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Plaidoyer pour une télévision publique sans pub 26 juin 2008

Par Thierry Klein dans : Entreprise altruiste, Google, Politique.
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Hitler, Staline, nous ont appris à nous méfier de la propagande politique. Au contraire, la publicité semble, par nature, plus limitée dans ses effets. Son ambition – faire acheter tel ou tel produit - est moindre. Résultante de milliers d’initiatives privées, elle n’est pas organisée au service d’une seule cause, ni contrôlée par une puissance « diabolique ». Qui plus est, nous sommes tous plus ou moins convaincus qu’elle ne marche pas – en tous cas pas sur nous-mêmes, pas sur moi !

Mais la publicité est bien plus présente dans nos vies que la propagande ne l’a jamais été et elle est devenue un des fondements, peut-être le principe même, de la société de consommation. Ses effets sont beaucoup plus importants qu’on ne le croit. J’ai montré dans différents billets que le réchauffement climatique, le travail des femmes, l’allongement du temps de travail lui-même, la crise financière actuelle, la montée structurelle du surendettement, les délocalisations s’interprètent, de façon ultime, comme des conséquences de la publicité.

Il faut se méfier du modèle économique 2.0, il faut se méfier en général de tout ce qui est gratuit (de la télé à Google) parce qu’il s’agit en fait d’un don intéressé, qui ne vise qu’à développer le marché publicitaire. L’objectif est le spectateur, ou l’internaute, consomme plus (et donc travaille plus, augmente sa précarité financière, contribue plus, par la croissance, au réchauffement climatique, etc…).

Les formules publicitaires développées sur le Web sont probablement plus efficaces et plus aliénantes que la télévision. Les publicités de Google sont certes discrètes, mais surtout contextuelles, ciblées, présentes en permanence, ce qui n’est pas le cas d’une pub télé ou d’une pub radio. Il s’agit de publicités lues « pendant qu’on lit le reste de la page », de nature quasi subliminale. TF1 recherche du temps de cerveau disponible; il est à craindre que Google ne soit beaucoup plus efficace en utilisant du temps de cerveau occupé !

Il faut donc absolument préserver certains espaces de toute publicité. Sarkozy, même s’il le justifie de façon bien malhabile, l’a bien compris en proposant de supprimer toute publicité des chaînes publiques. En substituant l’impôt assumé par le citoyen à l’aliénation de la gratuité, l’Etat joue son rôle le plus noble. Qu’on ne s’y trompe pas, la suppression de la publicité est une vraie mesure de gauche, peut-être la plus importante depuis l’apparition des congés payés et des 40 heures.

Il faudra d’ailleurs aller bien plus loin pour désintoxiquer les consommateurs et en faire des citoyens.

On peut envisager que, dans le futur, toute publicité fasse l’objet d’une «contre-publicité » de nature altruiste. Exemple, suite à une publicité pour BMW, le WWF disposerait de temps publicitaire pour sensibiliser le public aux aspects négatifs d’une voiture sur le réchauffement climatique.

Une telle mesure n’est utopique qu’en apparence. Il suffirait de taxer les dépenses publicitaires de 20% pour que, mécaniquement, les ONG disposent de 20% du temps d’antenne publicitaire… Le tabac, l’alcool sont aussi taxés de façon à ce que les effets nuisibles – les dépenses de santé - soient corrigés.

On touche aussi à une des raisons d’être du Capital Altruiste. L’objectif est d’utiliser le levier offert par le Capital pour créer un flux financier important vers les ONG, qui, à leur tour vont mener des actions et tenter d’influencer le public par des moyens publicitaires. U

Une société démocratique sans publicité est impossible, peut-être n’est-elle même pas souhaitable. Une société dont une partie importante de la publicité est dédiée à des causes de nature altruiste est absolument nécessaire.

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Commentaires»

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