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Foot= [Achille + (Horaces + Curiaces)] x Nüremberg 3 juillet 2006

Par Thierry Klein dans : Sport.
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Jacques Attali se demande ce que nous serions prêts à échanger contre une victoire de l’équipe de France et propose un baisse d’impôts ou une bonne note de nos enfants en classe.

Evidemment, c’est totalement insuffisant. Nous serions tous partants pour troquer une baisse d’impôts (de toutes façon, ça n’arrive jamais) ou une bonne note de nos enfants (ils n’ont qu’à se rattraper la prochaine fois !) contre une victoire. En cette fin de Mondial, beaucoup d’entre nous seraient probablement prêts à troquer leur femme contre une victoire, voire même contre une simple qualification pour la finale.

D’ailleurs, il est probable que beaucoup d’entre nous ONT déjà troqué leur femme pour cause de Mondial, même s’ils ne le savent pas encore. J’ai entendu l’autre jour que la Coupe du Monde était un moment privilégié pour les infidélités (les hommes laissent leur femme sortir seule, elle se sent délaissée et il existe toujours, comme en temps de guerre, des salopards qui n’aiment pas le foot et en profitent pour ramasser nos femmes flottantes. Franchement, comme en temps de guerre, il faudrait des lois contre ça. C’est de la concurrence déloyale. Nos valeurs sont bafouées.)


Jacques Attali pense que le foot nous permet juste “d’être reconnu comme un membre actif d’une tribu vivante et triomphante”. Mais c’est évidemment BEAUCOUP plus fort que ça !

Il ne s’agit pas du tout de reconnaissance. Quand l’équipe de France gagne, c’est moi qui gagne. Par exemple, quand Henry marque, je peux vous dire que ma réaction devant mon poste dépasse nettement la sienne (moi, je serais plutôt démonstratif dans le genre Ribéry….)

Autre exemple pour montrer l’intensité des réactions que le foot génère. En 1982, j’avoue que lorsque les allemands ont égalisé à 3-3, j’ai jeté, oui jeté, ma télé du 6ème étage (elle a atterri sur la CX du voisin, un sombre idiot qui n’aimait pas le foot et qui n’en tirait même pas parti, si j’ose dire, pour ramasser les femmes troquées mais qui du coup, si j’ose dire, aura quand même , grâce à moi, partagé un peu le désespoir national).

Evidemment, aujourd’hui, je regrette tout ça, d’autant plus que j’ai dû suivre la fin du match à la radio, mais je vous assure qu’au moment où je l’ai fait, cette action m’est brusquement apparue de façon claire comme inévitable, comme la seule possible. L’essentiel, c’était de participer, comme disait l’autre.

Il y a 3 phénomènes qui s’ajoutent et qui font que le foot, c’est vraiment très important. Je vais les citer dans l’ordre chronologique:

1) Le foot, c’est la gloire et nous avons tous en nous une part d’Achille, qui choisit une vie courte et glorieuse plutôt qu’une vie longue et terne. Comme Achille, les joueurs professionnels ont d’ailleurs une date de péremption rapide.

2) L’équipe de France nous représente tous comme les Horaces représentaient les Romains et la victoire de l’équipe de France, c’est la nôtre à 100%. Les joueurs professionnels nous représentent beaucoup plus que les autres élites (intellectuelles, financières…) parce que nous avons tous joué au foot et que nous savons que, au-delà des cas marginaux Pires ou Giuly, la sélection des meilleurs joueurs est vraiment faite au mérite, sans passe-droit - ce qui a son importance dans un pays capable de couper les têtes au nom de l’égalité. C’est aussi la sélection la plus dure (il est 1000 fois plus difficile de devenir footballeur professionnel que de devenir énarque). Chaque joueur de l’equipe de France a en lui tous les petits matches qu’on a pu faire à la récré: rien n’a changé.

3)Enfin, il y a l’effet de foule qui joue à plein. Les supporteurs du stade qui crient ensemble, ou devant la télé ceux qui crient avec Thierry Roland, (excusez-moi, je suis un vrai beauf, je n’arrive pas à m’habituer à Gilardi qui me prive d’une bonne partie de cette catharsis car il est lui-même de façon très frustrante sous contrôle, ce qui fait que je regarde TF1 en écoutant les commentaires de Guy Roux sur Europe 1). Ou encore les prolongements d’hystérie collective dans la rue. La catharsis de masse, c’est ce que j’appelle l’effet Nüremberg. La foule réagissant ensemble amplifie (probablement de façon mimétique) la catharsis individuelle.

Ni le théatre, ni le cinéma ne peuvent plus aujourd’hui produire cet effet Nüremberg. L’identification y est plus faible, le nombre de spectateurs plus réduits et surtout, nos illusions sont perdues, nous n’y croyons plus, quel que soit le budget du prochain film hollywoodien.

D’où l’équation :

Foot= [Achille + (Horaces + Curiaces)] x Nüremberg

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Commentaires»

1. Canard - 5 juillet 2006

On s’organise comment, pour ta femme, lapin???

2. Thierry - 11 juillet 2006

:)