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Supercapitalisme 13 mai 2008

Par Thierry Klein dans : Critiques.
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Ca m’a fait du bien de lire ce livre. C’est le tout premier qui reprend des idées proches des miennes tout en étant écrit par un homme de pouvoir (Bob Reich est l’ancien ministre du travail de Bill Clinton).

La première partie est la plus intéressante. Bob Reich explique de façon très claire l’évolution de l’économie américaine, du capitalisme protecteur des années 50 (en fait presqu’un socialisme) au capitalisme mondialisé (le Supercapitalisme).

Bob Reich explique parfaitement pourquoi, dans un contexte supercapitaliste, il ne faut rien espérer des entreprises en terme d’altruisme. L’entreprise n’est pas bonne ou mauvaise, mais ne peut servir que ses consommateurs et ses actionnaires. Elle n’est « altruiste » que dans la mesure où cela ne pénalise pas sa valeur ou sa position concurrentielle – autrement dit, elle est toujours intéressée. Si elle ne l’est pas, elle perd ses actionnaires ou ses investisseurs. Les entreprises qui affichent des intentions humanitaires ne le font que parce que cela sert leur intérêt.


Il introduit la distinction consommateur / citoyen (je vous ai parlé moi de l’opposition consommateur / travailleur). Pour moi, notre côté consommateur opprime notre côté travailleur. Pour lui, la Supercapitalisme nous satisfait en tant que consommateur, mais pas en tant que citoyen. Ce sont 2 formulations différentes du même phénomène.

Analyses très proches donc. Pourtant, Bob Reich ne capte pas vraiment le fond du problème.

Pour lui, la prise de pouvoir du consommateur (et de l’actionnaire) au détriment du citoyen se ramène à l’augmentation des budgets de lobbying à Washington, Bruxelles, etc… Ces budgets empêchent les hommes politiques de légiférer sur le sujet (soit qu’ils les influencent, soit, et c’est la thèse de BR, qu’ils surchargent tellement les agendas que le législateur n’a plus le temps de s’intéresser aux questions de fond).

La solution passe donc alors par un contrôle politique du Supercapitalisme et la mise en place de législations permettant de limiter ses pires effets (BR propose plusieurs types de mesures, parfois iconoclastes, toujours intéressantes).

Mais j’ai déjà écrit (et même dit) pourquoi les états ont structurellement de moins en moins de contrôle sur l’économie : le capitalisme les a mis en concurrence. Il est suffisamment souple pour échapper au contrôle d’un état et sait se déplacer si des législations coûteuses sont mises en place quelque part. Conséquence : les états doivent s’y mettre à plusieurs et la négociation est la plupart du temps vouée à l’échec (cf Kyoto).

Qui plus est, les budgets mis à Washington ou à Bruxelles ne sont qu’une infime partie des budgets publicitaires. Il n’y a que peu de raison de les isoler comme le fait BR. C’est la pub, toute la pub, l’opium du peuple, qui a transformé le citoyen en consommateur-esclave.

Et puisqu’on ne peut pas enrayer la mondialisation, puisque les états sont de plus en plus impuissants, la meilleure stratégie, à mon avis, consiste à utiliser ses méthodes pour lutter contre ses pires effets. Il ne s’agit pas de stopper le lobbying fait à Washington (c’est impossible), il s’agit de permettre aux ONG d’en faire autant. C’est l’objectif du Capital Altruiste.

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Commentaires»

1. Stella - 14 mai 2008

Bon anniversaire à Thierry
La concomitance avec les 60 ans d’Israel ne donnerait-il pas lieu à un commentaire ?

2. Thierry - 14 mai 2008

De façon très significative, mes parents ont effectivement décidé de reproduire leur capital génétique 14 ans et 3 mois jour pour jour après la création de l’Etat d’Israël.

Je laisse à tous le soin de tirer les conclusions qui s’imposent.

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