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Outreau, et si ? 9 février 2006

Par Thierry Klein dans : Critiques.
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Une des questions les plus intéressantes à se poser aujourd’hui, c’est celle-ci: et si les acquittés étaient en fait coupables ?
Après tout; leur mise en cause, comme leur innocence, ne repose au final que sur un seul témoignage, celui de la mère des enfants. Celle-ci est une perverse mythomane, qui a menti en permanence au juge, aux assises, en appel. On a cru sa version finale en appel… Mais si ? Il y a un grand nombre d’éléments à charge, dans le dossier…
Ca rassure tout le monde au final, qu’il n’y ait que peu de coupables, que les inculpés soient innocents, que le juge, qui n’est pas un type très avenant, se soit trompé. Ca permet aussi aux politiques de faire les beaux (cette procédure télévisée, quand même, quel scandale !).

Cette idée vous choque ? C’est exactement mon objectif. Nous éprouvons tous un soulagement intérieur du fait de la conclusion de cette affaire, et ce soulagement est analogue à celui que nous pouvons éprouver au théatre.

Comme dans une bonne pièce, ce soulagement est remplacé par un sentiment de malaise si on en inverse la fin. C’est typique des pièces de Shakespeare. Prenez le Marchand de Venise, qui a probablement été vue lors de sa première comme une pièce très rassurante - le marchand juif est coupable - mais qui peut s’interpréter aussi comme une mise en abyme montrant tout le ridicule des préjugés racistes. Je pense aussi à “Beaucoup de bruit pour rien” ou “Tout est bien qui finit bien” et je vous renvoie en particulier aux commentaires de René Girard sur le sujet.

Relisez aussi Molière. Dans Tartuffe, la tartufferie n’appraît que très tard et confirme la “bonne” opinion que s’est faite le spectateur mais pendant presque toute la pièce, il n’y a rien contre Tartuffe si ce n’est qu’il est antipathique alors que les “héros” sont sympathiques. (Plein d’autres exemples de réversibilité, bien meilleurs, chez Molière mais je n’ai pas le temps de tout détailler).

Soulagement général et mimétique de nature cathartique, présence d’un “coupable” idéal dont l’inhibition aux audiences montre qu’il croit lui-même en partie à sa culpabilité, malaise à même envisager l’hypothèse contraire, nous sommes exactement dans une crise mimétique (affaible) telle que Girard les caractérise.

Ne manquez pas, la semaine prochaine, en exclusivité dans ce blog, mon nouveau billet : “Et si Dreyfus était coupable ?”

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Commentaires»

1. OlivierM - 10 février 2006

C’est la question qui va pourrir la vie entière des acquités. Ils se sont fait accuser un fois sur des dériles complets, mais les gens auront toujours un doute. Ce doute est pire que la culpabilité…

2. davideo - 11 février 2006

Voila une note passionnante ! Elle donne le vertige j’adore. Le problème est qu’une idée (Les acquittés ne sont pas coupables) et son contraire ( ils le sont ) c’est toujours dans le fond la même idée, la même façon de voir. Pour résister à l’ACTUALITÉ qui balotte notre opinion et nos sentiments, il faut à mon avis des PRINCIPES qui doivent venir d’ailleurs. Et je pense que cet ailleurs ne peut provenir du champs de la religion ou de la philosophie. Dans un tout autre domaine, celui de l’architecture, ( je suis architecte) nous rencontrons la même difficulté : Chaque fois que nous avons envie de dessiner quelque chose de nouveau, d’autres architectes le dessine et le construise au même moment . En m’excusant de nous citer, j’en donne des exemples, et la manière de résoudre cette question, sur ces deux notes ORIGINALITÉ ET AIR DU TEMPS :
david-orbach.blogs.com/mo…
david-orbach.blogs.com/mo…

cordialement

3. Claude Stein - 11 février 2006

J’espère que s’il s’avère que le juge Burgaud avait raison, que l’on convoquera chaque membre de la commission pour qu’il s’explique sur les questions stupides qu’il se sont permis de poser et leur attitude de maître d’école .("Aimez-vous les gens ? ne répondez pas comme une machine …)

4. et si et si - 13 février 2006

« Le désastre a été provoqué par le fonctionnement normal de la justice", Malheur, la pièce était préparée pour la curée, Madame BADAOUI n’est pas allé jusqu’au bout du texte. La bulle médiatique était chauffée à blanc, la table de soie noire dressée et patatras, la pauvre violeuse violée (par qui, son père, la « justice » ?) a brutalement changée la réplique. C’est moi qui mène la danse, pas le juge promu à un grand avenir, pas vous JDL, experts, tatas et journalistes, moi toute seule je vous montre ce que vous êtes quand vous « fonctionnez normalement ». Brutalement la « Justice » est nue, Madame BADAOUI a eu un remord devant le désarroi de son propre fils ; la justice, elle, n’en aura jamais un. C’est impossible, la justice BURGAUD fait des « heu », des « c’est triste », en regardant ses papiers. Vive le bon théatre et mort au mauvais théatre de la "justice".

5. objection - 13 février 2006

Cette idée n’est absolument pas chocante car nul ne peut faire fausse route à ce point. Les enfants n’ont pas tous mentis, bien au contraire, ils ont subis des violences graves. Ce qui est chocant, c’est que le Procureur général de Paris se soit confondu en excuses avant que le jury de la Cour d’assises de Paris ne délibère. Quelle pression médiatique, quel gachis. Et s’il y avait vraiement un réseau international capable de dérouter et de manipuler la presse, la justice etc…Je suis avocat et je n’ai jamais vu dans ma carrière un juge placer en détention des innocents pour le plaisir. En tout état de cause il n’était pas seul et de plus il avait un dossier solide avec des faits de maltraitances sur mineurs de 15 ans corroborrés par des experts, des assistantes sociales etc.. .Les intérrogatoires d’un juge d’instructions ne sont pas des conversations de salons et il est normal de les mener avec fermeté. dans presque tous les dossiers de pédophilie les accusés nient les faits. Maintenant il reste à espérer qu’ils sont vraiment innocents car sinon ce serait un drame pour les enfants et l’erreur judiciaire de l’erreur judiciaire….

6. GFawkes - 16 février 2006

GFawkes
prosopautism@claranet.fr
Outreau? un manque de formation à la logique!
arendtoutreau.blogspirit….
http://www.prosopautism.com/Aren...
Cheers
Guy

7. GFawkes - 16 février 2006

GFawkes
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Outreau? un manque de formation à la logique!
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Cheers
Guy

8. Le repère des Mythocéphales - 20 février 2006

Culture sécuritaire et dérive du doute

Qui se sera attardé sur la fastidieuse audition du juge d’instruction Burgaud par la commission d’enquête parlementaire sur l’affaire d’Outreau le mercredi 8 février aura certainement été partagé entre agacement et pitié…