamais comblé.

Il est devenu un braque de Weimar magnifique, d’une noblesse et d’une douceur infinies. Sous son regard, ma vie, qui était partie en lambeaux avant que je ne l’ai rencontré, s’est progressivement réparée. Sans que je m’en rende compte, il m’observait avec une attention et une discrétion extrêmes. Regard interrogateur, intense, presque translucide, mais très doux et bienveillant – inconditionnellement bienveillant.

Un jour où je rangeais tristement des pièces en bois dans une boîte, le chien a commencé à les saisir dans sa gueule et à m’assister dans ma tâche.

Quand ma fille est née et que nous sommes rentrés de la maternité, il a délaissé son coussin habituel et a passé la nuit devant sa porte. Le lendemain matin, il a ramené dans sa gueule un châton de 2 mois, Moka, abandonné dans le jardin et que nous avons élevé. Je n’aurais pas confié ma fille à n’importe quelle nounou, mais j’ai toujours eu une confiance absolue dans le chien. Ma fille, et plus tard, mon fils, ont passé des heures avec lui, à jouer ou dormir entre ses pattes – il les aimait, les protégeait. Le concept même de jalousie vis-à-vis des personnes que j’aime lui a été étranger toute sa vie.

C’était la meilleure partie de moi, ma partie la plus dissimulée, la plus instinctive. Cet air éternellement surpris et naïf, cette joie innée face aux événements les plus simples de la vie (sortir, jouer, courir ou regarder la télé ensemble), c’est la meilleure partie de moi enfouie que la vie, l’éducation, la fréquentation de la communauté des hommes m’ont appris à dissimuler.

C’était un excellent gardien et il était suffisamment imposant - et sonore - pour que personne ne cherche à embêter quiconque se tenait près de lui mais jamais je n’ai vu ce chien montrer les dents à un être humain. Moi-même attaqué, aurait-il su mordre pour me défendre ? Je pense sincèrement que non. La loi sacrée des hommes – ne jamais faire de mal à aucun autre être humain – était ancrée plus solidement en lui que chez la plupart des hommes mêmes. Une sorte de Lord Jim inversé : pas de tralala mais toujours le comportement le plus digne – il ne savait tout bonnement pas quelles étaient les autres options. « He was one of us - c’était l’un des nôtres ».

Les évènements tristes et heureux, il les a partagés avec moi. Il m’aidait, un peu par son inconscience, mais surtout par sa dignité et son mépris pour les sentiments vulgaires des hommes, à les relativiser, ce qui est une condition essentielle pour survivre.

Hier soir, il est parti en deux heures sans un cri et sans peur. En m’aimant. Une part de moi aussi est partie pour toujours.


Avec ma fille…

Avec ma Fille

Avec ma fille

 

Avec Moka, le châton qu’il nous a ramené à la naissance d’Anna
Osh et Moka

 

Mer et montagne: nos sorties préférées.

Equilibre et déséquilibre

Arrêt en montagne

Osh à la plage

Extérieur neige

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Commentaires»

1. Mort de notre mascotte, Osh – Speechi en deuil - 11 janvier 2012

[...] Quelques photos en souvenir, ainsi qu’un billet plus personnel en hommage à Osh, sur mon blog: Le chien qui m’a aimé. [...]

2. Julien - 11 janvier 2012

Triste nouvelle. Vraiment désolé pour toi, Blandine et les enfants.
RIP Osh …
Bises à vous 4

3. Laurent Denis - 11 janvier 2012

Merci pour ce billet, vous avez su exprimer de très belles choses à propos de ce magnifique compagnon
Bien cordialement
L.Denis

4. Hélène - 12 janvier 2012

C’est bien triste et le billet est très touchant.

5. PERRET Pascal - 12 janvier 2012

Nous avons toujours eu et avons des animaux et nous partageons votre peine.
Bien cordialement
Pascal

6. Massenet Marcelline - 12 janvier 2012

Bonjour Monsieur Klein,
Je comprends votre tristesse. L’hommage que vous rendez à Osh est à la hauteur des sentiments que vous lui portiez. Trés cordialement. Marcelline Massenet.

7. Mireille Dürr- Houdemont - 12 janvier 2012

Je comprends parfaitement votre chagrin ayant moi-même une petite chatte que je considère comme mon enfant. L’animal a cela de particulier: il ne juge pas, ne calcule pas, n’économise pas sa tendresse ,il donne tout, sans compter.Il comprend tout, aussi: quand on est malade ou triste, il sait être rassurant, aimant..
Je vous souhaite beaucoup de courage dans cette épeuve.

8. safia lbahy - 12 janvier 2012

bonjour,
je suis vraiment désolé pour vous, je sais que vous l’aimez et qu’il était tous pour vous.

Cordialement,

Safia lbahy

9. Blondeau - 12 janvier 2012

Bonjour
J’entend bien la tristesse qui est la votre.
Je suis vétérinaire mais aussi Thérapeute-Coach pour toutes les situations de perte-rupture-deuil etc… Je sais, pour accompagner mes clients et pour l’avoir vécu moi-même, comme la perte d’un “animal de compagnie” peut être douloureuse. D’autant plus que ce deuil n’est pas toujours reconnu et compris par l’entourage.
Se retourner sur le passé et tout ce qu’on a vécu ensemble, garder vivants tous ces souvenirs, ces images et la chaleur des moments partagés… Et aussi continuer en sachant reconnaître tout ce que cette relation nous a apporté, nous a appris, comment elle nous a enrichis sans rien demander en échange… Ça n’efface pas le chagrin mais c’est quelque chose d’acquis et que nous garderons toujours avec nous…
Très cordialement.
Marie Blondeau

10. Paul Labbens - 12 janvier 2012

Un chien est à l’image de son maître, il arrive aussi qu’une partie du chien rende l humain plus humain, j ai connu ce sentiment intense et triste qui nous atteint lorsque l’on perd cet être cher, compagnon indispensable toujours là, toujours prêt à partager son affection, qui peut donner plus……
très cordialement
paul labbens

11. Jean-Claude Grillot - 12 janvier 2012

Bonsoir
votre billet m’a fortement touché. je comprends votre tristesse et l’amour que vous lui portiez.
cordialement

jean-claude Grillot

12. ilham - 12 janvier 2012

désolée pour Osh
votre billet traduit la tristesse que chacun de nous vit à la perte de nos chiens compagnons.

13. Thierry - 16 janvier 2012

Merci à tous, ainsi qu’à ceux qui m’ont fait parvenir des mails.

14. Speechi distribue la gamme de visualiseurs Lumens - 16 janvier 2012

[...] [Un très grand merci à tous ceux qui, par mail ou en commentaires, m'ont fait part de leur soutien concernant mon chien Osh]. [...]

15. Philippe - 15 juin 2012

Bonjour Thierry.
Votre message et les photos m’ont beaucoup touché, comme tous ceux qui ont vécu plusieurs années aux côtés d’un animal. Pour moi, c’était ma chatte. C’est vrai que la perte d’un animal proche, avec qui nous avons vécu tant de choses est un deuil. On met du temps à s’y faire, comme pour un être humain. Il m’arrive de pleurer en pensant à mon chat. Penser à Osh, aux merveilleux moments passés avec vous et votre famille est il me semble, la plus belle façon de guérir votre tristesse. Merci à ces animaux qui nous font ressentir la vie autrement, sous un autre regard tendre et heureux !

16. bannier - 3 septembre 2012

bonjour thierry - jais juste la copie conforme avec ce qui va avec gentillesses , complicités, et bien d’autre choses ,je le surnomme grand con ça fait rire tout le monde plus jeune il ma fait que des conneries je ne suis pas chasseur mais luis non plus je l’emmène mais en cas de gibiers ba c direct voiture toujours le super chien ça y est il est maintenant c le plus brave chien il n’y plus de bêtises avec luis c’est la complicité pure et dure il a 4 ans drakkar fils de tessy du colombier de bel aire je n’oublierais pas l’hommage que tu as rendu tiens pour le faire a moi aussi le jour qui ne devrait jamais arriver merci pour cette brave pensée a un chien qui n’était pas un chien mais bien plus d’après moi - Patrick, respect a toi