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Quelques causes psychologiques de la névrose des élites françaises - et quelques conséquences. 10 juillet 2005

Par Thierry Klein dans : Elites.
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Ca fait quelque temps que je voulais blogger là dessus. Je vois passer des discussions de ci de là sur les élites "à la française". J’ai aussi eu des commentaires sur ce blog concernant les défauts supposés du carnet d’adresse et des élites "à la française". Ce billet inaugure donc quelques réflexions sur le sujet.

En fait, il s’agira surtout de comparaisons, parce qu’il se trouve que j’ai étudié et travaillé en France et aux Etats-Unis, dans des écoles et des entreprises considérées dans les deux cas comme "très élitistes". Voici ce que j’en retire.

 

1) Les élites françaises sont névrosées

La formation à la française privilégie, depuis le plus jeune âge, un parcours totalement standardisé et obligatoire. En conséquence, le bon élève est avant tout celui qui s’adapte à ce parcours. La conséquence typique est qu’en Terminale, les meilleurs vont s’orienter vers une prépa scientifique, pour préparer une des 3 grandes écoles d’ingénieurs ou Normale Sup. Puis, couche du “dessous”, on s’oriente vers les prépas HEC, ensuite peut-être vers Médecine ou Sciences Po.

Je simplifie volontairement (en oubliant l’ENA qui est un cas à part) et je parle de façon statistique. Mais à de rares exceptions près, tout orientation en France est un échec. Si vous partez en prépa scientifique, il vous faut réussir l’X. Si vous faîtes l’X, il vous faut sortir dans la botte et si vous avez décroché le corps des Mines, c’est mieux d’être premier… Donc, à part une personne par an qui sort major de l’X, la scolarité est basée sur l’échec, sur l’absence de choix individuel et sur l’ambition.

(Je  précise que pour moi, l’ambition est loin d’être un critère méprisable. En revanche la sélection par l’échec et l’absence de choix personnel, s’ils ont historiquement eu une raison d’être, me semblent totalement inefficaces et dépassés de nos jours. D’autres billets en parleront).

En même temps, la sélection instituée en France demande un investissement énorme en temps de travail de la part de la plupart des élèves, qui rappelons le n’ont le plus souvent que peu de goût pour les matières étudiées.

 Les élèves qui réussissent en prépa ont donc les caractéristiques suivantes:

(Petite parenthèse là-dessus: le système français élimine à tel point la notion de choix individuel "actif" que réussir dans un tel système, c’est s’orienter le plus tard possible. L’X, Centrale, Les Mines, L’ENA sont vus par les élèves comme des écoles "généralistes", c’est à dirent qu’elles sont supposées ouvrir "toutes les portes". En sortant, il est bien vu de s’orienter vers une autre formation généraliste (un MBA ou tout autre école) ou un métier considéré généraliste (tel que le conseil). Sous prétexte de "laisser toutes les portes ouvertes", l’étudiant continue en fait à refuser de choisir en privilégiant des filières avant tout parce qu’elles sont considérées par d’autres comme performantes.

J’ai toujours des camarades de prépa, qui, à plus de 40 ans, justifient de tels choix professionnels généralistes en disant que "ça leur ouvre des portes pour plus tard" - ils atteindront sans doute la retraite avec la grande satisfaction d’avoir su garder toutes les portes ouvertes.)

J’arrête le tableau pour ne pas (trop) tomber dans la caricature mais vous m’avez compris. Parlez à n’importe quel psychologue d’un adolescent brillant mais introverti, capable de s’enfermer pendant des années pour faire plaisir à un professeur ou à maman, capable de repousser toute satisfaction à plus tard - à tel point qu’on peut se demander si ce n’est pas simplement un prétexte pour ne pas en jouir… Vous avez pour le moins un profil suspect, à risque.

Deux lois générales (que je vous délivre de façon d’autant plus péremptoire qu’elle sont arbitraires et non démontrées):

Loi 1 : Beaucoup d’élèves "font" prépa parce qu’ils sont déjà névrosés ou ont une tendance à la névrose. Le mécanisme de sélection ne fait que renforcer et confirmer cette prédisposition. (C’est d’ailleurs dommage car ce sont aussi souvent des éléments de valeur, ce n’est pas contradictoire).

Loi 2 : Plus la sélection est dure et théorique, plus elle a lieu tôt, plus la loi 1 s’applique. Ceci fait que par exemple, HEC et l’ENA sont plutôt moins "atteints" que la population scientifique (parce que c’est plus facile et l’enseignement y est plus varié, dans le cas d’HEC; parce que le choix et la sélection sont plus tardifs dans le cas de l’ENA) . La loi 2 est peut-être aussi une des causes du recul de l’X face à l’ENA dans la fonction publique depuis 50 ans.

2) La différence avec les élites américaines.

Il y a au moins deux différences clés qui font que les élites (intellectuelles) américaines sont moins névrosées que les françaises.

Aux Etats-Unis, l’élève effectue un choix positif. A tous les niveaux de formation, l’accent est mis sur l’épanouissement et l’individu plutôt que sur le programme. L’élève ne s’oriente pas à 17 ou 18 ans vers telle ou telle filière uniquement parce qu’elle est prestigieuse, mais le plus souvent par goût. De 18 à 22 ans, quelle que soit l’orientation initiale choisie, l’étudiant américain aura la possibilité (voir l’obligation) de prendre des "Minor" (matières complémentaires) qui n’ont rien à voir avec sa filière principale. Quel que soit l’effort que s’impose l’étudiant, il est beaucoup plus en phase avec ses aspirations personnelles.

Aux Etats-Unis, la sélection a lieu plus tard. Les diplômes les plus élitistes (MBA, Law School, ou Medical School, voire certains doctorats des meilleures universités) sont obtenus par des élèves qui ont entre 25 et 30 ans et souvent déjà une expérience professionnelle. C’est un âge où de tels choix de vie sont moins risqués qu’à 17 ou 18 ans et où on a plus souvent la maturité nécessaire pour s’imposer des sacrifices.

Evidemment, tout ce que j’écris ici n’est pas absolu et on trouvera toujours des contre-exemples. Il y a des étudiants français très bien dans leur peau, des étudiants américains névrosés, etc. Il ne s’agit que de tendances générales. Il n’empêche qu’à travers mon expérience personnelle, comme on dit, je peux confirmer ces tendances avec de nombreux exemples, de côté ci de l’Atlantique ou de l’autre.

A partir de là, il y a pas mal de choses à dire et à déduire sur les élites françaises -et pas seulement des choses négatives d’ailleurs. Comment se reproduisent-elles ? Sont-elles performantes ? Sont-elles vraiment "en perte de vitesse" ? D’où vient l’agressivité à leur égard ? Sont-elles aptes à créer des entreprises et lesquelles ? (On pressent déjà que toutes les raisons seront bonnes, forcément, pour remettre tout projet “à plus tard”.

Pas mal de caractéristiques qui, je pense, s’expliquent à travers quelques observations assez simples, et qui feront l’objet de prochains billets.

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Commentaires»

1. Loic - 10 juillet 2005

Bon billet mais je ne suis pas d’accord avec tout. Tu places par exemple la prepa HEC comme un echec de la prépa scientifique, je ne suis pas d’accord, je n’ai jamais voulu faire l’X car je n’ai jamais voulu non plus etre ingénieur. Par ailleurs si tu avais fait une prepa HEC tu saurais que question abstinence…

2. Thierry Klein - 10 juillet 2005

Je parle d’une façon très générale, en simplifiant, sinon le billet, déjà trop long ferait 10 pages. Donc évidemment, il y a bien des gens en prépa scientifique qui aiment les sciences, des gens en médecine qui ont la vocation et (même !) des HEC qui veulent créer des entreprises (je vois le caractère “actif” du choix des études comme un critère très fiable de réussite future, au moins sur un plan personnel). En plus, le cas de la prépa HEC est un peu différent (enseignement moins monolithique, et - effectivement - classes réellement mixtes :). D’ailleurs, pour cette dernière raison, les prépas HEC sont un des grands fantasmes des prépas scientifiques. J’en suis encore tout chose.

3. Henri - 3 août 2005

Je m’étais dit la même chose vis à vis de la frustration des élites. Effectivement, il n’y a que le major de l’X ou de l’ENA de chaque année qui n’est pas frustré. Tous les autres le sont. Le deuxième qui aurait pu être premier. Ceux qui sont dans le top 10 qui pensent la même chose que le deuxième. Les autres qui entrevoient déjà les affres d’une carrière assez médiocre par rapport à ceux qui sont dans la botte (je me rappelle avoir lu un bout d’une étude de Michel Crozier où on voyait le destin des X pas sortis dans la botte qui étaient directeurs ou sous directeurs d’usines de la SEITA. Ca n’avait pas l’air folichon folichon. J’imaginais bien la frustration de ces gars qui devaient se dire qu’en ayant été mieux classés, ils auraient pu être ministres ou dirigeants d’un des grands programmes industriels de l’époque). Ceux qui ont fait des grandes écoles moins cotés qui se sentent dévalorisés par rapport aux meilleures, les étudiants en fac par rapport à ceux des grandes écoles, et ceux des BTS par rapport à ceux de fac qui ont fait bac +5. Bref, ça se retrouve effectivement à tous les niveaux.

Et pour le major de l’X-mine ou Ena, on pourrait dire, "et encore". Parce qu’il faut qu’après, il fasse une carrière à la hauteur de ses espérances. Un accroc, et c’est la fin des belles ambitions (genre Alain Minc ou Jean-Marie Messier).

Bref, c’est un système complètement con. Surtout quand on sait qu’on réussit à faire autrement ailleurs.

4. Guan Yu - 3 août 2005

Effectivement pour réussir il ne sert à rien de pouvoir travailler beaucoup, avoir deux colle (résolution oral de problème) de par semaine ne sert à rien et jusqu’a nouvelle ordre les épreuve d’admission dans les écoles d’ingénieurs sont des oraux. Les universités américaine on pour leur part le défaut d’être des … université là on vous y forme pour devenir un érudit bien sur il leur faut bien les deux premières années de "College" pour donner à un couch potato le savoir humaniste qui nous à été inculqué au lycée après le college il faut un master très spécialisé avant de pouvoir tenir tête à nos ingénieurs.
De plus personne ne peut suivre le cursus d’ingénieur juste parcequ’il à la bosse des maths et une passion pour la science.
Enfin tu as parfaitement raison en disant que seul de major de l’X peut réussir mais à quel prix! Le deal du corps des mines est simple vous servez la France pendant vingt ans au tarif fonctionnaire et on vous permettra de dirigier une boite du CAC40. Je ne ne suis par sûr que ce soit un bon deal par rapport à celui qui à fait sa carrière dans le privé. D’ailleur il est connu que seul le major de l’X reussit dans la vie. Jean-Luc Largardère, Thierry Breton, Pierre Boule (l’auteur de la planète des singes et du pont sur la rivière Kwai) qui pourtant n’ont fait "que" Supélec on pourtant assez bien réussit.
Emmanuel Lange

Supélec-Georgiatech

Tu remarquera que pour moi malgré mes étude d’ingénieurs mon oral est bien superieur à mon écrit

5. nicolas - 21 août 2005

en gros mieux vaut faire l’université, ca rend moins nevrosé puis partir à l’étranger pour trouver un poste non verouillé par des boites qui n’embauchent que des gens venus des grandes écoles, right?

6. DAVIDEO - 11 septembre 2005

mais non mais non la seule chose qui compte ce n’est pas l’école, que vous soyez en france ou aux USA, mais la MOTIVATION APRÈS l’école . Les exemples abondent et d’ailleurs vous pourrez observer que les dirigeants qui essaient de placer leur progéniture à leur poste se plante pratiquement toujours ( sauf Dassault mais c’est très rare). à mon avis, N’accède à un poste que celui qui VEUT y acceder c’est-à-dire qui s’en donne les moyens. ( moi-meme, j’aimerais bien être astronaute mais que fais-je pour le devenir ? ) Qui a VRAIMENT envie de devenir patron du CAC40 ? Bof, bof. Je ne suis pas sûr d’être clair mais enfin…bon allez j’envoie ce message. on verra bien. je clique.

7. Thierry Klein - 11 septembre 2005

La motivation est probablement indispensable (pour tout) mais elle n’est pas suffisante, sinon je serais un grand musicien…

J’ai lu plusieurs études qui semblaient toutes dire la même chose: la transmission d’une entreprise par voie héréditaire est ce qui fonctionne le mieux EN MOYENNE (il faut se méfier des cas individuels et raisonner sur beaucoup de cas car la transmission d’entreprise est toujours risquée, que ce soit vers un autre propriétaire, vers des salariés, vers un héritier…). Ceci dit, de telles études me semblent assez complexes à mener sur le plan de la méthodologie (mais le résultat ne me semble pas invraisemblable)

8. Raoul (LE VRAI et non l'usurpateur)) - 4 octobre 2005

Je trouve cela très juste (mais on s’en fout! me direz vous)… Bah, regardez l’effet que cela a sur notre cher Villepin… on parle DE GRAND ORAL pour ce brave homme. C’est pitoyable, pourquoi Chichi ne sortirait-il de sa réserve pour lui mettre une note sur 40, comme au GRAND ORAL… Les Français ont intégré cela dans leur culture, et trouvent cela tout à fait normal (comme le fait de faire grève pour préseverver l’emploi, ou de capturer des navires pour aller faire un tour avec)! Moi, je dis que ce billet est juste et explique une grande part de la décadence et névrose des élites.

9. lea - 6 février 2006

Tout ce que tu dis est tres vrai, en Grande Bretagne d’ou je viens tout est fait pour que les gens soient inventifs, imaginatifs. Quand je compare l’education que mes enfants ont eu en GB a l’ecole primaire et celle d’enfants francais c’est frappant. Comme tu dis ‘la formation à la française privilégie, depuis le plus jeune âge, un parcours totalement standardisé et obligatoire.’ C’est dommage. meme l’apprentissage de l’ecriture se fait chez nous sur papier blanc, pas sur du papier quadrille qui "constraint" les lettres a tous les niveaux. Et puis en france on aime beaucoup faire copier des textes litteraires aux enfants, au lieu de leur faire inventer leur propres histoires. Pour moi ce modele franco-francais si etrique/narrow est la chose la plus penible a laquelle les etrangers doivent s’adapter

10. Vincent Pietryka - 28 mars 2007

Je pense que vous êtes un peu injuste avec le système français, spécialement avec les prépas. Le système américain n’a pas que des avantages, il a même de fortes lacunes.
Cela dit, il est vrai que l’université française est malade et qu’il vaudrait la peine de la sauver. J’ai étudié à l’université en France et aux etats-Unis, et je garde un souvenir ébloui de certains séminaires de philosophie à la Sorbonne. De l’université américaine je me souviens du formatage et du conformisme sidérant des dizaines de milliers d’étudiants du campus et d’un examen de philosophie par QCM.

11. Raphaël - 26 septembre 2007

Ma vision sera certainement biaisée par mon parcours, mais je me permets tout de même d’apporter ma pierre au débat.

La France et la démocratie sont un système par définition élitiste car ils reposent sur de grands principes humanistes… Pour faire plus clair, monsieur Dupond n’a pas la moitié de l’intelligence pour comprendre le concept philosophique de liberté. Monsieur Dupond, il a des besoins basiques et pas de grande aspiration. Il veut manger, rire un bon coup, faire l’amour et partir en vacances, savoir sa famille en sécurité… Ensuite le marketing lui vend des services et des biens et cela le rend d’autant plus heureux.

Mais monsieur Dupond n’a pas besoin de grandes idées. Il s’en tape que la France est le pays des lumières, ou que nous avons de grands débats sur la constitution européenne. D’ailleurs il n’a rien compris au traité constitutionnel, mais on lui demande de se prononcer.

Quel est le lien avec l’élite ? Tout simplement que la France aime ses grandes valeurs, mais qu’elles ne sont qu’un plaisir d’intellectuel, comme la prépa qui est un plaisir pour tout esprit en mesure de comprendre la physique quantique, les théories de Gallois, ou la maiotique dans la Grèce Antique.

Notre pays a une excellence intellectuelle qui est une richesse, mais qui est aussi le synonime du malheur des petits. Les Etats Unis sont un pays totalitaire déguisé, tout est prémaché, manipulé, mais l’Américain moyen est heureux, car on ne lui demande pas de penser. Le système français appelle le plus grand nombre à réfléchir, que ça soit pendant des débats politiques sur des questions que moins de 10% de la population comprend, ou pendant des cursus scolaires où le plaisir intellectuel est au centre.

Donc pour synthètiser ma position, il faut choisir entre un modèle à l’américain avec un totalitarisme matérialiste qui rend heureux les masses ou un paradis d’intellectuels qui sastifait que les élites et frustre tous les autres. En fait, la névrose est collective ;-)

12. G. - 13 janvier 2009

“ils sont intellectuellement brillants mais souvent introvertis”

ah bon. On a pas été dans la même prepa, pour sur ! Ou alors tout dépend de l’orientation (scientifique ou commerce). Mais toutes les personnes que je connais en prepa sont tout le contraire d’introverti, au contraire d’ailleurs, sinon je ne sais pas comment on leur apprendrait a vendre. Donc attention a la generalisation. Et oublie un peu tes préjugés, certes tout le systeme educatif n’est pas parfait, mais le tout est de proposer des solutions pour l’améliorer. et je ne regrette rien, car j’ai effectivement CHOISI, si les élèves sont ‘intellectuellement brillants’ ils ont sans doute su faire la part des choses et bosser POUR EUX MEMES.
bonne continuation,
G.

13. Thierry Klein - 13 janvier 2009

Bonjour G.

Juste pour voir, j’aimerais savoir si la loi 2 s’applique dans ton cas. En d’autres termes, as-tu fait une très bonne prépa “scientifique” ou “juste” une prépa HEC ou encore “juste” une prépa pour une école de commerce moins côtée ?

14. legrosnul - 16 octobre 2009

moi, je suis un gros nul et j’adooooooooooooooooooore à donf ma situation, j’suis à l’université et je porte en permanence mon casque pour ne pas mourir enseveli!
youpiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii!

15. Maurice BERNARD - 1 mai 2010

Je viens de sortir en 3 tomes chez l’HARMATAN un essai critique sur les élites françaises. Je souscrit pourl’essentiel au texte liminaire de votre blogRDRD

16. yves - 19 septembre 2010

Ce qui est génial dans cet article c’est qu’il applique le fameux lemme : Tout ce qui est vrai dans le cas particulier est vrai dans le cas général car s’il n’était pas vrai dans le cas général comment le serait-il dans le cas particulier.

Autre traduction : je suis névrosé, je ne veux pas l’être donc tous les autres le sont.
Ou encore, devant l’avalanche de lois : Quel gourou a pondu ces lois?

Continuez, c’est excellent pour le lecteur de rigoler de bon coeur le matin en tombant sur de tels échanges.

17. Pierre - 31 janvier 2011

Pour avoir fait une prépa HEC (qui me paraissait à l’époque bien plus intéressante qu’une prépa scientifique où les femmes se font rares, ce qui a pour effet à mon avis un abrutissement de la faune masculine qui s’y trouve), je dois dire que ce billet n’est pas totalement faux, ni totalement vrai (comme d’habitude quoi).
Certes, il y a une telle compétition que celui qui intègre l’ESSEC aura souvent une certaine déception de ne pas avoir intégré HEC, et ainsi de suite si l’on suit le classement des ESC. Cela donne des cas assez tristes à regarder, comme une fille avec qui j’avais travaillé qui était déçue de ne pas avoir eu mieux aux concours, ce qui pour moi était dramatique vu que commencer ses études sur un sentiment d’échec est assez dommageable.
Cependant, cela est à relativiser. En premier lieu, j’ai personnellement été avec des personnes qui ont eu de meilleures écoles et qui n’étaient pas des flèches. En résumé, la plupart des élèves des écoles qui ne trônent pas au firmament a fréquenté des élèves qui eux, s’ils ne peuvent être à la droite de Dieu, sont au moins à la droite du Christ (enfin, dans leurs esprits). Cela permet de relativiser “l’échec” aux concours: on sait que les meilleurs écoles n’intègrent pas forcément les plus brillants (dans ma classe, le top 3 des élèves les plus intéressants intellectuellement parlant a fait ESSEC et deux ESCP). Deuxièmement, une fois en école, on a tendance à comprendre que la plupart des écoles ne sont pas si différentes (enfin, entre sous-groupes triés sur la qualité de l’enseignement) et que le prestige vient plus d’un imaginaire collectif et des anciens élèves que de la qualité des cours. En gros, cela signifie, pour ceux qui ont un minimum d’égo, que si l’école n’a pas la réputation qu’on lui voulait, alors c’est à soi-même de la lui donner (oui, il y a beaucoup d’égo là-dedans). Enfin, l’aspect névrosé des élites cesse souvent quand on acquiert une certaine culture et que l’on se rend compte que non, réussir sa vie, ce n’est pas forcément être au top, c’est juste en faire ce que l’on veut (enfin, ce n’est peut-être pas aussi simple, mais là, je ne pense pas qu’il existe une solution figée), et paradoxalement, la prépa, très élitiste, peut permettre à l’élève de s’en rendre compte seul, notamment grâce à la culture (lire Camus, Sartre, Nietzsche, si l’on a un peu de réceptivité, ne laisse pas indemne).
En gros, oui, il y a cette recherche irrationnelle de la première place qui ne peut être niée et qui obnubile complètement certains élèves. Cependant, ces élèves ne sont pas tous les mêmes, certains acquiert une maturité certaine au cours de leurs études, et au final, la frustration de ne pas être dans les premiers s’estompe (sans jamais disparaître, il faut l’avouer). Restent ceux qui veulent être les meilleurs en tout, et là, eh bien il y a la crise de la quarantaine pour leur rappeler que réussir sa vie, ce n’est pas forcément monter sur le podium.

18. Thierry Klein - 31 janvier 2011

C’est vrai qu’en prépa HEC, tout ça est affaibli parce que les élèves, dès le départ, savent qu’ils ne sont pas les meilleurs scolairement. Alors, pour faire passer la pilule, on leur sert tout le fatras “ce qui compte, c’est la personnalité, la présentation, TOI-MÊME”, toutes choses d’ailleurs vraies en fait, mais qui sont présentées à titre de compensation.

Sur le reste, il y a peu d’étudiants qui, n’ayant pas lu Nietsche en prépa HEC (avant le bac pour les scientifiques), le liront après l’école.

19. BERNARD Maurice - 24 avril 2011

bonjour tu as certainement lu ma trilogie sur le sujet des élites qui toi aussi te tient à coeur, ouvrage qui a reçu en décembre dernier un prix de l’Institut de France. Nous sommes tous deux, je crois, d’accord sur l’essentiel mais tes commentaires et tes critiques sur mon analyse m’intéressent. Nr’hesites pas à me contacter
06 83 69 45 65

20. Jean - 12 janvier 2012

Je me permets de rectifier une petite erreur selon laquelle les élèves de prépa HEC ne “seraient pas les meilleurs scolairement” et choisiraient cette voie par défaut.
1/ Cette affirmation était peut-être vraie il y a 20 ans. Elle est complètement fausse et dépassée aujourd’hui. HEC attire plus que jamais les meilleurs éléments de Terminale au détriment des filières scientifiques. Ce que l’on peut d’ailleurs regretter car la France a absolument besoin d’ingénieurs pour préserver sa capacité d’innovation et son industrie.
2/ On retrouve parmi les meilleurs diplômés de l’ENA, autre très grande école française, une très forte proportion d’anciens diplômés d’HEC, Essec… en particulier à l’IGF. Bien peu d’ingénieurs par comparaison… Si donc l’on considère que les meilleurs vont en filière scientifique, il faut alors constater que les meilleurs ne font pas l’ENA, par choix ou par échec… Chacun sait bien ce que représente l’ENA dans le système élitiste français, surtout lorsque l’école est suivie d’une intégration dans un grand corps. C’est le sommet de la pyramide scolaire française.
Conclusion : les meilleurs scientifiques vont en prépa scientifique, et font l’ENS-Ulm de toutes façons. Les meilleurs élèves “scolairement” comme vous dites vont, selon leur profil plutôt scientifique ou littéraire, vers les Math-Sup, la prépa HEC ou encore les Hypokhagnes. Et finissent à l’X, à HEC ou à Ulm. Puis, hélas, pour un grand nombre d’entre eux, chez Goldman Sachs et autres officines financières anglo-saxonnes.