jump to navigation

Platini et l’esprit des lois 26 janvier 2007

Par Thierry Klein dans : Sport.
Lu 3 707 fois | trackback

Le foot est un symbole de l’échec de la contruction européenne. Au nom d’un principe idéologique appliqué de façon stupide (la libre circulation des travailleurs, qui entraîne l’arrêt Bosman), les lois européennes ont conduit au développement inéluctable d’un football business mondialisé, désincarné, sur le mode des ligues américaines de football ou de basket au détriment de l’incertitude du sport. Surtout, l’enracinement culturel régional que représentait l’équipe de football locale, il y a encore 20 ans, est en voie de disparition: la politique européenne détruit le tissu culturel au nom d’un principe sans sens.

L’UEFA qui n’avait pas vu venir le danger s’en est parfaitement accomodée, les premiers effets visibles du changement étant l’augmentation extraordinaire des budgets des clubs les plus riches, l’inflation des joueurs - sur le transfert desquels la plupart des agents économiques se sucrent joyeusement et l’augmentation des droits télés, en particulier ceux de la ligue des Champions, qu’elle organise.

Ce n’est pas le moindre mérite de Platini que de vouloir redonner son sens au sport et de chercher à limiter ce droit de libre circulation, de façon à ce que les clubs soient obligés de jouer avec au moins 6 ou 7 joueurs nationaux, par exemple. Sans identification forte à l’Equipe, le football deviendra inéluctablement un loisir “à l’Américaine”. Il fallait aussi beaucoup de talent pour être élu sur un tel programme quand on connaît le poids de pays tels que l’Espagne, l’Allemagne ou l’Angleterre dans le paysage européen. Et même ses pires détracteurs sont aujourd’hui obligés d’admettre qu’une association telle que l’UEFA vient de montrer une capacité à se réformer elle-même impressionnante (supérieure, en fait, à celle de l’Etat Français ou d’une association comme l’ONU). Cela donne à réfléchir.

Le combat de Platini ne sera pas facile à mener au niveau européen, mais les pistes juridiques existent. Ainsi, le droit de libre circulation est déjà limité dans certaines activités culturelles telles que le spectacle, l’Europe ayant reconnu que les caractéristiques nationales ne pouvaient être totalement mises de côté (essayez de faire jouer Hamlet par Delon en Anglais à Stratford, vous comprendrez vite pourquoi !).

Il me semble que le football est exactement dans ce cas. Les français ne jouent pas comme les anglais ou les allemands; ils ne sont pas interchangeables facilement. Le football est une activité culturelle où le génie national s’exprime. Si tant est que cela l’intéresse, l’UEFA peut faire évoluer les lois dans ce domaine - et sauver l’esprit du football.

Billets associés :

Commentaires»

1. delcroix - 30 janvier 2007

Pour aller dans ton sens, j’ai regardé en passant une émission de TV dernièrement (c’est rare) où quelqu’un défendait la thèse que le manque de reconnaissance des supporters dans les joueurs "locaux" engendrait l’hooliganisme…

2. bibi - 5 mars 2007

Pour les amateurs

cgi.ebay.fr/ASNL-PLATINI-…

3. ezvan - 21 septembre 2007

1-le football doit rester un sport populaire et adopter les mêmes règles à tous les niveaux de compétition ce qui exclut l’introduction de la vidéo dans les matches de haut niveau.
2-Contre l’argent-roi : établir un championnat à handicap en fonction du budget annuel de chaque club ou de ses recettes globales ; cette formule devrait être aussi appliquée à tous les clubs qui participent à la Ligue des Champions. La formule a été appliquée en Italie ( il est vrai pour d’autre raisons ) et elle est appliquée constamment pour toutes les courses de chevaux ; elle pourrait aussi l’être aux courses de sport mécanique ( F1 notamment )

4. Et le dindon de la farce est… le football professionnel ! - 24 juin 2010

[...] Avec la télévision, le public des stades est passé de quelques milliers à plusieurs milliards de spectateurs, qui rétribuent les acteurs de façon indirecte, sous forme de publicité. (Une étape clé dans ce processus a été l’arrêt Bosman, qui, sous le couvert d’un principe pseudo-philosophique de “libre circulation des travailleurs” conduit au développement inéluctable d’un football business mondialisé). [...]