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Si ce site avait existé pendant la guerre, qu’en aurait-il été des dénonciations de juifs ? 13 février 2008

Par Thierry Klein dans : Humeur.
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C’est une phrase tirée de l’interview de Carla Bruni dans l’Express - j’ai déjà dit que je trouvais cette interview remarquable. J’étais en voiture aujourd’hui et évidemment, toutes les radios (Europe, RMC…) condamnaient cette phrase. C’était une “imbécillité”, “une vraie méchanceté”. “Elle ose se comparer aux juifs sous l’occupation, ça n’a rien à voir !”… Dans le meilleur de cas, on accorde des circonstances atténuantes parce que “Carla Bruni n’est pas encore dans son rôle de première dame (sic !)” ou “sa parole a dû dépasser sa pensée”.

Mais, c’est une interview lue et relue. Qui plus est, pour écouter non seulement la radio mais aussi, parfois, les textes des chansons de Carla Bruni, je suis persuadé qu’elle s’exprime à peu près 100 fois mieux que le journaliste radiophonique de base (surtout que maintenant, sur Europe, on mesure en Morandinis).

Enfin, je ne trouve pas la comparaison scandaleuse.

Ce qu’on reprocherait à un site de dénonciation de juifs sous l’occupation, ce n’est pas de donner une information fausse - un tel site donnerait probablement de vraies listes. C’est avant tout de donner une information dont la nature même est infâme - et c’est bien ce qu’a fait le Nouvel Observateur, je me suis déjà exprimé là dessus.

Non seulement donc cette comparaison n’est pas scandaleuse, mais il est extrêmement significatif du mal qui a été fait que Carla Bruni, contrairement à l’avocat de Sarkozy, condamne la nature de l’information et non pas sa réalité.

Dans son expression, elle n’élimine pas la part du doute - rien que pour ça, la faute morale du journaliste est immense.

Enfin, je note que Carla Bruni, qui pour moi n’a rien dit de mal ni d’excessif s’est excusée aujourd’hui d’avoir pu blesser quelqu’un, alors que le Nouvel Observateur, qui a commis une vraie saloperie ne l’a toujours pas fait…

Ajout 13/2/2008: Jean Daniel, directeur du Nouvel Obs, n’admet ce soir qu’une “erreur” du journal. Mais “Nicolas Sarkozy, a jeté lui-même sa vie privée en pâture…On ne parvenait donc pas à éprouver pour lui le respect que nous avions eu pour d’autres présidents …Et c’est là, disons-le, que nous avons eu tort”.

Autrement dit, il justifie “l’erreur” du Nouvel Obs par le côté a priori indigne de la personne mise en cause ! C’est vraiment bien confortable de pouvoir s’exonérer de la sorte.

Et j’ai déjà vu JD écrire des analyses moins alambiquées, et adopter des positions moins byzantines.

Quand aux directeurs de la Rédaction, dans un billet qui atteint des summums d’hypocrisie, ils affirment que leur comportement a été en quelque sorte “induit” par celui de Sarkozy dont “l’inconstance politique rivalise avec le barnum privé” et qui leur aurait même “tendu un piège”.

L’envie, toujours l’envie….

Ils s’offusquent alors, comme presque toute la presse écrite et radio, que Sarkozy ait osé attaquer au Pénal: “notre journaliste est aujourd’hui passible de trois ans de prison … Or, nous le savons, Airy Routier n’est pas un faussaire”. (Brillante démonstration !)

(Que toute la presse feigne d’ignorer que cette peine de 3 ans n’a aucune chance d’être prononcée a un côté vraiment consternant).

Tout ça finit par un méli-mélo moralisateur, grandiloquent et surtout peu clair sur le rôle de la Presse et sur sa grandeur, sur “le privé qui sert de couverture aux hommes publics” en conséquence de quoi “il nous faut collectivement revisiter le paysage médiatique et les décombres des fortifications qui protégeaient l’intimité depuis la loi du 17 juillet 1970″

Toute cette clique ferait bien de prendre quelques leçons d’écriture en relisant l’interview de Carla Bruni. Heureusement, dans l’ensemble, les réactions des lecteurs du Nouvel Obs sont bien plus dignes que celles des rédacteurs ou de Jean Daniel.

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Commentaires»

1. inachisio - 24 février 2008

Avec des "si" …