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Les erreurs méthodologiques des opposants à la chloroquine. Une synthèse. 3 juin 2020

Par Thierry Klein dans : Covid-19.
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Dans l’immense majorité des maladies, aujourd’hui, on compare un nouveau traitement à un traitement existant. Et les gains des nouveaux traitement sont assez faibles (quelques % gagnés sur un cancer, c’est déjà énorme, cela peut sauver des millions de vies). On est alors dans une recherche de gain « asymptotique », qui n’est observable empiriquement par aucun médecin puisqu’il faut des échantillons énormes pour le confirmer statistiquement (pouvant aller jusqu’à plusieurs milliers de patients, sur plusieurs années). Dans un tel contexte, pour obtenir une telle précision, une étude randomisée, avec bras de contrôle et placebo, est non seulement la meilleure façon mais parfois la seule façon de montrer l’efficacité d’un traitement. (Ceci ne résout en rien le problème éthique, à mon avis extrêmement sérieux, mais je le mets de côté dans le cadre de cette discussion).

La médecine étant malade des affaires, et moralement traumatisée par l’afflux des moyens financiers introduits par les labos et la pression qu’ils font peser sur les esprits, les études « randomisées », ayant pour objet de minimiser le « biais d’intérêt » des chercheurs sont rassurantes pour tous, chercheurs compris, puisqu’elles les absolvent, au moins en apparence, du fameux biais « d’intérêt ». (Elles sont loin d’annuler ce biais mais là aussi, je mets ce point de côté dans le cadre de cette discussion). Reconnaître ce biais d’intérêt n’est pas complotiste en soi. La balance de la raison est une machine très délicate, que l’intérêt personnel dérègle facilement. Le biais introduit par l’argent dans le cerveau des chercheurs peut être conscient aussi bien qu’inconscient.

Dans le cas d’un nouvelle maladie infectieuse, le contexte expérimental est radicalement différent:

– on compare un traitement non pas à un autre traitement existant, mais à une absence de traitement. Les gains attendus sont donc le plus souvent d’un ordre de grandeur supérieurs au cas classique. Si je prends l’événement observé dans l’étude 1 Raoult, « baisse de la charge virale (CV) en 5 j » (alors que 10 à 20 j sont normalement attendus selon la littérature disponible), l’observation de cet événement 6 fois sur 6 suggère une probabilité de succès supérieure à 95%, c’est énorme.

– Du fait de ces taux de succès « tout ou rien », l’effet du traitement est observable sur des petites séries, accessible à l’observation empirique. Le cas extrême est Pasteur avec la rage: échantillon de 1 suffisant pour la « preuve ». Les effets placebo, biais d’observation, etc… existent mais on peut quand même supposer qu’ils ne touchent pas 100% des malades, ce sont des biais qu’il faut toujours considérer relativement au gain du traitement. Ils sont d’autant plus négligeables que le gain du traitement est fort. Imagine-t-on sérieusement, ici, que 95% à 100% des malades ont annulé leur CV en 5 jours grâce à l’effet placebo ? Dans ce cas, parler à propos de Raoult de « gourou marseillais » serait en effet tout à fait approprié !

– Hypothèse: dans le comportement rassurant et outrageusement affirmatif de Raoult, dans ses déclarations, il me semble évidemment y avoir la volonté de créer de l’effet placebo. Je m’étonne que personne ne mentionne ceci. Raoult s’exprimant dans la presse est un médecin qui communique et donc, par définition, un placebo en action autant ou même plus qu’un scientifique.

– la maladie infectieuse aura un cycle de quelques mois seulement, durée probablement inférieure ou égale à celle nécessaire pour réaliser l’étude randomisée avec placebo. Une telle étude est en effet longue et complexe à réaliser – de fait, à ce jour, personne ne l’a réalisée en dépit de multiples et coûteuses tentatives européennes (mais étaient-elles vraiment des tentatives ?). Donc si on pense avoir trouvé un traitement, on a intérêt à l’appliquer au plus tôt parce que le gain lié à la preuve formelle sera nul. Quand on aura obtenu cette preuve formelle, la maladie aura disparu (alors que dans le cas d’un cancer, la preuve permet de sauver des millions de gens, elle n’en sauvera aucun dans le cas du covid, en tous cas cette année). On est alors dans un cas où la recherche de la preuve scientifique formelle s’oppose à l’intérêt du malade. Dans ce cas, le médecin doit, me semble-t-il, rechercher l’intérêt du malade.

– Raoult a donc trouvé un traitement qui marche probablement. Son hypothèse de travail est que l’annulation de la CV, à un stade peu avancé de la maladie, signifie guérison. Cette hypothèse a été très critiquée mais par des gens qui n’ont jamais le quart de la moitié de l’expérience clinique de Raoult sur ce sujet précis – or c’est typiquement le type même du raccourci scientifique qu’on ne peut faire que si on a accumulé une grosse expérience clinique (pratique). Un peu comme le pilote de F1 qui après un tour de piste indique aux mécanos qu’il y a sans doute un problème au niveau du 3ème piston. La preuve formelle n’est pas apportée mais ça marche. Il sait de plus que son traitement, avec le suivi nécessaire (j’insiste sur ce point tant il semble y avoir eu de bourrinage sur la HCQ dans les hôpitaux américains et parfois français), est sans risque. Il fait donc le choix de traiter et de continuer à faire très attention et à observer, évidemment. Il confirme « en continu » ses observations, au fur et à mesure. Quotidiennement, il sort des données qui lui permettent de confirmer son observation et son hypothèse initiales. Pas totalement, d’ailleurs. On voit dans son étude 3 qu’il s’est partiellement trompé, puisque certains patients guérissent sans baisse de la CV (son groupe pVir) et que d’autres meurent alors que la CV a normalement baissé (groupe pClin). Le groupe Pvir n’est pas confondu avec le groupe Pclin comme il aurait dû l’être si son raisonnement avait été parfaitement correct. Mais ce phénomène (qu’il ne prétend pas expliquer) est resté suffisamment peu fréquent pour que le traitement garde son intérêt.

Cette approche est rationnelle, quoi qu’en disent ses détracteurs. Cela n’a rien d’une confiance aveugle en ses moyens, d’une attitude mégalomaniaque ou d’une croyance. En l’absence de preuve formelle, on doit choisir la solution qui probablement maximise l’intérêt du patient. Et si on pose les gains sur le papier, il est probable qu’on aurait sauvé 50 à 75% des morts français en procédant ainsi.

En complément un point. La facilité avec laquelle Raoult semble avoir trouvé quelque chose qui fonctionne, presqu’au premier essai, plaide en faveur de la découverte d’autres solutions antivirales mettant une pression suffisante sur le virus pour avoir un effet. Il est probable que si on tente de façon pas trop débile, on obtiendra des résultats dans cette histoire. A Hong Kong, une multithérapie ayant des effets positifs semble avoir été trouvée aussi. Il semble aussi qu’aux USA, l’ajout de Zinc améliore le traitement. Bref, ceux qui ont cherché ont trouvé. Il est dommage qu’au nom de la science (à mon avis mal comprise), on retarde l’effet positif des découvertes.Si plusieurs traitements sont efficaces, et que l’épidémie revient, ce qui n’est pas certain, une étude randomisée, en double aveugle pourrait être nécessaire alors pour les hiérarchiser entre eux (puisque la différence d’efficacité entre les traitements serait alors difficilement observable « à l’œil nu ». Le risque pris par le groupe de contrôle serait bien moindre car on comparerait 2 traitements qui fonctionnent.

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La médecine a ses raisons que la raison ne connaît pas 28 mai 2020

Par Thierry Klein dans : Covid-19.
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La distinction entre « savoir » et « opinion », censée être établie par le mécanisme de « peer review » a ses limites. Le « peer review » est soumis à des phénomènes de mode (aboutissant alors à une sorte de consensus qui est « l’opinion » de la communauté scientifique) et a probablement privilégié, depuis la révolution industrielle, le développement technique plus que le développement scientifique.


Le peer review peut être perverti par une idéologie, ce qu’on constate dans certaines disciplines où l’opinion moyenne est une idéologie, et donc pire qu’une mode: une croyance. Le peer review devient alors plus une revue par les clercs que par les pairs, au sens où l’entend normalement la communauté scientifique. Le peer review peut aussi être perverti par l’argent, même sans que les chercheurs ne le sachent, car l’introduction de l’intérêt personnel dans la recherche est toujours à même de changer l’équilibre rationnel: la raison est une balance très délicate.

J’ai franchement l’impression, pour avoir parcouru un grand nombre d’études depuis 2 mois, que la médecine est tombée dans cette catégorie. La science médicale a du mal à résister à l’argent investi par les laboratoires. Toutes les publications que j’ai pu lire présentent un « biais publicitaire », à la fois une boursouflure et un manque d’esprit critique vis-à-vis de leurs résultats, qui s’oppose profondément au développement de la science. J’en ai été très surpris.

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La quantité ne fait pas la qualité

Par Thierry Klein dans : Covid-19.
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Prenez 100 000 patients en phase sévère. Vous ne donnez rien à 50 000 d’entre eux. Aux autres 50 000, vous donnez 1,4 g d’hydroxychloroquine, sans aucun suivi si possible. Cette dose énorme va en tuer une bonne partie et ne soigner personne.

Faites une étude big data et mélangez le tout. Vous avez donné en moyenne 0.7 g (dose plus ou moins conseillée) d’hydroxychloroquine à 100 000 personnes. Les 50 000 premiers patients meurent normalement, si j’ose dire, puisqu’ils ne sont pas traités. Les 50 000 patients « traités » meurent énormément, avec de multiples incidents cardiaques, etc.

Concluez alors à l’inefficacité du traitement et au risque énorme induit par l’hydroxychloroquine. Vous obtenez l’étude Lancet. 100 000 mauvaises données ne valent pas une bonne donnée. La quantité ne fait pas toujours la qualité.

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L’extension du domaine de la lutte 25 mai 2020

Par Thierry Klein dans : Politique.
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Qui est déraciné déracine. Qui est enraciné ne déracine pas. Sous le même nom de révolution, et souvent sous des mots d’ordre et des thèmes de propagande identiques, sont dissimulées deux conceptions absolument opposées.

L’une consiste à transformer la société de manière à ce que les noirs puissent y avoir des racines; l’autre consiste à étendre à toute la société la maladie du déracinement qui a été infligée aux noirs. Il ne faut pas dire ou penser que la seconde opération puisse jamais être un prélude de la première; cela est faux. Ce sont deux directions opposées qui ne se rejoignent pas.

Simone Weil, l’Enracinement

Statues brisées de Victor Schoelcher

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Grandeur et failles de l’étude Lancet

Par Thierry Klein dans : Covid-19.
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L’étude américaine publiée dans le Lancet d’hier sur l’hydroxychloroquine (HCQ), couplée ou non à de l’azithromycine (AZI) est de très loin la meilleure étude publiée sur le sujet à ce jour, que ce soit au niveau du nombre de données traitées (96 032 patients, dont 6221 traités avec HCQ+AZI, c’est-à-dire le traitement de Marseille), de la méthodologie (processus expérimental parfaitement clair et compréhensible, en particulier au niveau des critères d’exclusion) et du raisonnement lui-même (logique de l’analyse, clarté et qualité du traitement statistique).

Elle est extrêmement défavorable au traitement Raoult. D’abord au niveau du bénéfice du traitement (23,8% de décès contre 9,3% pour ceux qui n’ont pas reçu le traitement), ensuite au niveau du risque (multiplication par 27 (!) du risque d’arythmie cardiaque lié au traitement ).

Comme le combat est devenu politique, cette étude est abondamment commentée sur les réseaux sociaux. Grosso modo, des progressistes célèbres qui n’ont pas lu l’étude et n’y comprennent rien (Hillary Clinton, Laurent Alexandre, Raphaël Enthoven…) prennent cette étude comme une sorte de confirmation divine, la victoire de la Lumière sur l’Ombre et sont injuriés par des populistes qui n’ont pas lu l’étude, n’y comprennent rien et crient au complotisme – ce qui me paraît tout à fait absurde en l’espèce car cette étude est de grande qualité.

Peut-on faire une critique rationnelle de cette étude ? Voici ce qui me vient à l’esprit à première lecture, je raffinerai l’analyse au fur et à mesure.

1) Une étude qui contredit toutes les autres études et observations

Les résultats en défaveur du traitement sont tellement négatifs qu’ils auraient dû être observés avant. Il ressort de l’étude que suivre la bithérapie Raoult serait un risque du même ordre de grandeur que le diabète ou l’hypertension. Or, ces facteurs de risque sont apparus rapidement, sur des séries bien plus petites, de l’ordre de quelques dizaines de patients. Ils sont donc observés, confirmés, tous les jours par les médecins et les hôpitaux sous la forme d’observations empiriques. A ce niveau d’évidence, les milliers de médecins et d’hôpitaux qui ont donné le traitement auraient du presqu’immédiatement constater qu’il tuait. Ils ne l’ont pas fait et c’est un peu comme si un astronome scrutant les étoiles oubliait de voir la lune. C’est difficilement envisageable. Bref, le désavantage associé au traitement est tel qu’il contredit de fait toutes les autres observations et études sorties à ce jour. Problème n°1.

2) Le bourrinage qui tue dans les hôpitaux

J’ai déjà écrit sur ce point, il semble qu’un grand nombre d’hôpitaux ont « bourriné », c’est-à-dire qu’ils ont donné des doses très fortes d’HCQ sans précaution et sans suivi. Et ainsi, on tue presqu’à coup sûr. Trois études au moins mettent, involontairement, ce bourrinage en évidence (aux USA, en France, et aussi au Brésil). Ceci s’est aussi passé en Chine où des doses extrêmement fortes d’HCQ (> 1g) ont parfois été données. Ici, les américains, qui ont l’air d’avoir énormément bourriné, pèsent pour 70% des patients. 80% si on ajoute la Chine (table S1 de l’étude).

3) Le risque lié au traitement a masqué l’avantage lié au traitement

On arrive ici à l’estimation du risque lié au traitement. Ce qui plaide quand même en faveur d’un « bourrinage » criminel, c’est que désavantage lié au traitement (Fig 2) et risque lié au traitement (Fig 3) sont presque parfaitement corrélés d’après l’étude. Il semble bien qu’ici le risque pris (ce que j’appelle bourrinage) a été tel qu’il masque tout avantage potentiel lié au traitement lui-même. Il y a dans l’étude environ 50% de patients présentant un risque cardiaque potentiel (en incluant les hypertensions). Ces patients vont représenter la grande majorité, peut-être 90% des décès. Si vous leur donnez, sans suivi, un traitement aggravant leur condition cardiaque, vous pouvez expliquer des effets tels que ceux constatés dans l’étude, c’est-à-dire une augmentation de la mortalité d’un facteur 2 à 3 totalement lié à l’augmentation du risque (je reviendrai là-dessus plus tard, avec des arguments plus quantitatifs).

La surestimation du risque est une vraie faiblesse de cette étude, pour 2 raisons.

  • D’abord, Raoult a très tôt indiqué à Marseille, qu’il fallait réaliser un double suivi ECG au début du traitement et a même décrit exactement le protocole de suivi. Il a pris un maximum de précautions et exclu du traitement un grand nombre de patients, ce qui lui a été reproché beaucoup ayant pris ces exclusions pour une forme de « fraude » non documentée. De fait, le risque cardiaque a été inexistant à Marseille avec aucun décès constaté sur une série de 3000 patients.
  • Ensuite, il existe des séries de test presqu’infiniment longues (1 million de personnes) d’estimation du risque sur la CQ et l’HCQ qui concluent à l’absence de risque si utilisées seules depuis plus de 50 ans. On pourrait concevoir un risque supplémentaire lié à la bithérapie (introduction de l’AZI) mais l’étude conclut ici à une nette augmentation du risque même quand l’HCQ est donnée seule, ce qui là encore contredit toutes les études et plaide en faveur d’un bourrinage sans nom dans les hôpitaux.

4) Le groupe de contrôle a reçu un traitement

L’étude ne compare pas le traitement Raoult à une absence de traitement, mais le traitement Raoult à d’autres traitements, puisque 40% des malades recevaient d’autres antiviraux tels que du ritonavir, souvent sous forme de multithérapie. On ne peut exclure le fait que les autres traitements aient bien fonctionné. On doit d’autant moins l’exclure qu’à Hong Kong, une multithérapie ayant des effets positifs semble avoir été trouvée. Et que la facilité avec laquelle Raoult semble avoir trouvé quelque chose qui fonctionne, presqu’au premier essai, plaide en faveur de la découverte d’autres solutions antivirales mettant une pression suffisante sur le virus pour avoir un effet. Il est probable que si on tente de façon pas trop débile, on obtiendra des résultats dans cette histoire. Bref, la bithérapie Raoult peut fonctionner sans être la meilleure qui soit.

5) Le moment où le traitement a été donné

Les patients semblent avoir été traités suffisamment tôt et dans un état pas trop sévère, où le protocole Raoult est censé pouvoir avoir des effets positifs (80% des patients ont un qSOFA < 1 et seuls 10% ont un SPO2 < 94%, délai moyen de 9 jours avant transfert en « intensive care »). Cependant, il faudrait vérifier au moins 2 choses :

  • Quelle est la part des patients sévèrement atteints au départ dans les décès constatés ? Si cette part est prépondérante, alors on a encore une fois uniquement observé le risque du traitement sans avantage possible car les patients auront été traités trop tardivement. Or le SPO2 > 94% est recensé dans l’étude comme le facteur de risque de décès le plus important (Figure 2).
  • L’étude n’indique pas le nombre de jours entre apparition des symptômes et début du traitement, ce qui est un point absolument clé. Il y a des incohérences apparentes à ce sujet. Les doses de HCQ ont été données 4 j en moyenne mais les patients ont mis 13 j pour mourir. Y a-t-il eu alors traitement intermittent ? Il faudrait vraiment préciser ce point, qui apparaît comme une incohérence. Rappelons aussi que la HCQ mettant sans doute 2 à 3 j pour pénétrer et agir (d’où l’exclusion pour les patients traités moins de 2 ou 3 jours dans beaucoup d’études), cette moyenne de 4 j paraît très faible.

A ce stade, il faudrait donc rentrer dans les détails. Choisir quelques hôpitaux significatifs (au sens où ils reproduisent assez bien les résultats observés dans l’étude) et analyser plus précisément les protocoles réellement donnés en tentant d’effectuer les observations suivantes :

  • Y a-t-il eu ou pas un suivi ECG ? (Si pas de suivi, exclure car on n’observe que le risque lié au traitement, qui masque l’effet positif potentiel du traitement)
  • Exclure le bourrinage (dosage anormalement fort, par exemple > 1g, de l’HCQ)
  • Observer séparément les cas « sévères » et les cas « peu sévères » (les seuls où la bithérapie est censée marcher)
  • Eclaircir les imprécisions ou incohérences sur la durée réelle du traitement. Déterminer le moment où le traitement a été donné vs l’apparition des symptômes.
  • Tenter de comparer le traitement à une absence de traitement, non pas à un autre traitement.

Ajout 1 (23/05/2020). Philippe Douste-Blazy affirme sur BFM que les groupes dont biaisés et que le groupe de test serait « beaucoup plus malade » que le groupe de contrôle (https://twitter.com/BFMTV/status/1264220444913291265). Sauf erreur de ma part, c’est faux. Les groupes sont équilibrés (Table 2 de l’étude)

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la discrimination n’est plus ce qu’elle était 18 mai 2020

Par Thierry Klein dans : Covid-19.
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Séparer les enfants des soignants des autres enfants est-il une discrimination ? Pour répondre à cette question, il faut se demander si ces enfants sont séparés à cause de leur origine sociale ou à cause du risque de contagion qu’ils présentent. Dans le premier cas, il s’agit d’une discrimination mais dans le second cas, il s’agit d’une simple mesure de précaution qui semble appropriée, si elle permet d’éviter la contagion.

Si le risque de contagion présenté par les enfants de soignants est nettement supérieur aux autres (ce que très franchement j’ignore et donc ma réflexion n’est, si j’ose dire, qu’un cas d’école), il convient de les séparer et cette séparation n’est en rien une discrimination, mais la contribution citoyenne de l’enfant à la lutte contre l’épidémie. Elle n’est évidemment alors pas liée à l’origine sociale de l’enfant. En fait, la qualifier de discrimination empêche l’enfant de réaliser son devoir. Son devoir étant toujours, enfant ou pas, de protéger son prochain. Un droit qui nous empêche de faire notre devoir, d’agir dans l’intérêt général, est toujours un mauvais droit.

En fait, cette séparation est très comparable, dans l’esprit, à la mise en quatorzaine d’une personne suspecte d’avoir le virus ou d’avoir côtoyé de près une personne infectée. Personne ne songerait à contester cette nécessité. Si nous la contestons ici, c’est que nous avons pris à tort l’habitude de tout voir sous l’angle des droits, et de moins en moins sous l’angle des devoirs. On pourrait d’ailleurs très facilement faire comprendre ceci à tous les enfants, en les en rendant très fiers et sans les inquiéter.

« Ton papa – ou ta maman- est très courageux. Il a pris des risques désintéressés pour les autres, il a fait son devoir, il a sauvé des vies et du coup, toi, tu as plus de chances d’être porteur du virus que les autres élèves. Ne t’inquiète pas, ce virus n’est pas dangereux pour un enfant, mais tu pourrais le transmettre à un autre enfant, qui lui-même le transmettrait à une personne âgée. Ce serait alors le contraire de ce pour quoi tes parents se battent tous les jours et tu peux les aider dans leur travail en y participant, en te mettant pour quelque temps à l’écart ou en te regroupant avec les autres enfants dont les parents aussi ont été très courageux. »

Tous les enfants adorent visiter le lieu de travail de leurs parents s’ils ont la chance de pouvoir le faire. Ainsi, cette séparation « imposée » prolongerait-elle le travail des parents et l’illuminerait, tout en lui donnant tout son sens. Elle créerait sans doute aussi des vocations.

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Une occasion manquée 16 mai 2020

Par Thierry Klein dans : Covid-19,Politique.
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Le protocole sanitaire qu’a pondu l’administration pour l’industrie du tourisme est extrêmement difficile à appliquer mais il est rationnel. Dans un restaurant, où les clients ne peuvent évidemment être équipés d’un masque, où le risque de contamination est maximal, l’espace de 4m2 par personne est un minimum. Probablement trop peu pour éviter la contagion, mais trop élevé pour permettre au restaurant de gagner sa vie.

La situation est totalement différente du protocole pondu pour l’éducation nationale, 60 pages de délire bureaucratique alors qu’on aurait simplement dû équiper enfants et enseignants de masques. Le masque suffit à éviter la contagion scolaire, on le constate jour après jour partout en Asie.

Deux professions, deux attitudes. La situation des industriels du tourisme est très précaire. Ils sont dans l’obligation absolue de travailler cet été. Ils savent que le protocole va les en empêcher et se battent tous azimuts pour qu’il soit allégé. Ils ont l’énergie du désespoir et ont de grandes chances d’obtenir satisfaction, ce qui serait un contre-sens sanitaire total mais ils luttent. Ils sont à la radio, à la télé, s’expriment de façon très émouvante. Leur énergie les rend sympathiques à tous.

Les enseignants n’ont pas de pression économique à reprendre leur activité et cela contribue, consciemment ou non, à les rendre trop prudents, plus craintifs qu’il n’y a lieu d’être. Les écoles n’ont pas encore rouvert – elles ne le feront que sur plusieurs mois, certaines uniquement en Septembre. Ils se sont appuyés sur la complexité du document pour retarder l’ouverture au lieu de le contester vigoureusement, comme le font les industriels du tourisme.

J’aurais aimé les voir se multiplier dans les média, demandant « simplement » des masques pour tous, profs et élèves et l’annulation des mesures débiles du protocole sanitaire – avec en contrepartie une reprise le 11 mai pour tous. L’école obligatoire, pas le « volontariat », qui est une honte.

C’était une occasion rêvée pour remettre en cause leur administration obèse, qui les opprime et, n’étant même pas capable de fournir des masques pour tous, les empêche de fonctionner à peu près correctement avec ce protocole hors sol. Pour réaffirmer le rôle de l’école, au service de l’instruction des enfants. Pour reprendre le pouvoir. Pour regagner la sympathie des français.

J’avoue être très pessimiste pour l’avenir de l’école. Elle est fragile. Si ceux qui y ont dédié leur vie ne la défendent pas, qui le fera ?

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Pourquoi les essais randomisés en double aveugle donnent des résultats biaisés. 7 mai 2020

Par Thierry Klein dans : Covid-19,Politique.
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Tout le monde attaque Raoult du fait de ses méthodes empiriques et observationnelles. Mais cette petite étude a analysé les 10 essais randomisés en double aveugle les plus cités au monde et conclut que leurs résultats sont significativement et systématiquement biaisés. Les erreurs méthodologiques abondent car la méthode est très complexe, parfois impossible à mettre en oeuvre. Les études ne sont pas non plus indépendantes des laboratoires, les personnels participant à l’étude étant souvent payés par les labos.

Le plus honteux est le « biais publicitaire » (à entendre au sens de « biais de publication ») des études (best result bias). Sans doute dans le but d’être publiées, les études ne font preuve que de peu d’esprit critique vis à vis des résultats qu’elles obtiennent, masquent les résultats négatifs, cachent sous le manteau les problèmes méthodologiques.

C’est toute la recherche médicale qui est touchée par ce biais publicitaire, qui est une forme de perversion ou même de négation de la démarche scientifique. J’ai lu des dizaines d’études depuis le début du confinement et malheureusement, je ne peux que confirmer ce point.

Autant dire que les reproches faits aux études de Raoult, qu’ils soient justifiés ou non, sont d’une mauvaise foi ou d’une naïveté absolues (c’est selon).

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Une journée ordinaire (6 mai 2020)

Par Thierry Klein dans : Covid-19,Politique.
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Une déclaration ministérielle qui n’a pas très bien vieilli.

Méfiant depuis leur article délirant sur la pharmaco-cinétique de la chloroquine, je parcours à nouveau le site de Sciences et Avenir… Encore une perle avec cet article judicieusement nommé « Masques et gants, fausse bonne idée contre le coronavirus » qui contient en particulier cette remarque éclairée d’Olivier Véran (celui qui a interdit aux médecins de ville toute prescription de chloroquine / AZT pour soigner le Covid):

«  »Je suis surpris de voir par la fenêtre de mon ministère le nombre de personnes qui sont dans la rue avec des masques (…) alors que cela ne correspond pas à des recommandations »


« Discovery », le nom était mal choisi

Des nouvelles de nos champions du test scientifique-methodologique-tout-bien-comme-il-faut-c-est-promis-juré. « Discovery n’ira sans doute pas au bout » (Le Figaro) parce que le coronavirus sera fini avant qu’ils n’aient pu rassembler assez de patients. Ceux qui critiquaient les études de Marseille n’auront pas su, à grands frais, rassembler les moindres données. Eussent-ils produit des études, aucune conclusion n’aurait pu en être tirée car le traitement testé n’était pas celui de Raoult.

On les tient décidément, nos champions.


L’humour des chercheurs

L’humour dans un papier de recherche, c’est assez rare mais c’est pourtant le cas dans cette analyse critique de l’équipe de l’IHU de Marseille concernant une étude chinoise montrant un net effet positif de l’hydroxychloroquine que j’avais critiquée ici.

La table ci-dessous suggère en gros que si vous faîtes tout bien, au top du top de la méthodologie dite scientifique, vous tuez des milliers de gens. Et que 15 à 20 000 personnes sont mortes en France pour, Mesdames et Messieurs, j’ai nommé : La Preuve Scientifique.

Auparavant, on donnait parfois son corps à la science, aujourd’hui on peut le donner à La Preuve. C’est sans doute un énorme progrès.

Table 1

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Le déconfinement n’aura pas lieu 3 mai 2020

Par Thierry Klein dans : Covid-19,Politique.
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Le « protocole sanitaire » pondu par l’Education nationale pour la reprise des écoles (60 pages !) est le symptôme de la résistance de l’administration à Macron. Cette résistance était sensible dans les déclarations des ministres (Veran, Blanquer) dès le lendemain matin sur les radios. On nous a successivement introduit la notion de déconfinement “progressif” (alors qu’il aurait fallu parler “d’exceptions au cas par cas”), puis de “volontariat des parents” (notion anti-républicaine par excellence, l’école est obligatoire), puis on a entretenu un grand flou sur les dates de reprise – flou qui perdure à ce jour.

Un tel document, évidemment inapplicable car conçu, consciemment ou non, à cette fin, équivaut à un non franc et massif, presqu’à un coup d’état administratif. Les responsabilités et les problèmes sont fourgués aux enseignants, eux mêmes déjà excessivement inquiets et n’ayant pas forcément envie de déconfiner. Il faut pourtant y aller, la situation ne peut plus durer mais j’avoue que la perspective de rouvrir pour simplement permettre aux parents de travailler n’est pas très motivante : l’école est là pour transmettre le savoir, pas pour servir de garderie, même si on la réduit de plus en plus à ce rôle.

Les écoles ont parfois envoyé des messages de rentrée délirants, très pathogènes au parents (voir ci-dessous) que j’analyse encore comme une résistance, le but étant de ne pas reprendre les cours en inquiétant les parents. On ne compte plus sur les réseaux sociaux les messages de peur panique provenant de parents, et encore plus d’enseignants – alors que tout repose sur eux.



L’Etat n’est toujours pas capable de fournir gels et masques alors qu’il y en a dans les supermarchés. Ubu est français: là où on n’en a pas assez, le protocole sanitaire pourrait demander aux parents d’acheter gel et masques car aujourd’hui les écoles ne le feront pas d’elles-mêmes par crainte d’introduire une « rupture d’égalité » – cette rupture d’égalité est aujourd’hui à l’école ce que la rupture de l’espace spatio-temporel est au Doc dans « Retour vers le futur ». Ainsi, des classes qui auraient pu ouvrir à un ou deux élèves près n’ouvriront pas. L’administration de l’EN qui est normalement là pour aider les profs ne fait que les perturber et les noie sous la paperasse peu utile. Aux problèmes normaux de gestion du virus, elle rajoute des problèmes d’organisation, d’approvisionnement et des complexités diverses qui paralysent les profs. Au lieu de leur apporter une aide concrète et pratique, elle leur rend la tâche impossible. Au lieu de reconnaître le risque sanitaire tout en cherchant à le minimiser, elle cherche à éviter tout risque, tâche impossible qui constitue en fait un renoncement et affaiblit le courage des enseignants.

« Le malheur est un bouillon de culture pour faux problèmes. Il suscite des obsessions » Simone Weil

Personne n’a dit officiellement aux enseignants que les enfants ne sont pas visés par la maladie, que faire cours ne les tuera pas. Les enfants sont au pire des vecteurs du virus – et encore ce point n’est-il pas tout à fait certain. 97% des décès sont des personnes à risques ou âgées. En Asie, avec les moyens dont nous disposons enfin, la situation est sous contrôle. Un rebond de type deuxième vague est loin d’être certain en France et s’il a lieu, on pourrait évidemment fermer à nouveau les écoles. Bref, l’intérêt bien compris des enfants est de redémarrer et la mission de l’école, la noblesse du métier de professeur, est d’enseigner.

Cerise sur le gâteau : dans ce document de 60 pages, qui décrit comment laver les salles de classe en permanence avec un luxe délirant de moyens, les masques, mesure clé, ne sont même pas rendus obligatoires (probablement le signe que l’Etat n’est pas certain de les avoir, encore une incapacité flagrante de l’administration, même si c’est celle d’un autre ministère). Et la prise de température à l’école (via un thermomètre infra-rouge à distance) a été jugée inutile ou trop intrusive ! En Asie, on contrôle les écoles en imposant aux élèves les masques, ils sont indispensables dans la lutte contre le virus. Et la prise de température est considérée comme nécessaire (de fait, elle permet à un enfant malade symptomatique de ne pas contaminer ses voisins). Au final, l’administration a réussi l’exploit de concevoir un protocole à la fois délirant, pathogène, mais aussi peu efficace.

Un bon document aurait pu tenir en 5 pages. Il fallait s’appuyer sur les établissements et sur les enseignants mais l’administration en a perdu l’habitude. Leur dire quelque chose comme « Faîtes au mieux, enseignez et vous serez couverts. En cas de difficulté, appelez xxx, on traitera au cas par cas. Pour les masques, nous faisons le maximum pour en avoir, sinon demandez aux parents de s’en procurer et d’être solidaires entre eux. Si vous vous en procurez (il y en a dans les supermarchés), nous vous les rembourserons. »

Pour une simple raison de bon sens politique, il fallait s’appuyer sur les établissements et non sur les mairies. Les maires des grandes villes, tous dans l’opposition, n’auront de cesse de retarder l’ouverture des écoles, de pointer les incohérences du protocole, pour montrer l’incurie du gouvernement.

De l’empathie, du dynamisme, du bon sens et l’école est sauvée !

En lieu et place, après les retard sur le gel, sur les masques, sur les tests, sur l’application StopCovid, c’est le déconfinement qui n’aura pas lieu le 11 mai.

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