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Couvrir ou se couvrir: qu’auriez-vous fait à la place de Daniel Bouton ? 28 janvier 2008

Par Thierry Klein dans : Politique.
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Mise au courant du risque lié aux agissements de Jérôme Kerviel, la direction de la banque avait deux possibilités:

- soit tenter de dénouer la situation au mieux des intérêts de la banque - les pertes auraient été très probablement divisées par 10, la banque aurait même pu retirer un bénéfice en conservant quelques semaines certaines positions (après tout, en décembre, la position était positive. Il semble même que 3 jours avant la découverte de la fraude, elle était toujours positive).

- soit tout liquider en quelques jours, pour solder la situation de la façon la plus rapide possible - et aussi la plus coûteuse.

Qu’auriez-vous fait si c’était votre argent ? Vous auriez évidemment choisi la première solution.

Pourquoi les dirigeants ont-ils pris la deuxième option ? Parce que c’était la seule qui, bien que coûtant 5 milliards, les exonérait de toute responsabilité personnelle.

Autrement dit, ils ont choisi de se couvrir au détriment des intérêts financiers de la banque.

Prenez Daniel Bouton, énarque, légion d’honneur, etc… Un homme honorable, très honorable, qui a passé sa vie dans les cabinets ministériels. A-t-il le profil du type qui va prendre le moindre risque personnel ? Non, il préfère plomber la boîte et tenter démagogiquement de s’accrocher à son poste.

Comme par hasard, tout son conseil d’administration, le gouverneur de la Banque de France - bref des gens comme lui, exactement comme lui - le soutiennent - pire le comprennent !

C’est le comportement type des élites à la française, ça découle de leur parcours, de leur formation…

Et vous, qu’auriez-vous fait à la place de Daniel Bouton ?

(A une époque où on fait des lois pour tout, il est dommage que Daniel Bouton n’ait pu faire jouer aucune procédure urgente de sauvegarde: la possibilité de s’adresser à une autorité juridique ou économique indépendante pour demander à disposer de moyens exceptionnels et inhabituels pour réagir. Un chef d’entreprise, lorsque son entreprise a des difficultés, peut signaler la situation au Tribunal de Commerce et demander à agir sous protection juridique).

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Commentaires»

1. mathbouq - 29 janvier 2008

Il me semble que le débouclage en urgence de ce genre de positions tient justement de la réglementation, directement (c’est ce qu’on comprend dans les interventions de plusieurs "professionnels", mais comme ils sont partie prenante, difficile de faire la part des choses) ou indirectement (respect des ratios prudentiels : les montants que le trader est censé avoir engagé dépassaient les fonds propres de la banque, donc risquaient de la mettre en faillite du jour au lendemain en cas de fuite, inévitable avec le temps).

Mais ce genre de spéculations n’a d’intérêt que si la version officielle correspond à la réalité, ce qui est loin d’être assuré (et ce à quoi je ne crois pas un seul instant).

2. Thierry Klein - 29 janvier 2008

Il n’y avait absolument aucune loi forçant la SG à dénouer rapidement.

3. mathbouq - 29 janvier 2008

Il ne s’agit pas de lois mais d’une réglementation bancaire (connue généralement sous le nom de "Bâle 2") qui met notamment en regard les capitaux propres de la banque et les engagements qu’elle est "autorisée" à prendre.

Sinon, en pratique, vu les risques de fuite, et donc d’effondrement de la banque, il me semblait difficile d’attendre.

Tout cela, encore, en se fondant sur le version officielle, qui me paraît hautement suspecte.

4. Passi - 30 janvier 2008

Quand on a un gros problème comme celui là, un portefeuille difficile à liquider sur le marché, on essaye de le revendre tout ou partie otc afin de réduire la perte et de pas informer tout le monde.
Mais la SG n’a peut être pas été conseillée correctement dommage pour eux. Ils auraient pu également tenir les appels de marge…

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