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René Girard, Freud et le Pape 14 avril 2005

Par Thierry Klein dans : René Girard.
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Je me suis promis de ne pas trop parler d’actualité dans mon blog mais je trouve ça intéressant, pour illustrer mon billet sur René Girard, de comparer les différents points de vue sur la mort du Pape.

Vision “freudienne” : on insiste sur les ressemblances avec le sacrifice.


Le Pape meurt. Des milliers de personnes se rassemblent. L’effet de foule produit une catharsis généralisée. Le Pape subit une divinisation affaiblie (demande de sanctification immédiate par la foule). Parallèle évident avec le sacrifice antique (l’animal meurt, la foule subit une catharsis, l’animal est divinisé).
Accessoirement, la tristesse générale ressentie par les disciples pour une personne qui leur est somme toute lointaine est probablement suspecte et contient (en vrac) de fortes doses d’attendrissement personnel, de projection, de sensiblerie, de peur personnelle de mourir, de propagande, etc.
Mettez de gros guillemets autour de “vision freudienne” ne serait-ce que parce que Freud n’aurait pas pu faire ce parallèle avec le sacrifice. La notion de sacrifice ne devient centrale qu’à la lecture de l’oeuvre de Girard.

Vision “girardienne” : on insiste sur les différences avec le sacrifice.

Le Pape meurt mais aucun homme ni aucun animal n’est tué sans raison. La foule subit une catharsis, mais elle ne se fait pas contre un bouc-émissaire. Il est possible que la catharsis soit psychologiquement de même nature dans les deux cas, mais la catharsis chrétienne ne se nourrit pas de violence. L’absence de bouc-émissaire est le point fondamental qui relie finalement la mort du Pape à la mort de Jesus plutôt qu’au sacrifice antique.
Girard ne se prononcerait pas au niveau des motivations individuelles des disciples et reconnaîtrait probablement qu’au moins pour certains d’entre eux, l’analyse psychologique freudienne est tout à fait envisageable, sinon pertinente. Tous les disciples ne sont pas forcément là pour de bonnes raisons ni en toute conscience. Mais c’est l’absence de bouc-émissaire qui oriente la nature de la manifestation et, sur le long terme, structure toute l’histoire judéo-chrétienne.

Vision kleinienne : j’enlève les guillemets parce que je suis sûr, pour une fois, de ne pas déformer le point de vue de l’auteur.
Pour être tout à fait franc, je fais partie des gens coupables de sensiblerie suspecte et ça me dérange ! Ca me rappelle un livre de Kundera où un des personnages est plus ému par la mort d’un haut membre du Parti Communiste, qu’il n’a jamais vu, que par la mort d’un proche ! J’ai l’impression d’être totalement conditionné et le fait d’en être un peu conscient n’est pas vraiment une consolation.
Ceci dit, pour me trouver quelques excuses, je trouve qu’il y a réellement quelque chose de très émouvant dans l’extrême simplicité et l’extrême sincérité du personnage. Lisez par exemple son testament, c’est incroyable (et c’est toujours autant de temps de gagné à ne pas lire ce blog ou le texte de la Constitution Européenne).

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