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Parler d’humanitaire, toujours une hypocrisie. 4 octobre 2008

Par Thierry Klein dans : Critiques.
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Pour la première fois de ma vie, j’ai dû tenir, vendredi dernier, un discours humanitaire. C’est beaucoup plus difficile que ça en a l’air. J’ai passé 2 jours complets à préparer quelque chose et rien, strictement rien n’est venu (d’habitude, il me faut tout au plus 2 h pour écrire une intervention).

La principale difficulté, c’est que d’habitude, j’en appelle à la raison du public plutôt qu’à l’émotion. J’ai la plus grande méfiance envers les gens qui utilisent l’émotion pour faire passer leur point de vue: en règle générale, je trouve ça facile, déplacé, indigne ou vulgaire (c’est selon).

Surtout, c’est souvent une manipulation du public et je trouve que notre époque souffre énormément de ce besoin affiché partout de faire passer de l’émotion à tort et à travers (appelons ça le syndrôme StarAc).

Il y a une grande part de raison, dans le Capital Altruiste mais évidemment aussi une part d’émotion à faire passer.

J’avais besoin, par exemple, d’expliquer ce que signifient les gorilles (puisque des amis me reprochent d’avoir choisi une cause mineure). Les gorilles ont évidemment un côté symbolique: comme les éléphants de Gary, le Poisson du Vieil Homme ou la Baleine, ils représentent l’Humanité tout entière et c’est justement par souci d’universalité que je les ai choisis.

Mais ils y a aussi un côté purement sentimental, ce sont des animaux très proches de nous dans le comportement, dont je parle à mes enfants, qui ont un regard humain – bref, une partie du choix ne repose que sur le « coeur » et j’aurais du mal à me défendre face à quelqu’un qui m’accuserait de pure sensiblerie.

Au royaume de la raison pure, il n’y a pas photo, ce sont toujours les causes sérieuses qui gagnent. Mais la raison pure nous a mené aussi à tous les holocaustes, au Fordisme, au communisme, au nazisme… Bref, il me semble que l’Humanité n’a plus trop à espérer de la Raison Pure. Le matérialisme a déjà largement assez donné.

J’ai envie d’essayer les sentiments, pour changer.

Tout ça peut s’écrire (la preuve !). Mais j’espère que vous sentez le côté assez grandiloquent, incongru, déplacé qu’il y aurait à tenir un tel discours en public (on en arrive à relier le destin de gorilles à celui de l’Humanité et au nazisme). Il faut effectuer un vrai travail d’acteur pour le prononcer de façon à faire passer l’émotion – faute de quoi il tomberait totalement à plat et nuirait à la cause même que j’essaie de défendre.

Or qu’est-ce qu’un acteur ? L’acteur est justement celui qui feint l’émotion à la place d’un autre (le personnage qu’il joue) et pour d’autres (le public). Aucune hypocrisie là-dedans si le public est au courant (ce qui est le cas dans une salle de théâtre ou de cinéma).

L’hypocrisie démarre lorsqu’on joue quelque chose alors que le public n’est pas prévenu, ce qui est le cas dans un discours puisque le public attend de la sincérité.

Dans le cas d’un discours humanitaire, vous avez donc le choix entre un mauvais discours ou un discours un peu hypocrite (car joué).

Le fait de jouer ne vous empêche nullement, parfois, de faire un mauvais discours (cf Ségolène Royal au Zénith la semaine dernière). Le fait de ne pas préparer n’empêche pas non plus toute hypocrisie (cf Bernard Tapie, qui est un improvisateur de génie – on peut parler d’acteur naturel).

Vendredi dernier, j’ai résolu le problème en organisant un petit débat sur le Capital Altruiste, débat qui a été finalement bien plus intéressant qu’un discours grâce à la présence de Marie-Noëlle Lienemann, mais je ne pourrai pas toujours m’en sortir ainsi.

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Commentaires»

1. Un autre Thierry - 5 octobre 2008

Ne nous y trompons pas, notre civilisation vit sous double contrainte.

Nous-nous débattons dans une société où la sincérité, l’authenticité ont été galvaudés (Je salue ici la caravane des marchands) par le système.

Système dont l’expression globale pourrait être imagée comme une belle cacophonie dans laquelle les idéaux politiques, économiques, et autres mutent, crient leur triomphe, ou agonisent, tout ensemble. Certains se plairont à nommer cela la marcher vers le progrès, libre à eux.

Par ailleurs, on ne peut guère rêver d’aborder les problèmes essentiels, le fondement de la vie, sans que notre nature profonde ne se mette en résonnance sympathique, ce qui au passage est également susceptible de réveiller les sphères spirituelles et/ou des idéaux.

Spiritualité: Ne nous trompons pas, l’homme est actuellement un égaré (Cette opinion est bien la mienne propre, mais qui ose creuser le sujet s’aperçoit vite que le problème n’est pas aussi simple que le tout un chacun le laisse entendre, pourvu que de chercher avec sincérité).

En supplément, lorsque l’injustice immanente du monde actuel est abordée, et que l’on propose des solutions tout en les inscrivant dans la législation de nos sociétés, on risque à tout instant d’ébranler un édifice instable, d’où l’irruption de problématiques kafkaïennes.

Sans compter que la sensibilité individuelle interagit avec le tout: Autant dire que la situation est extrêmement compliquée et imprévisible.

Autrement dit, Thierry navigue dans un domaine miné par tous les détournements et errements de notre réalité présente, et il cherche la voie du milieu.

Je lui tire mon chapeau, et espère qu’il saura trouver la juste tonalité.

2. Un autre Thierry - 5 octobre 2008

A la réflexion, j’ajoute ceci: Thierry Klein développe sur son site des idées, des concepts plus qu’intéressants.

Il a eu la générosité de faire une opération blanche sur des 2 roues électriques, opération qui a eu de nombreux bénéficiaires.

Je m’étonne ici du manque de commentaires figurant sur son blog.

J’ai pu constater la présence lors de l’inauguration des Racines du Ciel de nombreuses personnes dont les talents intellectuels ne faisaient aucun doute.

J’imagine que l’on peut rester sans voix, quasi paralysé du clavier, face à autant d’innovation.

Ce blog étant un lieu d’échange d’idées de choix, je ne doute pas que stupéfaction passée, le dialogue y fuse, plus vivant que jamais.

Merci de vos remarques.

3. Thierry Klein - 6 octobre 2008

Je précise pour Jacques que je ne suis PAS “Autre Thierry” !

Ensuite, sur le fait que je sois un incompris, je note qu’il y a au moins 2 personnes qui sont d’accord (Eric et “Autre Thierry”). C’est donc une idée qui fait son chemin, même si on ne peut pas encore parler de souffle nouveau sur la planète.

4. Is Alive - 9 février 2009

Pour être le premier de 2009.

Thierrey KLEIN n’est pas humanitaire.
En revanche, Thierry KLEIN est le nouveau SEGUELA.

Vive Thierry KLEIN, vive le marketing virale.
On t’adore Thierry KLEIN.