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Le capital altruiste: comment concilier profit et bien commun 25 janvier 2008

Par Thierry Klein dans : Entreprise altruiste.
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(Ce billet fait référence à cet article du Monde sur le super-capitalisme.)

Merci aussi à Iv de m’avoir signalé cet article du WSJ concernant les positions de Bill Gates sur le sujet.

Comme le dit Bob reich, il est effectivement vain d’attendre des entreprises un comportement citoyen. Ce n’est pas là leur objet et les entreprises qui disent agir pour le bien commun font preuve d’hypocrisie – consciente ou inconsciente – ou alors, en bonne théorie libérale, perdent en efficacité et font le lit de leurs concurrents – nuisant ainsi, à terme, aux causes mêmes qu’elles prétendaient défendre.

Les entreprises ayant adopté le schéma du capital altruiste ne s’engagent pas à respecter un quelconque comportement citoyen – version moderne de la censure morale que dénonçait Molière. Ces entreprises ont simplement décidé, à une étape de leur développement, de donner une partie de leur capital à l’Humanité – représentée en l’espèce par l’Organisation Non Gouvernementale qu’elles ont elles-mêmes choisie.

L’association “Capital Altruiste” vise à favoriser la création et le développement du plus grand nombre possible d’entreprises altruistes. A terme, l’objectif est que l’économie altruiste représente une partie, la plus importante possible, de l’activité humaine.

Le pourcentage de l’entreprise donné à l’ONG est très variable. Certains entrepreneurs peuvent donner 1% à 10% de leur capital au moment de la création de leur startup; certains projets constitués de bénévoles et ayant acquis une valeur commerciale peuvent se constituer en entreprise et décider de confier la majorité de leur capital à une ONG (c’est typiquement, dans le domaine des nouvelles technologies, le cas des projets « Open Source »); des fonds altruistes peuvent décider de céder quelques points ou dixièmes de points de tous leurs investissments à une ONG.

L’avantage du « capital altruiste », c’est que la réalité du don est incontestable : ce n’est pas une opération de sponsoring, ce n’est pas une simple opération de communication qui vise à donner à l’entreprise une image « citoyenne » auprès de ses clients ou de ses employés, ce n’est pas non plus une offre promotionnelle visant à mieux vendre un produit en prétextant qu’une partie des ventes sera reversée à une œuvre.

Aussi faible soit-il en pourcentage, le don en capital est permanent et sa valeur suivra l’évolution de la valeur de l’entreprise. Les effets positifs du don ne dépendent que de l’ONG. (Une entreprise altruiste pourrait très bien décider d’avoir un comportement violant les valeurs de l’ONG qui la représente. Dans une économie libérale, ce comportement profiterait au final à l’ONG à travers l’augmentation de la valeur de l’entreprise).

L’avenir ne peut passer que par le don en capital. « Il y a plus d’argent généré chaque seconde sur les marchés en une seconde que ce que les états peuvent mettre sur la table en un an », déclare à juste titre Al Gore – et il suggère l’établissement d’une taxe carbone. Le problème est que, plus la mondialisation avance, moins de telles taxes deviennent efficaces ou tout simplement applicables. Il faut noter aussi, qu’à la différence d’Al Gore, le capital altruiste s’attaque à l’ensemble des problèmes liés à la mondialisation et pas seulement le réchauffement climatique. Sa portée est universelle car l’ONG choisie résulte de la libre volonté des donateurs.

Les moyens d’action du Capital Altruiste sont compatibles avec la liberté et la démocratie. Les fondateurs – ou les actionnaires – choisissent leur cause et leur niveau d’implication. Les états peuvent éventuellement encourager cette forme d’initiative en donnant des avantages spécifiques aux entreprises altruistes.

Les sociétés altruistes peuvent – doivent- communiquer leur statut à leur communauté (clients, investisseurs, employés…) de façon à créer une dynamique nouvelle leur permettant de retirer un bénéfice maximum de ce don en capital (sous forme de marketing gratuit, de gain d’image en interne et en externe, etc…). Un des objectifs de notre association est de permettre aux entreprises altruistes d’être suffisamment reconnues (création de labels, entre autres) pour que les actionnaires d’une entreprise aient intérêt à adopter le modèle, que leurs raisons profondes soient désintéressées ou non. A ce stade, la bataille serait gagnée car une partie de l’économie mondiale fonctionnerait au bénéfice de l’humanité.

Le Capital Altruiste n’est pas une forme d’alter-mondialisme. Le Capital Altruiste peut être vu comme une méthode de développement qui utilise la dynamique même de la mondialisation pour l’orienter vers le meilleur. Plutôt Sun-Tzu que Marx. Le développement extraordinaire de l’autre forme d’action humanitaire apparue dans les 30 dernières années, le micro-crédit, repose sur une dynamique comparable.

En bref, il y a aujourd’hui un déficit démocratique avec d’un côté les intérêts profonds de l’humanité – nos aspirations – et de l’autre les conséquences économiques de l’activité humaine. Dans cette lutte, nous avons tous une position plus ou moins schizophrène, étant moteur de la mondialisation et souhaitant la freiner tout à la fois. De plus en plus de gens, y compris des entrepreneurs, des salariés, souhaitent agir et ne savent pas quoi faire. Le capital Altruiste vise à injecter une dose de sympathie – le terme est d’Adam Smith lui-même – dans la grande balance qui régit l’équilibre mondial.

Etant moi-même entrepreneur, je peux constater que le développement d’une entreprise altruiste est beaucoup plus simple. Cette forme d’action permet à une startup de recruter des profils auxquels elle n’a pas naturellement accès : la forme d’action compense le gain de salaire et la sécurité qu’apporte une entreprise de taille plus importante. L’accord sur le but fait beaucoup plus, pour souder l’entreprise, que la traditionnelle « mission » rédigée en parfaite langue de bois. Pour le développement de ma société, le capital altruiste remplace avantageusement le capital risque – il dilue moins mon capital et m’apporte plus de satisfaction.

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Commentaires»

1. Karine - 2 février 2008

Bonjour.
Concernant le capital altruiste, y a t-il de nombreuses stés qui fonctionnent sous ce mode? Existe t-il un label, une liste afin qu’ en tant que consommateur, l’on puisse les identifier et consommer "intelligemment"? Merci.

2. Domi - 3 février 2008

Merci pour ce billet, je ne connaissais pas le capital altruiste !

3. Concombre Masqué - 16 avril 2008

Bonjour Thierry,
le décès récent de Chiara Lubich, fondatrice du “mouvement des Focolari” m’a mis sur la piste d’une initiative de ce mouvement, baptisée “économie de communion”, qui me fait fortement penser au Capital Altruiste.
Voici l’adresse du site qui en parle :
http://www.edc-online.org/fr/_idea.htm
Points communs, différences ? Je n’en ai aucune idée, je n’ai pas le temps d’approfondir. Je me fais juste un devoir de transmettre l’info, des fois que leur expérience puisse aider, inspirer, ton action.
Amicalement,
Vincent

4. Le Business Plan du Capital Altruiste, en une page - 18 juillet 2008

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