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Souvenirs de l’Ecole Centrale 3 juillet 2009

Par Thierry Klein dans : Elites, Pour rire ....
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AmitiéComme presque tous les élèves, je suis rentré à Centrale comme on part à la retraite. Nous étions fatigués par 2 ou 3 années de prépa et nous voyions la Grande Ecole comme une sorte d’oasis où nous allions enfin pouvoir nous reposer pendant 3 ans. Comme j’étais plus ambitieux que la moyenne, j’espérais bien, moi, pouvoir me reposer au moins toute une vie.

Les cours n’étaient pas obligatoires : l’important aux yeux de l’école était « l’assimilation des connaissances » (une façon un peu pompeuse mais bien pratique de justifier la glande). Il y avait quand même, une fois par trimestre, quelques examens et l’objectif était d’y obtenir la moyenne – si on n’avait pas la moyenne, il fallait passer un ou deux rattrapages individuels, ce qui obligeait à bosser un minimum la matière – c’était complètement improductif, de mon point de vue en tous cas.

Vous comprendrez bien que compte tenu de notre emploi du temps très rempli (il y avait le foot, les sorties, le tennis, les vacances et les petits cours de Maths que nous donnions un peu partout pour financer tout ça), nous n’avions guère plus d’une journée à consacrer à la préparation des examens sensés valider, chaque trimestre, notre « assimilation de connaissances ».

Evidemment, c’était la veille de l’examen qu’on bossait – ou plutôt la nuit précédant l’examen, de façon à ce que ces fameuses connaissances n’encombrent notre cerveau que pendant les 4 heures de l’épreuve, après quoi nos neurones oubliaient le tout à jamais – pour ma part, j’ai même oublié le nom des matières qu’on nous enseignait !

Les profs (en général d’anciens centraliens, ce qui permettait de transmettre à travers les générations, de façon quasi-congénitale, une prestigieuse tradition de médiocrité) étaient très conciliants, voire même complices : enseigner à Centrale, pour beaucoup, c’était la bonne planque. On n’allait quand même pas se mettre les élèves à dos – qui plus est des camarades – en leur demandant de travailler !

La plupart du temps, on était donc presque sûr que le sujet qui tomberait serait une variante d’un des sujets tombés dans les 3 ou 4 années précédentes – autrement dit, en apprenant par cœur quelques épreuves « types », on arrivait à plus ou moins s’en sortir.

Il y avait aussi les exercices donnés pendant le trimestre aux rares étudiants qui assistaient au cours ou les indications orales sur le sujet de l’examen données à ces mêmes étudiants (il fallait bien, quand même, qu’assister au cours serve à quelque chose !).

Mais même avec tout ça, ça pouvait être assez dur d’obtenir la moyenne avec une seule nuit de révision (ou plutôt une nuit de découverte !). La pompe était donc généralisée lors des examens.

Les copies circulaient de table en table pendant tout l’examen – les élèves les plus studieux ne se faisaient pas trop prier pour passer leur copie, en général. Ils étaient déjà relativement mal vus parce qu’ils bossaient, ils n’avaient pas envie d’aggraver leur cas.

Si la copie était vraiment bonne, ça pouvait être assez dangereux de la passer parce qu’elle pouvait alors se retrouver assez loin de son auteur : je me souviens qu’une fois, un excellent élève (je pense qu’il était major de promo), a mis plus de 30 mn à retrouver sa copie – dans une salle d’examen éloignée !

La nuit précédant l’examen, des petits commandos d’élèves modifiaient les configurations des salles de façon à avancer la position du bureau du pion par rapport aux tables d’examen. Le pion se retrouvait avec un quart des tables dans son dos – ce qui fait que ces tables, virtuellement libres de toute surveillance, constituaient les hubs de la pompe – toutes les copies passaient par elles.

Il fallait arriver tôt, évidemment, pour obtenir une de ces tables et les meilleurs pompeurs n’hésitaient pas à faire la queue devant la salle d’examen plusieurs heures à l’avance. Il fallait du courage et un esprit de décision certain car ce temps d’attente était pris sur le temps de révision ! D’ailleurs, je note avec satisfaction que la plupart des plus brillants pompeurs sont devenus chefs d’entreprise.

La pompe était officiellement interdite, mais je me suis souvent posé la question : là aussi, l’école était-elle ou non complice ? Je vous donne deux exemples assez amusants :

1) Un jour où j’étais vraiment en difficulté – ce qui veut dire qu’après avoir pompé sur plusieurs copies, je ne comprenais toujours rien au problème posé, mon amis François K. (je préserve son anonymat, il a trop peur qu’on vienne lui reprendre un jour son diplôme de Centrale indûment obtenu) m’a tendu une copie. Placés derrière le bureau du pion, nous n’avions même pas pris la précaution préalable de vérifier la position du surveillant, qui, en l’occurrence, s’était levé et était en train de circuler dans les allées – nous lui avons littéralement coupé le chemin avec nos bras tendus, reliés par la copie coupable. Au moment où il passait à côté de nous, il a trébuché, la copie a volé et il est tombé.

J’ai eu très peur, les cas de pompe avérés étaient vraiment rares et le discours éthique de l’école très impressionnant. La pompe était un motif potentiel d’exclusion définitive. Qu’allait-il se passer ? Comment allions nous pouvoir nous justifier ?

Ca moulinait fort dans mon crâne : je me préparais, en désespoir de cause, à invoquer l’amitié franco-allemande. Nous venions de nous donner la main pour reproduire en salle d’examen le geste tout récent de François Mitterrand et d’Helmut Kohl à Verdun, pour symboliser l’omniprésence de la paix triomphante jusque dans la salle d’examen, etc… Entraînée par tant de beauté, la copie avait suivi le mouvement et était restée bien malencontreusement et involontairement collée au milieu de nos bras tendus à travers l’allée.

Quand vous en arrivez à ce genre de justification, vous êtes vraiment dans la merde.

Le pion s’est relevé, lentement. Il a remis la copie sur le bureau de François (pourtant, cette copie, ce n’était ni celle de François ni la mienne !). Il s’est tourné vers nous et nous a regardé d’un air sévère, très sévère. Enfin, après une durée de temps qui m’a semblé infinie, il a levé son index droit et a dit :

« Je vous préviens, c’est la dernière fois ! ».

(Je me bien suis souvenu de son conseil et n’ai plus jamais passé ou reçu une copie sans vérifier la position du pion).

2) Une autre fois, dans l’épreuve la plus dure – il s’agissait, je crois, d’une épreuve de thermique et le professeur était un des rares qui prenait à cœur sa matière – 2 élèves se sont retrouvés avec une excellente note (19), alors que personne d’autre dans la promo, n’avait dépassé 15.

Les copies étaient assez similaires (façon polie de dire qu’elles étaient aussi indiscernables que deux oeufs pondus par une même poule) et le professeur, étudiant les positions lors de l’examen, a découvert que les deux purs génies, l’honneur de la promo 1986, étaient situés sur des tables contiguës (sans doute des tables miraculeuses qui stimulaient l’activité des neurones).

Il les a convoqués dans son bureau et leur a dit en substance :

« Messieurs, je suis convaincu que vous avez pompé. Cependant, si vous me jurez sur votre honneur de Centralien que ce n’est pas le cas, je vous croirai ».

Mes deux camarades avaient le sens de l’honneur centralien bien placé et que croyez-vous qu’ils firent ? Ils levèrent tous deux la main droite en disant bien haut :

« Monsieur, sur notre honneur de Centralien, jamais nous n’avons pompé. Nous le jurons ! »

Et droit comme des « i », ils sortirent, magistralement absous.

(J’en pleure encore. Je n’ai rien vu de plus beau depuis Boëldieu dans La Grande Illusion).

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Commentaires»

1. Sylvain Martin - 25 août 2009

Actuellement à Centrale Marseille (promo 2011), je tiens à vous faire savoir que les belles traditions centraliennes se transmettent et perdurent, y compris en notre repère phocéen. Une alternative consiste à saouler les jeunes profs de chimie, moins endurants que nous (au pire nous nous relayons), et à leur faire cracher le morceau concernant le sujet du lendemain.

Je sais que chez tous les anciens, “c’était mieux avant” (surtout pour la promo 86, je n’étais alors même pas en projet). Vous voila donc rassuré, et c’est satisfait par mon devoir accompli que je retourne “réviser” ma chimie.

Cordialement

2. Jice - 25 août 2009

C’est malin de mettre un commentaire de la sorte, avec des personnes encore en activité et le lien de ce post qui est passé sur les listes publiques ou tu as des profs et des gens de l’admin de l’école.

On verra si tu as ton diplôme en 2011 ;-)

3. lepetitnul - 16 octobre 2009

zut, j’ai oublié mon casque pour le cours à la fac, il manquerait plus que je meurs enseveli…

4. lepetitnul - 16 octobre 2009

Mais?! Ca alors!!!C’est le grand-père de passe-partout sur la photo, j’en suis certain!!

5. lepetitnul - 16 octobre 2009

ah non, pas ça.. pas le mariage gay en France, ils exagèrent là…