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La vraie victoire de Ben Laden 18 septembre 2006

Par Thierry Klein dans : Technologies.
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Je ne prétends pas détenir la vérité absolue (disclosure : je dis ça par fausse modestie et aussi pour ne pas paraître mégalo) mais je trouve que les réactions contre les propos du Pape sont exactement du même ordre que les réactions contre les caricatures danoises (dont j’ai parlé ici) : à savoir, quoi qu’on pense du fond des propos – ou de la qualité des caricatures – elles sont intolérables.

Ce qu’on reproche au Pape d’avoir dit :

La phrase décisive dans cette argumentation contre la conversion par la violence, c’est :

‘Agir de manière déraisonnable est contraire à la nature de Dieu’. L’éditeur, Théodore Khoury, commente à ce propos: pour l’empereur, un Byzantin éduqué dans la philosophie grecque, cette phrase est évidente. En revanche, pour la doctrine musulmane, Dieu est absolument transcendant. Sa volonté n’est liée à aucune de nos catégories, pas même celle de la raison. (Le pape se référe à un livre de l’empereur byzantin Manuel II Paléologue, l’ensemble de l’intervention est ici).

Plusieurs choses à noter, que je mets en vrac, pas par ordre d’importance :

a) Le Pape cite l’éditeur, ce qui ne veut aucunement dire qu’il l’approuve. Dans une réunion philosophique entre intellectuels, citation ne vaut pas approbation mais contribution, de même que dans un Roman, l’avis du héros n’est pas forcément celui de l’auteur.

b) on peut éventuellement reprocher au Pape une certaine maladresse politique, à tout le moins une absence de distance avec les propos cités, mais il semble que ce Pape soit plus un intellectuel qu’un politique et après tout, il est encore en apprentissage. Dans une entreprise, il serait même toujours en période d’essai, (bien que lui semble embauché à vie, c’est le Contrat Vieille Embauche qui s’applique, semble-t-il ).

c) Quand je lis les propos du Pape et le contexte dans lequel ils ont été prononcés, il me semble très probable qu’il n’a même pas pu concevoir que les phrases qu’il citait pouvaient lui être attribuées directement, ce qui explique son absence de précautions oratoires. En effet :

Donc, le vrai scandale, comme pour les caricatures, c’est la démesure des réactions en provenance de l’Islam, y compris très souvent, et c’est ça le vrai problème, en provenance de franges de l’Islam dites “modérées”. Dans ces réactions, et dans le fait que plus personne ne semble capable de penser les propos dans leur contexte, je vois la vraie victoire de Ben Laden.

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Commentaires»

1. Domi - 19 septembre 2006

Merci pour ce décryptage. Nos médias font tellement dans la caricature ou la polémique… Il est bon de lire ce billet d’analyse posé et argumenté.