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Si vous voulez faire de l’humanitaire, créez votre entreprise 27 août 2006

Par Thierry Klein dans : Open Source.
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L’un, Bill Gates, a toutes sa vie affiché des objectifs de nature privée. Il a construit sa fortune autour d’un grand principe, celui de la propriété intellectuelle (le droit de l’auteur à faire prospérer son oeuvre en fonction de ses intérêts propres). Sa principale arme de guerre a été le marketing, c’est-à-dire l’opium du peuple moderne (à moins, dirons certains, que le marketing ne soit le principe fondateur et la propriété intellectuelle le moyen; peu importe).

L’autre, Richard Stallman, fondateur de la Free Software Foundation et inventeur de la licence libre, a toute sa vie affiché des objectifs altruistes. Le but du Libre, c’est de répandre sur la planète du logiciel gratuit pour permettre à tous d’en profiter. Les développeurs libres font don de leurs droits d’auteur au nom de l’intérêt général des utilisateurs.

L’un a toute sa vie été vilipendé - il est vrai que Microsoft a souvent fondé ses succès sur des actions illégales ou déloyales. L’autre est universellement acclamé, accueilli partout comme un gourou visionnaire.

Pourtant, après 20 ans, quel est le bilan collectif des actions de ces deux hommes ?


Bill Gates vient de devenir le plus important donateur privé du monde en créant une fondation dotée de 30 milliards de dollars - en fait, le potentiel financier de sa fondation est bien supérieur à celui d’un pays comme la France.

Pour doter sa fondation, Bill Gates a profité à fond du levier que le capitalisme boursier lui apporte car il a apporté ses actions Microsoft et Microsoft est valorisé à 25 fois ses bénéfices actuels. Autrement dit, la Bourse permet à Bill Gates d’investir dans la fondation non seulement ce qu’il gagne aujourd’hui avec Microsoft, mais ce qu’il gagnera dans les 25 prochaines années.

Et tous les utilisateurs de logiciels Microsoft participent pleinement à cet effet de levier, comme de gentils donateurs, à hauteur de quelques dizaines d’euros par licence Office vendue - et oui, ce n’est pas négligeable. Qui aurait dit, lorsque nous pestions en coeur contre les bugs de Windows, que nous étions en fait les contributeurs involontaires de la plus grande entreprise humanitaire du siècle ?

Les développeurs Open Source continuent à développer gratuitement pour le “bien général” mais rien de notable pour l’avenir de l’homme n’est sorti de cette aventure. Richard Stallman a certainement inspiré une belle dynamique mais pour l’instant, on n’en voit pas la finalité.

Dans le monde d’aujourd’hui, si vous voulez faire de l’humanitaire, créez votre entreprise.

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Commentaires»

1. Domi - 28 août 2006

Hou là là… ça va faire réagir du monde cet article.
Perso je mettrais un gros bémol quant à la possibilité de faire un bilan sur les idées/actions de Stallman. Pour Bill Gates c’est facile : on regarde le montant de ses chèques de bienfaisance. Pour les logiciels libres c’est vraiment beaucoup plus compliqué, tout est indirect et ne passe pas par des écritures comptables. Mais en regardant de près : combien d’entreprises existent grâce aux logiciels libres ? Combien de pays émergeant *commencent* à développer leur informatique grâce aux logiciels libres (pourraient-ils le faire s’ils devaient payer 100 euros de plus par machine pour MS-Windows) ? Enfin, argument massue, Internet est construit sur des briques de logiciels libres (sendmail et apaches pour ne citer que deux piliers). Sans ces briques de base on en serait encore à des réseaux privés non interopérables, partitionnés, censurés, coûteux, etc. Financièrement et humanitairement, l’impact d’Internet est incommensurable ! Je suis certain qu’Internet est plus nécessaire à la recherche contre le sida que les chèques de Bill Gates !!!
Attention je ne souhaite pas dénigrer la philanthropie des Gates. Et je suis d’accord avec l’idée sous-jacente du titre de ce billet : pour pouvoir partager/aider, il faut créer de la richesse à partager. Notons aussi qu’il est certain que Stallman est extrémiste (d’ailleurs beaucoup de gens dans le milieu du logiciel libre disent qu’il est dépassé et représente beaucoup moins leurs idées que Linus Torvald).
Ces deux voies sont donc très différentes et donc difficilement comparables.
Ce qui me marque moi, c’est que ses deux bienfaiteurs en font plus que bien des institutions… Vive la liberté individuelle !

2. Francois PLANQUE - 29 août 2006

Man, I see you comming! :P

Anyway, célèbre proverbe "donne un poisson et il se nourira un jour, apprend pêcher et il se nourrira toute sa vie".

L’open source mets la pêche industrielle à la portée de tous, pour que non seulement ils mangent toute leur vie mais aussi pour qu’ils puissent exporter leurs poissons et les revendre aux américains de Seattle! :P

3. raf - 31 août 2006

amusant paradoxe.

mais si on le pousse jusqu’au bout, il y a un problème.

En effet la fondation de bill est remplie de bonnes intentions, tout comme le mouvement du logiciel libre, et par conséquent on peut en conclure que rien de notable pour l’avenir de l’homme n’en sortira. ;o)

peut être aurait il mieux valu investir ces 30 milliards dans la mafia ? ( tant qu’a faire autant appliquer le principe à fond :o) )

quelques idées plus ou moins valables en vrac :

* le "droit d’auteur" implique que les pays pauvres n’ont pas le droit de produire certains médicaments vitaux. grâce à ce même droit d’auteur bill gagne des sous, et avec une partie de ces sous crée une fondation pour acheter des vaccins à ces pays pauvres. amusant non ? de plus au passage il prend du pouvoir sur les gouvernements de ces pays pauvres. de plus au passage il réduit l’impact de toute contestation de la légitimité de sa fortune. de plus au passage il est un beau et preux chevalier désintéressé ( même RS peut aller se rhabiller ), etc, etc … champion du monde du judo moral ce bill :)

* j’aurais été super impressionné, si il avait fait dont de la même somme sans dire son nom. ( en même temps je ne l’aurais jamais su du coup :o) )

* une idée de plus pour la générosité naturel de bill: promouvoir linux ! ainsi les gens au lieu de donner des sous à microsoft ( intermédiaire coûteux ) pourraient les donner directement à des associations sur lesquels ils pourraient exercer un contrôle démocratique. car il est bien gentil bill, mais là on se retrouve avec un truc qui a un budget digne des pays les plus riches sans le moindre contrôle démocratique.

* un pouvoir exorbitant … pas de contre pouvoir … c’est cool !!!

4. Thierry - 31 août 2006

J’aurais des choses à dire à propos de ces 3 commentaires, mais en fait, je les trouve très intéressants.

Ca m’ennuie de reconnaître ça mais on est sans doute dans un des cas de figure où les commentaires sont plus intéressants que le billet.

5. Bruit et chuchotements - 2 septembre 2006

Un point de vue légèrement différent dans le quotidien Libération :
http://www.liberation.fr/opinion...

"Après avoir considéré que tous les coups étaient permis pour faire fortune, les plus forts à ce jeu peuvent décider de la façon dont il convient de venir en aide aux plus nécessiteux sur la planète."

6. Coeurderoy - 9 janvier 2007

Voir les articles suivants:
Microsoft est une boite nefaste pour le developpement de l’informatique.
Et la fondation B&M est nefaste pour le developpement des pays du tier monde.
Il serai preferable que M. Gates fasse bruller la totalité de la somme qu’il à arraché aux naïfs plutôts que de l’utiliser comme il le fait.
________
Dark cloud over good works of Gates Foundation
Charles Piller, Edmund Sanders and Robyn Dixon, Los Angeles Times,
January 7, 2007.
http://www.latimes.com/news/nati...
http://www.latimes.com/news/nati...
http://www.latimes.com/news/nati...

7. lazisko - 15 février 2007

monsieur j ai entendu que vous fetes des actions de bienfaisance c est pour quoi je viens aupres de votre haute bienfaisance vous solliciter de m aider a aider laes enfants talibe de la rue je suis en afrique merci d avance

8. Iv - 23 janvier 2008

Bah, l’action philantropique de Bill Gates est en effet extremement positive, c’est difficile de dire le contraire. Il est vrai aussi que s’ils avaient économisé le prix de leurs licences windows, les entreprises ne les auraient surement pas dépensées dans l’humanitaire. Il n’en reste pas moins que les actions de Microsoft et Bill Gates en dehors de la sphère humanitaire sont tout à fait répréhensibles.

Il a existé dans les années 80/90 un mouvement de SF qu’on a nommé cyberpunk et qui décrit un monde dystopique déchiré par des luttes entre corporations controlant les technologies informatiques et electroniques sans partage. C’est en grande partie grâce à des mouvement comme l’Open Source que ce genre de futur a pu être évité. Stallman ne peut pas mettre des milliards sur la colonne "recettes" d’une association humanitaire mais grace à lui et à pas mal d’autres, il a ramené à 0 des milliards qui seraient aujourd’hui dans la colonne "dépense".

Si j’étais un libéral convaincu (peut etre come l’auteur de l’article ?) je dirais également que la taxe obligatoire de Microsoft a couté des points de croissance ce qui a necessairement ralenti le dévelopement des pays du Tiers Monde. C’est un argument qui peut peut-être porter, qui sait ?

Pour ma part je suis un positiviste convaincu et de ce que je peux constater de l’informatique avant et après Microsoft, je dirais que la fortune de Bill Gates nous a couté une régression de 20 ans dans le domaine. Régression qui a ralenti entre autres la recherche et donc la recherche médicale. Bien entendu rien ne l’obligeait à verser une telle somme mais il faut garder à l’esprit que cet argent directement investi à sauver des vies peut être vu comme en ayant indirectement couté.

9. Thierry Klein - 23 janvier 2008

Pour Iv:

La suite de ce point de vue est ici: Pour une nouvelle forme d’entreprise humanitaire et Capital Altruiste, année 0

10. Iv - 24 janvier 2008

Bon, d’accord, au vu de vos autres écrits je comprends que le ton de l’article était gentiment provoquant et un peu second degré.

Note TK: “pas vraiment, mais j’ai évolué depuis !”

Des réactions suite au discours de Bill Gates à Davos sur un capitalisme à but humanitaire ?
online.wsj.com/article/SB…

11. Thierry Klein - 25 janvier 2008

Je pense qu’on est sur la même piste, que je suis beaucoup plus avancé que lui au niveau théorique, mais que ses moyens financiers semblent un peu supérieurs aux miens.

Il est illusoire d’exiger un comportement éthique des entreprises, elles ne sont tout juste pas faites pour ça. Voir par exemple les positions récentes de Bob Reich dans le Monde.

En revanche, il est possible de mettre les effets du Capital au service de l’humanité. Bref, il faut sortir de la logique “capitalisme éthique”, “fonds éthique”, etc… Il faut arrêter de parler des intentions et rentrer dans une logique de capital.

De toutes les façons, tant qu’il se la joue “tycoon”, il n’ira pas très loin, car ses moyens, quels qu’ils soient restent limités. Il aura besoin d’une sorte de logique collaborative, tel que l’Open Source l’a créée, telle que le capital altruiste veut le faire, pour changer le monde, pour entraîner des gens comme vous.

La théorie des sentiments moraux de Smith est aussi un de mes livres de chevet - la réflexion me semble supérieure à la Richesse des Nations - même s’il y a moins d’implications pratiques. Voir Le Paradis perdu d’Adam Smith.

Et aussi, un nouveau billet sur le sujet: capitalisme et bien commun

12. Iv - 5 février 2008

Désolé, je mets du temps à répondre…
D’accord sur le fait que même s’il s’en défend, Bill Gates ne fait rien d’autre que de la charité.
Je crois bien que je vais acheter ce livre d’Adam Smith suite au résumé que vous en faites. Cela devient interessant à une époque où de nombreuses personnes ressortent la notion de "monnaie de réputation" sur divers forums de doux rêveurs. On assiste peut être à des tentatives de théorisation d’une économie de la réputation similaire à celle qu’a effectué Adam Smith pour la richesse. Ce que j’apprécie le plus dans cette démarche, c’est qu’elle s’attache à théoriser un phénomène observer et non à créer un nouveau système : De nombreuses personnes ont une réputation et une crédibilité qui sont décorrélées de leur richesse. Linus Torvalds a plus de crédibilité que Bill Gates lorsqu’il parle d’Open Source. D’ailleurs ,les développeurs OSS parlent parfois, à moitié de façon humoristique d’une monnaie qui se nomme l’egoboo (ego-boost) qui s’obtient en ayant son nom dans la liste des contributeurs d’un projet connu.

13. Thierry Klein - 5 février 2008

Tout ça est très lié, effectivement, je pense que vous le percevrez à la lecture de Smith. La valeur d’une réputation, d’une action, d’une monnaie… Pas grande différence dans le monde moderne: elles proviennent du regard - de l’avis - des autres ou de la foule et non plus d’une valeur intrinsèque. A tel point que certains départements de recherche dans des universités US prennent en compte le nombre de références d’un papier sur Google comme critère de performance. Et ils n’ont pas forcément tort: Google est avant tout un système de classement.

Non seulement la notion de “monnaie de réputation” (je ne connaissais pas ce terme) ne me paraît pas absurde mais elle me paraît en deça de la réalité moderne.

Ce qui est sûr, c’est que, de par Adam Smith, le cours d’une action, ou d’une monnaie n’est déjà qu’une réputation.

Car comment s’établit le cours d’une action en bourse ? Un cours d’économie élémentaire nous apprend que le la valeur de l’entreprise s’établit en fonction de ses prévisions de bénéfices futurs. (Plus on attend de bénéfices, plus l’action vaut cher - valeur intrinsèque). Mais on nous dit plus rarement que ces prévisions sont très complexes à faire, pour ne pas dire totalement impossibles à obtenir, dans la plupart des cas.

Car les individus capables d’effectuer ces prévisions, appelons les “les analystes compétents”, sont excessivement rares - peut-être même n’existent-ils pas. Dans ce contexte, le cours d’une action étant fixé par la loi de l’offre et de la demande, le marché est beaucoup plus régi par l’imitation que par la compétence réelle des investisseurs.

Les investisseurs copient bien sûr les présumés “experts”, mais en fait, les bons analystes sont ceux qui sont capables d’anticiper les tendances du marché (les évolutions de la demande, ce que les investisseurs vont vouloir copier…) beaucoup plus que ceux qui sont capables d’effectuer les prévisions de bénéfices. Si un expert observe qu’un cours est sérieusement sous-évalué, pourra-t-il ignorer l’avis des ignorants ? “Non, répond Keynes, il serait déraisonnable d’acheter 25 un titre dont on estime la valeur à 30 en raison de ses bénéfices futurs, si dans le même temps on pense que le marché l’évaluera à 20 dans 3 mois”. Toujours Keynes : “En conséquence, le marché spéculatif est comme une foule, ou tous tentent de se copier les uns les autres”.

Dans “Les sentiments moraux”, il y a des réflexions remarquables sur ce genre de “miroirs”. Beaucoup découlent d’une analyse psychologique du théatre (interactions réciproques acteur/spectateur/acteur) dont la profondeur dépasse, à mon avis, presque tout ce que j’ai pu lire chez Freud.

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