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Pourquoi je ne voterai pas Sarkozy 15 mars 2007

Par Thierry Klein dans : Politique.
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Bayrou est le candidat dont le discours est probablement le plus proche de mes idées, mais j’ai la conviction profonde qu’il y a un décalage énorme entre ses paroles et l’action qu’il mènera. Bayrou président et Strauss-Kahn premier ministre, voilà pour moi le symbole de l’immobilisme. Bayrou, c’est juste un Lecanuet qui essaie de parler comme de Gaulle.

Royal aurait pu aussi avoir mon vote, si elle affichait une politique en rupture avec celles que le PS a menées depuis 25 ans : laxisme, corruption morale, bonne conscience, démagogie, inefficacité – toutes ces caractéristiques, hors peut-être la bonne conscience, étant partagées avec la Droite - ce qui rend la Droite, en quelque sorte, plus excusable.

Je m’apprêtais doucement à voter Sarkozy, tout simplement parce que, de tous les candidats « présentables », il apparaissait comme le seul candidat en mouvement, énergique, compétent et capable de faire bouger les choses.

Qu’on le veuille ou non, Sarkozy est bien un candidat de rupture. Il n’est pas responsable des politiques chiraquiennes, il est, avec Bayrou, le seul à s’y être même opposé. Oui, il a été au Gouvernement, mais j’aurais fait comme lui à sa place – à partir d’un certain degré de compétence et d’ambition, ne pas accepter un Ministère est une faute.

De tous les candidats, Sarkozy est le seul à avoir un bilan. Extrêmement positif pour la Sécurité Routière – 5 000 vies sauvées par an, c’est majeur. Qui aurait dit, il y a simplement 10 ans, que l’insécurité routière pouvait être résolue en France ? Bilan plus contrasté, mais qui reste probablement positif, dans le domaine de la sécurité (c’est un domaine dont je me fous un peu, je n’ai jamais réellement eu une impression d’insécurité, mais bon, il paraît que ça passionne les gens).

Donc, c’est un candidat en mouvement, qui énonce les problèmes, cherche des solutions et sait les mettre en œuvre : il l’a prouvé. Le fait que les solutions ne soient pas forcément les miennes est pour moi un point relativement mineur : dans la plupart des cas, la compétence du politique est une affaire de capacité d’exécution, d’implémentation. La solution n’est en général pas unique ni comlpexe, si elle est mauvaise, on peut en changer. C’est plus le processus de mise en oeuvre qui est important.

Un point encore, je ne vote pas pour un programme. Pour moi, les programmes sont la plaie des présidentielles et ne sont jamais tenus. J’ai un choix beaucoup plus intuitif qui tient plutôt à la personnalité du candidat, à son caractère propre.

Sarkozy, depuis 2 mois, accumule des promesses qui me sont déplaisantes parce qu’elles sont coûteuses et ne seront pas tenues. Le fait que ce ne soit pas pire que Royal n’est certainement pas une excuse. Je peux comprendre que ce soit malheureusement le jeu de la campagne.

Mais je ne peux pas supporter l’idée d’un Ministère de l’Immigration et de l’Identité Nationale.

Si les mots ont un sens, l’identité se rapporte, de façon quasi-génétique, à la notion de personne. Dans un pays où les immigrés sont le plus souvent de race différente, où les mêmes mots ont été employés par Vichy – ou par Renan, dans un contexte où Sarkozy et son équipe ne sont quand même pas des imbéciles et savent bien tout ça, on aboutit à une action raciste ou à une tolérance vis-à-vis du racisme – ce qui est finalement la même chose.

La France que j’aime est le pays qui accepte, assimile, somme toutes les identités. S’il y a une identité nationale à trouver, elle est avant tout dans la tolérance, qui est l’acceptation des identités.

Sarkozy tente d’expliquer qu’en parlant d’identité, il ne fait référence justement qu’à des valeurs –mais alors, il aurait pu par exemple créer un Ministère de l’Immigration et de l’Intégration, qui n’avait pas la même connotation (1). De plus, les valeurs auxquelles fait référence Sarkozy n’en sont pas – en fait, tout est fait pour mettre « des bâtons dans les roues » pour empêcher les plus démunis de venir, par exemple :

Bref, il y a du racisme dans le nom du Ministère et de l’hypocrisie dans les explications de Sarkozy, qui prétend sélectionner sur des valeurs, alors qu’en fait, il va sélectionner sur de l’argent.

Et voilà pourquoi je ne voterai pas Sarkozy.

(1) Ajout 19/3: Simone WVeil vient de faire la même remarque quant au nom du Ministère, mais continue à soutenir Sarkozy.

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Commentaires»

1. OlivierM - 21 mars 2007

J’ai eu récemment le même genre de réaction que toi.

J’ai aussi eu de la sympathie pour Mme Royal quand elle était en lutte contre les éléphants. Mais depuis qu’elle a été rejointe … c’est la cata !

L’histoire du ministère de l’immigration à définitivement ancré mon antipathie pour Sarko, même si nombre de ses idées son bonnes.

Je commence a en avoir marre des promesses sans fin, avec des distributions à tout va.

Quand j’étais plus jeune, je m’était dit que l’objectif "primaire" de ma vie était de perpétuer l’espèce … Maintenant que c’est fait (deux fois), je pense qu’il faut leur permettre d’avoir un environnement viable. Et viable sur deux points : coté nature, évidement, mais aussi coté économique.

Et quand on pense que les intérêts sur la dette (actuelle) nous coute plusieurs mois de budget… ça fait quand même peur ! Je ne voie pas comment en distribuant de l’argent à tout le monde, nous allons pouvoir améliorer ça.

Alors évidement, quand on supprime Ségo et Sarko … il ne reste plus que Bayrou.

Evidement, le gros matraquage du moment, c’est : il n’a pas de programme et pas d’équipe…

Si il arrive à retrouner ça, il sera au deuxieme tour … et le deuxieme participant aura bien du mal !

2. olivier - 23 mars 2007

J’interviens rarement sur ce blog (pourtant j’en lis tous les billets !), mais ma compagne étant d’origine asiatique, je me sens un peu concerné.

Pour donner un exemple très concret, notre fille de 4 mois n’aurait sans doute jamais vu le jour avec de telles conditions de regroupement familial, puisque mes beaux-parents ne parlaient pas le français à leur arrivée à Paris dans les années 70.

Afin de compléter ce billet, voici un article du Monde, qui traitait du sujet :

http://www.prochoix.org/cgi/blog...

Une question très symbolique en guise de conclusion : la mère de Zidane parlait-elle français à son arrivée en France ?

Et pourtant le 12 juillet 98, nous étions 60 millions de Zidane…

3. Patrick - 10 mai 2007

Juste un détail : ne pas confondre Simone Weil et Simone Veil.