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L’esprit perdu de l’article 28 de la loi de 1905 30 septembre 2018

Par Thierry Klein dans : Aliénation, Politique.
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Article 28

« Il est interdit, à l’avenir, d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l’exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions. »

L’article 28 de la loi de 1905 vise évidemment la religion catholique. Le rédacteur de la loi a cependant voulu lui donner une portée plus générale, à savoir que toute religion visible dans l’espace public est susceptible de peser socialement sur les individus, de nuire à leur liberté de conscience ainsi qu’à la séparation du religieux et du politique.

Supprimer les crucifix dans la rue tient, pour les adultes, de la même logique que supprimer les crucifix dans la salle de classe des enfants. Vous ne pouvez pas, en toute rigueur, prouver que le crucifix dans la rue vous influence, cependant, à partir d’un certain degré de présence, la présence du crucifix donne un pouvoir politique à l’Eglise, le vecteur de transmission de cette influence sur les esprits étant à la fois conscient et inconscient. Si les croix sont partout, le curé a du pouvoir.

On aurait pu imaginer que le rédacteur de la loi se montre plus tolérant. Après tout, jusqu’à un certain point, la présence limitée de signes religieux ne pèse pas sur les consciences. Mais dans l’article 28, il n’y pas de notion de seuil de tolérance, de degré. L’Eglise catholique était puissante, partout présente, invasive. Le législateur a, de façon très juste, jugé que l’introduction d’un seuil de tolérance pouvait enlever à cette loi tout sens pratique, face aux bigots qui ne manqueraient pas de tirer parti de toutes les exceptions que la loi leur accorderait. Il a voulu protéger le citoyen totalement, pour toujours.

Pour éviter toute contagion hypothétique, il bannit le signe religieux partout, comme le médecin désinfecte totalement la salle d’opération pour éliminer toutes les bactéries.

L’article 28 est, au sens propre, une mesure de prophylaxie radicale.

L’oubli de la loi de 1905

Il semble tout à fait incroyable, quand on considère la multiplication des affaires actuelles concernant le voile et le burkini, signes religieux présents dans l’espace public, que cette loi ne les ait pas interdits « par avance ». Le voile et le burkini présentent tous les attributs du signe religieux oppresseur :

  • Ils sont extrêmement visibles
  • Ils donnent un pouvoir politique à une religion, l’Islam. La multiplication des voiles permettant aux musulmans intégristes de se compter. En ceci, voiles et, surtout, burkinis ont une fonction très comparable aux uniformes des milices fascistes.
  • Ils se propagent effectivement de façon contagieuse, mimétique, selon la dynamique décrite par Ionesco, dans son « Rhinocéros » ou par Camus, dans “La Peste”. La Mairie de Rennes, négligeant cette dynamique, a stupidement justifié cette semaine l’autorisation du burkini dans ses piscines au prétexte qu’il ne concernerait que 5 nageuses…
  • La pression sociale engendrée par ces accoutrements est évidemment intense. Beaucoup de femmes portent le voile contre leur gré, par contrainte familiale ou culturelle. Beaucoup d’autres le portent sans ordre explicite, comme un « accommodement raisonnable » permettant de passer inaperçue dans un environnement de plus en plus islamisé. Beaucoup d’autres encore le portent par superstition religieuse.

Tout ceci constitue la forme de pression la plus grave que la société peut faire peser sur un individu. C’est ce que le législateur de 1905 avait voulu à tous prix casser.

Et tous les hommes politiques partisans du soi-disant « juste milieu », qui se disent en même temps « certes préoccupés par le problème que pose le voile », mais ajoutent qu’il faut simplement « s’assurer qu’aucune femme ne le porte contre son gré », sont des hypocrites qui renient l’esprit de l’article 28. Dans des quartiers où le trafic de drogue est devenu une activité commerciale comme une autre, qui va s’assurer que telle ou telle femme est voilée ou pas de son plein gré ? Qui relèvera les insultes et les pressions envers les femmes non voilées ?

L’article 28 avait tranché dans le vif, de la seule façon possible, en instaurant l’interdiction absolue du signe religieux public.

Liberté individuelle et article 28

L’argument de la liberté individuelle avait évidemment été posé dès 1905. Le choix fait par l’article 28 est très clair : la liberté du croyant s’arrête dès lors qu’elle fait encourir le moindre risque à la liberté d’autrui, dès lors donc qu’un risque de pression sociale s’exerce sur autrui.

Le raisonnement laïque est le suivant :

  1. La République ne reconnaît aucun culte, ce qui signifie que toute religion est vue comme une superstition tolérée
  2. Cette superstition n’est tolérée que si elle est totalement inoffensive.
  3. La présence du signe religieux dans l’espace public constitue un risque dont le citoyen doit être protégé.

Aujourd’hui, les partisans du voile invoquent de même l’argument de la liberté individuelle (le « droit ») des femmes à le porter – et il n’est pas douteux qu’au moins pour certaines, il s’agisse d’un choix positif.

Mais pour ce qui est du voile, l’article 28 a déjà tranché, au moins dans l’esprit. La liberté individuelle du croyant doit toujours s’effacer face au risque qu’elle entraîne sur la liberté du non croyant. Le « droit individuel » s’efface immédiatement face au devoir collectif qu’a la société envers l’individu : celui de le préserver des effets de l’aliénation ou de la superstition.

A partir du moment où certaines femmes sont obligées, en France, de porter le voile (ce qui est évidemment le cas), à partir du moment où une pression religieuse liée au signe religieux que constitue le voile ou le burkini, s’exerce dans l’espace public, ce signe devrait être interdit. Tel est l’esprit oublié de l’article 28.

Pourquoi l’article 28 ne parle-t-il pas du vêtement ?

En 1905, la religion catholique est dominante. Elle n’impose pas à ses fidèles d’accoutrement. Seuls les membres du clergé portent un uniforme et leur nombre est par nature limité à une infime partie de la population, population fermée par construction et en constante diminution. Les protestants n’ont aucun accoutrement et cela vaut pour leur clergé. Les juifs orthodoxes sont reconnaissables mais infiniment minoritaires et cette religion est par nature fermée aux autres. Personne n’envisage que l’Islam, religion des territoires colonisés, dominés, puisse acquérir en France la moindre puissance.

Le législateur, bien que recherchant la généralité, n’a tout simplement pas pensé à étendre la notion de signe religieux au vêtement. L’eût-il fait, il aurait forcément tranché dans le même sens que l’article 28 et pour les mêmes raisons, en vertu du même principe.

L’erreur de 2010

La loi de 2010 interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public a été, à cet égard, une grave erreur et une hypocrisie. Elle atteint, pour ce qui est de la burka, le but recherché mais le prétexte invoqué est la dissimulation du regard. En vérité, toute le monde sent bien que l’Islam était en cause. Il l’était pour des raisons tout à fait justifiées qui n’avaient rien à voir avec le regard. Il aurait été bien plus cohérent, bien plus dans l’esprit de la laïcité, d’invoquer l’esprit de l’article 28 et d’étendre cet article.

L’utilisation d’un prétexte et d’un mauvais principe de droit a eu une double conséquence : beaucoup de musulmans se sont sentis stigmatisés, totalement à tort puisqu’on a vu que l’Islam passe en fait, pour des raisons historiques, « entre les gouttes » de la loi de 1905. Surtout, l’esprit politique et religieux de l’Islam intégriste consistant à tirer, avec un grand talent, toutes les conséquences des incohérences des démocraties occidentales, on voit, on verra sans cesse, apparaître de multiples tentatives pour augmenter la pression de l’Islam dans l’espace public. L’extension du port du voile, le burkini, font partie de ces tentatives d’occupation de l’espace et on ne peut évidemment ni les interdire, ni les limiter dans le cadre de la loi de 2010.

En finir avec la rhétorique de l’aliénation

Les féministes « universalistes » tentent actuellement de limiter le port du voile en invoquant l’aliénation patriarcale des femmes qui le portent.

Cet argument me paraît non pas nécessairement faux mais peu puissant. Beaucoup de musulmanes portent le voile de façon tout à fait volontaire et, invoquant leur droit individuel à le porter, renvoient à ces féministes une autre aliénation qui est, grosso modo, la soumission aux normes occidentales, elles-mêmes considérées comme culturellement arbitraires. Dans ce combat, je suis évidemment infiniment plus proche des féministes universalistes, qui se placent dans le sillage de la gauche émancipatrice, de Voltaire à Jaurès, que des féministes dites indigénistes ou racialistes, qui alimentent un courant d’inspiration totalitaire, sectaire et fasciste. Mais l’argument de l’aliénation a toujours un côté totalitaire et dangereux. Il présuppose la supériorité de la personne qui l’énonce, il ne peut être réfuté et il peut être retourné à l’infini puisque la personne censée subir l’aliénation la subit de façon inconsciente. L’argument de l’aliénation est, par nature, un procès stalinien affaibli. On ne devrait l’utiliser qu’avec une extrême précaution.

Pour obtenir gain de cause, il me paraît beaucoup plus simple, beaucoup plus élégant, beaucoup plus convaincant d’invoquer l’esprit oublié de l’article 28. Ce n’est pas au nom du féminisme qu’il faut interdire voile et burkini, mais au nom de la laïcité universelle, elle-même ayant pour but de nous protéger du “gros animal” de Platon.

Un tel argument a en outre l’avantage de pouvoir unir politiquement tous les opposants à la prise de puissance politique de l’Islam, ou de quelque religion que ce soit, sur des bases saines.

De quelle façon pourrait-on donc étendre cet article ?

On pourrait évidemment interdire, de façon prophylactique, la présence de tout signe religieux dans l’espace public. Même si beaucoup de catholiques en seraient ulcérés, la situation à laquelle on arriverait serait alors infiniment meilleure que la situation actuelle.

De façon sans doute plus raisonnable, mais aussi efficace, trois critères devraient être pris en compte concernant le signe religieux dans l’espace public sous forme de vêtement :

  • Son caractère ostentatoire (une croix cachée sous un pull a moins d’impact qu’une burka)
  • La fréquence de sa présence (la robe Krishna a moins d’impact que le voile, car très peu de gens la portent)
  • La contrainte potentiellement imposée sur les personnes (dans le cas de la robe de la religieuse catholique, il n’y a évidemment aucune contrainte. Pour ce qui est du voile, le voilement même des petites filles, qui ne peuvent évidemment rien refuser aux parents, constitue une contrainte manifeste, sans parler des insultes qu’encourent actuellement en banlieue les femmes non voilées).

Des vêtements masculins ostentatoires pourraient évidemment être interdits dans le cadre de cette loi. Face à l’oppression religieuse, les hommes sont des femmes comme les autres. Le combat contre le voile est universel.

Ces critères peuvent évidemment varier dans le temps et un texte pourrait fixer le principe général de l’interdiction, en laissant au juge une certaine liberté d’appréciation.

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Le Wallon ivre 8 juillet 2018

Par Thierry Klein dans : Non classé.
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(Scènes de liesse à la frontière franco-belge, où j’habite, le soir de Belgique- Brésil)

C’est un trou de verdure où chante un supporter
Accrochant follement des drapeaux aux maisons
De brique. Ici, jamais de coupe du monde sans bière
Pils : c’est un tout petit village franco-wallon !

Un jeune lycéen, bouche ouverte, tête nue,
Le corps emmitouflé dans un frais maillot bleu,
Beugle. Il hurle comme un fou, courant dans la rue,
Regardant son smartphone à la lumière bleue.

Pissant sur les maïs, il court. Titubant comme
Titube tout mec bourré. Ce n’est pas Wimbledon
Qui l’intéresse. Nature, aide-le, il a soif !

Il ne regarde pas Tatiana Golovin.
Les klaxons, il s’en moque. La main sur la poitrine,
Il chante. Il a deux traits rouge et noir sous l’œil droit.

(Allez relire l’original, parce qu’on ne saurait mieux écrire.)

france-belgique

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“Au Collège des Bernardins, je vous ai compris” 15 avril 2018

Par Thierry Klein dans : Politique.
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Il y a eu une telle levée de boucliers « laïques » contre ce discours que j’aimerais y apporter mes commentaires – dans la mesure où je n’ai pas pu trouver ces idées ailleurs. Pour moi, qui suis un laïc « strict » (puisque malheureusement on doit aujourd’hui préciser le côté “strict”), le discours de Macron aux Bernardins non seulement n’est en rien une entorse à la laïcité mais la renforce.

Mais on ne peut le comprendre que si on comprend ce qui sous-tend sa vision : la différence de fond entre l’Eglise catholique, pouvoir temporel issu des dérives de l’Empire Romain et les chrétiens eux-mêmes. L’Eglise, en tant qu’Institution, tout en prétendant s’inspirer des Évangiles, n’y a pas compris grand chose pendant des centaines d’années. l’Inquisition, par exemple, n’est pas présente dans les Évangiles. Il faut différencier la façon dont les hommes tentent de mettre en œuvre un message et le message. De même, le Goulag russe n’est pas une démonstration contre le marxisme, etc.

Quand Macron s’adresse à l’Eglise catholique, il la garde à la place que la République lui a assignée : loin du pouvoir temporel. Quand il s’adresse aux chrétiens, il leur demande de se mettre au service de la France, non pas en tant que membres de l’Eglise, mais en tant que citoyens pris chacun individuellement.

Je précise que je ne suis ni de religion chrétienne ni croyant. Il y a grosso modo aujourd’hui trois catégories de laïcs : des laïcs « stricts » qui n’ont rien contre les personnes croyantes a priori (j’en fais partie), des laïcs dits “accommodants” qui pour moi n’ont plus rien à voir avec la laïcité (contre lesquels je lutte), des laïcs stricts, bouffeurs de curé, avec lesquels je n’ai rien en commun. Ces bouffeurs de curé arrivent souvent aux mêmes conclusions que moi, mais c’est presque par hasard et ça ne compte pas vraiment, si on considère qu’il n’y a que le raisonnement qui compte.

Le principe de laïcité réaffirmé : “Vous comme moi, nous savons que la voix de l’Eglise ne peut être injonctive”

S’il y avait une phrase, une seule, à retenir de ce discours, c’est celle-ci :

« Vous comme moi, nous savons que la voix de l’Eglise ne peut être injonctive ».

Petite explication de texte : l’utilisation du terme « injonctive » définit exactement la place de l’Eglise telle qu’elle lui a été attribuée par le principe de laïcité. « Vous comme moi, nous savons… » : « Vous » (L’Eglise) car il vous a été demandé de « rendre à César ce qui appartient à César » et que cette citation de Jésus est une des sources de la laïcité française. Et « moi » (Macron), Président de la République à qui, donc, la laïcité républicaine s’impose nécessairement. Même si cela paraît paradoxal, la laïcité est bien une idée chrétienne que nous, français, avons dû imposer à l’Eglise catholique. L’Eglise catholique, en s’opposant à la laïcité a commis une erreur historique et surtout n’a pas su interpréter ses propres textes fondateurs. (D’autres textes évangéliques esquissent par ailleurs la séparation temporel / intemporel, par exemple l’opposition permanente entre « le Père » et « les puissances du monde »). A tel point qu’on peut certainement considérer sérieusement l’idée que l’émergence “miraculeuse” de ce courant philosophique justement en occident chrétien, justement en France, n’est pas un hasard mais une conséquence de la “Révélation” chrétienne.

Le lien abîmé : « nous partageons confusément le sentiment que le lien entre l’Eglise et l’Etat s’est abîmé, et qu’il nous importe à vous comme à moi de le réparer »

Les “athées” de la Révolution et ceux qui ont suivi sont imbibés de christianisme jusqu’à la moelle pour la plupart. Ils haïssent l’Eglise, certes, mais l’Eglise avait commis de nombreux abus et ce qui leur fait haïr ces abus, c’est peut-être justement la part de l’influence du christianisme en eux. (”athée” entre guillemets car évidemment, aussi de nombreux croyants chez les révolutionnaires). A un certain moment, finalement, être chrétien sincère, cela signifiait forcément s’opposer – avec force - à l’Eglise et beaucoup d’athées partagent avec les chrétiens le même esprit de Justice, qui imbibe toute notre société. Comme Mr Jourdain fait de la prose, ils font du christianisme en le rejetant, et sans le savoir. Voilà pour les crimes de l’Eglise, qu’il vous convient de réparer. D’un autre côté (et en même temps !), des abus ont été commis du côté de l’Etat même (spoliations, assassinats et persécutions de prêtres). Et ces crimes, c’est à l’Etat français, à moi, de les réparer aujourd’hui. Quand il dit donc qu’un lien a été cassé entre l’Eglise et l’Etat, Macron ne parle pas nécessairement d’un lien institutionnel ou juridique. Il parle d’une situation historique, où les torts sont partagés.

Sur le rôle des chrétiens et des croyances dans la société

On a reproché à Macron de flatter les catholiques et de ne s’adresser qu’à eux, de ne louer qu’eux. Ce reproche est évidemment injuste. Macron s’est adressé aux juifs, aux protestants, en des termes à peu près similaires (tradition républicaine d’ailleurs). Il pourrait s’adresser aussi bien d’ailleurs à des associations non cultuelles telles que les francs-maçons. Il a appelé à l’engagement tous les jeunes. Tout ceci n’est pas forcément de la basse politique ou de la flatterie clientéliste. Le rôle du Président est de rassembler les énergies et de les mettre au service d’une « certaine idée de la France ». Qu’il s’adresse à chaque association de façon indépendante ne constitue pas un communautarisme, mais plutôt une spécialisation, une segmentation d’un discours politique universel et qui prône l’engagement.

Sur le nécessaire comportement d’un citoyen chrétien au quotidien

Macron appelle les chrétiens à s’engager en tant qu’ils sont citoyens, il n’appelle pas l’Eglise à prendre plus de pouvoir. Le principe républicain ne fait pas fi des croyances. Il est écrit simplement que “la République ne reconnaît aucun culte”, c’est très différent. Ensuite, dans notre vie privée, professionnelle, tout ce que nous faisons est nécessairement influencé, infusé, par nos croyances (pas forcément religieuses, la vision qu’on a de l’homme est aussi une croyance. La laïcité n’a de sens que si on croit en l’Homme, comme Zola, et Buisson, à juste titre, parlait de « foi laïque »). Laïcs, athées, agnostiques, religieux, nos croyances dictent nécessairement notre comportement éthique. Vouloir enlever ceci aux chrétiens, dans la mesure évidemment où leurs croyances sont compatibles avec nos lois, c’est une vision liberticide et totalitaire des choses. Tout ceci est une évidence mais il faut le rappeler car beaucoup de laïcs stricts ont été choqués que Macron rappelle le rôle de la croyance dans le comportement de tout chrétien. Rappeler ceci, ce n’est pas une atteinte à la laïcité, ce n’est pas avoir avalé l’eau des burettes, c’est simplement reconnaître que l’Homme est un animal métaphysique.

Il faut réfléchir au comportement d’un croyant fonctionnaire, par exemple d’un juge chrétien, pour comprendre ce que veut dire Macron. Si les lois françaises, s’opposent à la vision qu’a le juge chrétien des lois de Dieu, il ne peut y avoir de juge chrétien stricto sensu, car tout croyant sincère, et c’est normal, et cela ne peut être autrement, doit faire passer les lois de Dieu avant celles des hommes. S’il y a donc des juges chrétiens, c’est que la vision de la Justice au sens des évangiles et au sens de la République sont absolument compatibles (1). Le juge chrétien jugera donc au nom de Dieu (par principe) et au nom du peuple français (raisonnement de droit), mais

« Ces dimensions en réalité sont tellement entrelacées qu’il est impossible de les démêler » [Macron, à propos du gendarme Beltrame]

L’Eglise catholique, les islamistes, ont-ils compris ce discours ?

On a vu des représentants officiels de l’Eglise catholique se féliciter de ce discours, ainsi que diverses associations de l’Islam communautariste et de l’islamisme. A mon avis, ils ont eu tort de se réjouir car la puissance de “la voix non injonctive” est terrible. Si les islamistes acceptent de reconnaître que la voix de l’islam est non injonctive, eh bien, c’est parfait !

La réalité, c’est qu’après un tel discours, Macron garde les mains libres. Laïcité stricte ou accommodante (qui est en réalité une sortie de la laïcité), il est toujours impossible de dire quel parti Macron va prendre. Ce discours, et les réactions qui ont suivi, pourrait bien être l’équivalent Macronien du “Je vous ai compris”. - où justement personne n’avait compris !


(1) Raphaël Enthoven, dans le fin mot de l’info cette semaine: “la laïcité, c’est la reconnaissance qu’il y a plusieurs vérités”. Je pense plutôt que le concept ne fonctionne que parce qu’il n’y a qu’une seule vérité, un seul esprit de justice. La laïcité fait passer le reste (Dieu, etc.) au second plan.

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Laurence de Cock et Riposte Laïque: même combat 11 février 2018

Par Thierry Klein dans : Politique.
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Je résume.

Episode 1 :  Laurence de Cock (LDC), enseignante un peu frappadingue à mon avis, qui se signale par une grosse présence et des messages très agressifs sur Twitter, tourne une vidéo YouTube sans avoir visiblement bien conscience que cette vidéo la ridiculise elle-même tant tout y est étriqué : le point de vue, le style, le ton ampoulé, sans parler du tic exaspérant de LDC pour remettre en place ses lunettes. La vidéo « Vade Retro Sarrasinas  Que s’est-il passé à Poitiers ?» est une sorte de tentative de déconstruction du « mythe national » qui serait enseigné aux écoliers français. L’objectif est de démontrer que la phrase « Charles Martel a arrêté les arabes à Poitiers » est excessive et LDC consacre 10 minutes lourdingues à nous « démontrer », grimaces à l’appui, que 1) ça s’est passé près de Poitiers et non pas à Poitiers, 2) des éléments de politique intérieure (entre le prince Eudes et Charles Martel) doivent être pris en compte et 3) il n’y avait pas réellement invasion arabe, on peut tout au plus parler d’incursion. L’avenir de la chrétienté n’était nullement en cause et donc le slogan retenu n’est qu’un message mythique, “inventé par la 3ème République”, “favorisant les thèmes d’extrême droite” (7mn55s).

Episode 2 : Riposte laïque, une association qui l’air de se sentir visée dès qu’on parle d’extrême droite, monte au créneau, dénonce Laurence de Cock et demande son renvoi de l’Education Nationale (ça ne coûte rien d’essayer).

Episode 3 : Laurence de Cock et toute la mouvance auto-intitulée « anti-fachosphère » (1) dénoncent les attaques « gravissimes », « inqualifiables », “brunes” qui rappellent « les pires heures de notre histoire », etc.
Je vous prie de le croire, les tweets sont martiaux et personne ne se laissera impressionner ! Très grand frisson et no pasaran ! Tous, droite et gauche, en appellent évidemment à Jean-Michel Blanquer, qui devra déployer des trésors d’habileté pour se sortir de ce merdier.

Une thèse commune à LDC et Riposte Laïque : l’hérédité du mérite

LDC et Riposte Laïque sont d’accord sur au moins un point. Il serait très important de déterminer, aujourd’hui, si Charles Martel a réellement arrêté les arabes à Poitiers. Pour Riposte Laïque, il y va sans doute de notre « fierté nationale » et la performance de Charles Martel honorerait alors tous les français ici et maintenant (surtout s’ils sont, semble-t-il, blancs et de souche). Cette vision d’un mérite « héréditaire » est évidemment absurde pour un grand nombre de raisons que je ne vais pas détailler ici.

Mais ce qui est étrange, c’est que LDC adopte elle aussi, de fait, cette vision. Son point de vue est destiné à éviter l’humiliation aux musulmans d’aujourd’hui (vus comme les héritiers des arabes d’hier). Pour éviter cette humiliation ou tout amalgame, il convient de dire que les arabes d’hier n’avaient pas de volonté de « grand remplacement » (terme employé par LDC dans sa vidéo) et qu’il s’agissait non pas d’une conquête mais d’une simple « incursion ». Ce qui se cache en creux derrière cette tentative de démonstration, c’est que LDC pense qu’il est important de déterminer les motivations des arabes d’hier pour démonter les arguments de l’extrême-droite face aux arabes d’aujourd’hui. Là aussi, cette possibilité de transmission héréditaire d’une (soi-disant) culpabilité arabe est d’une rare bêtise – le problème, c’est que LDC, comme Riposte Laïque sans doute, y croit. Sinon, elle ne dépenserait pas autant de temps à réaliser ses vidéos.

Et donc, on a le paradoxe suivant :

Dans le pays qui a aboli les privilèges héréditaires, qui a réduit en ridicule la notion de « mérite hérité » depuis Beaumarchais (dont Bourdieu est un des héritiers), extrême-gauche et extrême-droite se rejoignent en ceci qu’ils croient tout deux que le mérite, ou l’humiliation, sont de fait transmis à travers les générations. Au lieu de prendre la distance nécessaire, ils rejouent, finalement, la bataille de Poitiers (en y introduisant un zeste de 2ème guerre mondiale).

Que vaut la thèse historique de Laurence de Cock ?

Déconstruire une thèse simpliste « Charles Martel arrête les arabes à Poitiers » n’a de sens que si on la remplace par une thèse plus éclairante. En l’occurrence, pour LDC, « Charles Martel n’a pas arrêté les arabes à Poitiers, car les arabes ne voulaient pas envahir l’Europe, ils étaient dans une logique d’intrusion » et « le Prince Eudes a été effacé des tablettes pour des raisons de propagande politique ».  A l’appui de cette thèse, LDC cite un bouquin français où elle a “tout pompé” (sic !) : le « Charles Martel » édité par Libertalia (dont l’auteur, non lisible dans la vidéo, a semble-t-il très peu d’importance pour LDC).

Qu’en est-il réellement ? J’ai repris un de mes livres de chevet, l’Histoire du déclin et de la chute de l’empire romain, de Gibbon, qui parle au chapitre 52, des invasions arabes (2).

Je rappelle que Gibbon est un anglais, qui n’a que faire du soi-disant roman national français. C’est un des plus grands historiens de tous les temps et ses nombreuses sources sont précisées dans le texte lui-même, à chaque page. Sa position vaut donc bien, pour moi, celle de Laurence de Cock ou de Libertalia. Je cite simplement quelques passages de ce livre. Qu’apprend-on ?

  • le sud de la France était déjà occupé de façon permanente par les arabes (rappelons que les conquêtes espagnoles étaient toutes récentes, début des années 700 et que les arabes sont restés des centaines d’années en Espagne. On ne peut donc parler d’incursion).

« Les vignobles de la Gascogne et des environs de Bordeaux devinrent la possession du souverain de Damas et de Samarcande, et le midi de la France, depuis l’embouchure de la Garonne jusqu’à celle du Rhône, adopta les mœurs et la religion de l’Arabie. »

 

  • Sur les ambitions du chef arabe Abderame, qu’évoque LDC

« Ce vieux et intrépide général destinait au joug du prophète le reste de la France et de l’Europe ; et, se croyant certain de vaincre tous les obstacles que lui pourraient opposer la nature ou les hommes, il se disposa, à l’aide d’une armée formidable, à exécuter l’arrêt qu’il avait porté ; »

 

  • Sur les victoires initiales d’Abderame

Abderame passa le Rhône sans perdre de temps, et mit le siége devant Arles. Une armée de chrétiens voulut secourir cette ville ; on voyait encore au treizième siècle les tombeaux de leurs chefs, et le fleuve rapide entraîna dans la Méditerranée des milliers de leurs cadavres. Abderame n’eut pas moins de succès du côté de l’Océan. Il traversa sans opposition la Garonne et la Dordogne, qui réunissent leurs eaux dans le golfe de Bordeaux ; mais il trouva au-delà de ces rivières le camp de l’intrépide Eudes qui avait formé une seconde armée, et qui essuya une seconde défaite si fatale aux chrétiens, que, de leur aveu, Dieu seul pouvait compter le nombre des morts…


[A noter que Gibbon relate la création du "mythe" national, sans en faire tout un plat, lui]
La tradition a conservé longtemps le souvenir de ces ravages, car Abderame n’épargnait ni le pays ni les habitans ; et l’invasion de la France par les Maures et les musulmans, a donné lieu à ces fables, dont les romans de chevalerie ont dénaturé les faits d’une manière si bizarre

 

  • Sur les conséquences, enfin, de la victoire de Charles Martel

Les Sarrasins s’étaient avancés en triomphe l’espace de plus d’un millier de milles, depuis le rocher de Gibraltar jusqu’aux bords de la Loire ; encore autant, et ils seraient arrivés aux confins de la Pologne et aux montagnes de l’Écosse: le passage du Rhin n’est pas plus difficile que celui du Nil et de l’Euphrate, et d’un autre côté la flotte arabe aurait pu pénétrer dans la Tamise sans livrer un combat naval.

Les écoles d’Oxford expliqueraient peut-être aujourd’hui le Koran, et du haut de ses chaires on démontrerait à un peuple circoncis la sainteté et la vérité de la révélation de Mahomet.

Et donc, la thèse de Laurence de Cock n’est en rien plus éclairante que le message donné aux écoliers français depuis longtemps. Elle complique inutilement la réalité et surtout la travestit, à des fins idéologiques que Laurence de Cock, “historienne”, ne perçoit probablement même pas consciemment.

Ce qu’il faut enseigner aux enfants, avant tout, c’est bien que Charles Martel a arrêté les arabes à Poitiers.

 


(1) En vrac et dans le désordre, Daniel Scheidermann, Michel Lussault, Philippe Watrelot, etc.
(2)  texte complet en ligne, à partir de https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Gibbon_-_Histoire_de_la_d%C3%A9cadence_et_de_la_chute_de_l%27Empire_romain,_traduction_Guizot,_tome_10.djvu/360 jusqu’à https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Gibbon_-_Histoire_de_la_d%C3%A9cadence_et_de_la_chute_de_l%27Empire_romain,_traduction_Guizot,_tome_10.djvu/380)

 

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Ce que Winnicott nous dit sur les cahiers antisémites de Céline 23 janvier 2018

Par Thierry Klein dans : Politique.
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Que peuvent donc craindre ceux qui souhaitent interdire la publication des cahiers antisémites de Céline ?

Soit ces cahiers disent essentiellement la vérité et prouvent le bien-fondé de l’antisémitisme (ou contiennent des arguments valables qui vont en ce sens). Dans ce cas, même si c’est malheureux, il faudrait publier ces cahiers au nom de la vérité.

Mais ceux-qui ont fait interdire leur publication ne sont pas, dans leur immense majorité, antisémites. On ne peut donc retenir cet argument.

Soit ces cahiers contiennent des arguments faux, mais convaincants et on cherche alors à les interdire pour que des personnes non déjà antisémites, lisant les cahiers, ne le deviennent. Ces lecteurs hypothétiques ne sont évidemment pas les mêmes que ceux qui demandent l’interdiction – ceux qui demandent l’interdiction sont bien convaincus d’être protégés contre tout antisémitisme. Ils demandent donc cette censure au nom de lecteurs moins intelligents, moins éduqués ou moins lucides qu’eux-mêmes, qui pourraient être convaincus par les arguments de Céline.

Les cahiers de Céline propageraient l’antisémitisme de façon tellement radicale, violente, rapide qu’il faudrait alors les interdire de crainte que la société ne s’effondre à nouveau. Mais ces cahiers seront évidemment extrêmement peu lus. Quelle est donc l’origine de cette peur panique de les voir publiés ?

Le grand psychanalyste Winnicott décrit la crainte de l’effondrement comme la crainte d’une catastrophe déjà arrivée. La réaction de défense du patient - la névrose ou la psychose – n’a pas d’autre objectif que de cacher la réalité suivante : dans le passé du patient, l’effondrement tant redouté a déjà eu lieu. Le patient vit la même situation que les héros de l’Enfer de Sartre : Il redoute l’enfer alors qu’il y vit ; ce faisant, il vit un enfer sans avoir le moins du monde conscience d’y être. Et le travail thérapeutique du médecin vise grosso modo à lui faire comprendre alors que « le malheur, c’est maintenant ! » (vaste programme).

L’antisémitisme, c’est maintenant

Que redoutent donc les partisans de la censure ? Il est facile de le voir. La réalité, c’est que l’antisémitisme est déjà de retour. Non pas sous sa forme historique, Célinienne, Maurrassienne, mais réimporté et puissamment renouvelé en France via l’immigration qui a débuté dans les années 60. Les mêmes qui crient au scandale à propos des cahiers de Céline détournent pudiquement les yeux quand il s’agit d’antisémitisme arabo-musulman. S’ils crient si fort au scandale, c’est JUSTEMENT parce qu’il ne faut pas regarder cette vérité en face. Les pauvres, on pourrait les traiter d’islamophobes. Couvrez donc cet antisémitisme que je ne saurais voir.

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Vos photos sont des clichés 12 septembre 2017

Par Thierry Klein dans : Non classé.
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Un programme récent a permis à 2 ingénieurs de Stanford de prédire l’homosexualité ou l’hétérosexualité de personnes à partir de simples photos avec une probabilité de 81%.

L’étude ne permet en rien, comme le prétend l’article du Figaro, d’appuyer la théorie biologique de l’homosexualité car les photos représentaient des adultes et on est, au moins en partie, “responsable de son visage”. Les expressions du visage, à l’âge adulte, ont évidemment aussi une part d’acquis et on ne sait pas - c’est le principe des réseaux de neurones - ce qui a “influencé” l’algorithme. Pour commencer à valider l’hypothèse biologique, il faudrait passer des photos de bébés et attendre une trentaine d’années ! Ou chercher à prédire l’orientation sexuelle en fonction de l’ADN des personnes.

En revanche, l’étude montre qu’il peut y avoir intuition sans discrimination. Les humains à qui on présente les photos reconnaissent aussi homosexuels et hétérosexuels, à hauteur de 61% environ. Eux aussi auraient du mal à expliquer pourquoi puisque notre cerveau étant une machine qui fonctionne comme un réseau de neurones, on ne sait pas pourquoi on pense ce qu’on pense. Mais si on sort du cadre de l’orientation sexuelle, ce que montre l’étude, c’est que vos impressions lors d’un entretien d’embauche, par exemple, sympathie / antipathie, confiance, etc. ne sont peut être pas arbitraires, même si vous êtes incapable de les étayer. Elles peuvent reposer sur des signes tangibles que votre cerveau analyse de façon inconsciente. Elles se révèlent souvent à vous sous forme de sentiments ou d’impressions mais votre “coeur”, finalement, est bien intelligent.

Il y a quelques mois, un usager de Facebook a été obligé de faire son “coming-out” parce que ses amis et la famille qui consultaient sa page voyaient apparaître des pubs pour des produits utilisés avant tout par les homosexuels. L’algorithme n’avait pas cherché à connaître son orientation, mais la connaissait quand même par corrélation, à partir de ses habitudes en ligne, des pages qu’il consultait, des produits qu’il achetait, etc.

Encore cet usager était il au courant de son orientation sexuelle. Mais on peut tout à fait imaginer un homosexuel refoulé à qui l’algorithme révélerait son orientation inconsciente. Cela pourrait être un peu embêtant si la personne est mariée - ou prêtre. Les habitudes en ligne, les lapsus qu’on réalise sur le clavier, le rythme de frappe des touches, etc. constituent des données beaucoup plus puissantes et révélatrices que la simple analyse des photos. Et on peut développer des algorithmes bien moins sommaires que celui employé par les chercheurs de Stanford (qui ont simplement analysé le côté féminin ou masculin du visage, quel stéréotype honteux !).

Tout ceci se passera, c’est évident. L’algorithme ne connaît pas le concept de conscient ou d’inconscient, il n’en a pas besoin, il fonctionne.

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Quand le « respect » s’oppose à la laïcité : l’interview de Jean-Michel Blanquer à ONPC. 7 septembre 2017

Par Thierry Klein dans : Politique.
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Selon moi, Jean-Michel Blanquer a effectué une excellente prestation samedi soir à ONPC. Mais je voudrais revenir sur une de ses déclarations, passée à tort à peu près inaperçue. Il a dit très exactement ceci :

« Les élèves doivent apprendre à lire, écrire, compter et respecter »

Cette formule, évidemment préparée, était destinée à mettre en valeur toute l’importance que Blanquer accorde au « respect ».

Mais, alors qu’on peut sans problème évaluer le niveau de lecture, d’orthographe, de calcul d’un élève, on ne peut jamais vraiment évaluer son niveau de “respect”. On ne peut évaluer que le respect que montre l’élève, où la façon dont il parle du respect, on ne peut pas évaluer si celui-ci respecte réellement, dans son for intérieur, son prochain.

Apprendre et surtout évaluer le « respect » enseigné à l’élève à l’école tient donc du paradoxal. L’élève doit, pour recevoir une bonne note, imaginer ce que le professeur attend de lui et le lui restituer. Autrement dit, il doit agir en parfait hypocrite, ce qui veut dire qu’il ne respecte pas le professeur et sans doute aussi qu’il ne se respecte pas lui-même. Les meilleurs acteurs sont récompensés, pas les élèves les plus sincèrement respectueux. On demande en fait aux élèves d’être Tartuffe et cette demande paradoxale est la conséquence d’un penser politiquement correct.

Ainsi, en voulant sans doute donner des gages aux conservateurs, Jean-Michel Blanquer fait la même erreur que les bien-pensants gauchistes ou pédagogistes, qui, depuis trente ans ont cherché à inculquer aux élèves des valeurs, des façons d’être, plutôt que de transmettre du savoir. Ce que produit ce genre d’attitude convenue, c’est du politiquement correct dans le meilleur des cas, de l’hypocrisie ou de la névrose dans les cas les plus avancés.

Je rappelle les mots de Ferdinand Buisson sur le sujet, parce qu’on ne saurait mieux dire :

« Sous tous les régimes, la tentation des gouvernants est la même : interdire l’enseignement des “mauvaises doctrines” [ou forcer l’enseignement des « bonnes », en l’occurrence ici du fameux « respect »].

Si nous en revenons à cette notion surannée de l’Etat faisant la police des intelligences, nous verrons, suivant le vent qui soufflera, refuser le diplôme aujourd’hui à un professeur, homme ou femme, qu’on jugera trop catholique, demain à un autre qui semblera trop socialiste, à tel comme réactionnaire, à tel autre comme révolutionnaire.

Et au bout du compte, tout ce qu’on aura réussi à tuer, sans retour, ce sera l’enseignement lui-même.

Il n’y a plus ni enseignement ni éducation là où il n’y a plus la liberté de la pensée et la sécurité de la parole.

Qui n’est pas un homme libre n’est pas un éducateur. Credo d’église ou credo d’Etat, c’est également la mort de l’esprit. »

De quoi le terme « respect » employé par Jean-Marie Blanquer est-il le nom ?

Le terme « respect », de nos jours, est employé à chaque fois qu’il faut masquer la contradiction entre principe et réalité. François Hollande a expulsé Leonarda en passant son temps à faire savoir qu’il la respectait. Les salariés de Florange “devaient” être licenciés mais ils auront été (ça leur fait une belle jambe !) « écoutés et respectés » par le Ministre. On reproche à Emmanuel Macron de traiter des ouvrières d’illettrées au nom du « respect » qui leur est dû, ce qui évite d’essayer de comprendre comment cette situation peut se produire dans une société où l’école est obligatoire. Dans la « négociation » qui vient d’avoir lieu sur la loi travail, on a jugé que les syndicats étaient « respectés » parce qu’ils avaient été invités à des réunions où on les a simplement écoutés sans tenir en rien compte de leur avis. (Et il semble que certains s’en contentent !). Le terme « respect », en l’espèce, signifie qu’il n’y a eu absolument aucune négociation.

C’est bien simple, mes amis me reconnaissent, de façon constante, un naturel affable et doux. Mais si je m’écoutais, et si ça ne me rappelait pas de trop mauvais souvenirs, à chaque fois que j’entends le mot « respect », je sortirais mon revolver.

Respect, libéralisme et laïcité

Quand Yann Moix a demandé à Jean-Michel Blanquer quelles mesures il allait prendre pour éviter les dérives islamistes dans les lycées de banlieue (suite au livre d’un principal de collège marseillais), le Ministre a benoîtement répondu que toutes les mesures étaient déjà prises, que l’état d’esprit avait changé et qu’il suffirait maintenant de traiter les dérives éventuelles via les voies hiérarchiques habituelles, au niveau local.

Peut-être Jean-Marie Blanquer veut-il montrer ainsi l’importance qu’il accorde à l’autonomie de l’établissement, qui semble être un de ses dadas. Mais ici, laisser les choses se faire « librement » ou plutôt « libéralement » est nocif. Le rapport de force pour lutter contre ces dérives est profondément défavorable au professeur et à l’établissement. L’enseignant qui a des problèmes pour enseigner la Shoah ou Darwin hésitera comme avant à signaler ceci à son administration qui, si elle n’est pas toujours complice, regarde souvent lâchement ailleurs. Elle a permis que les élèves juifs disparaissent des collèges publics dans des départements entiers et ce n’est pas le nouvel état d’esprit de Jean-Michel Blanquer qui va permettre leur « réintroduction ».

On voit bien que pour lutter contre l’islamisme dans les écoles, il faut l’intervention marquée, rapide du pouvoir central, seul capable d’inverser ce rapport de force. Au minimum, il faut créer un canal permettant de signaler les situations, par exemple un numéro vert national, peut-être même un bureau placé directement sous la responsabilité du Ministre qui permette d’assurer que l’administration locale n’évite de détourner le regard afin de soutenir, de façon forte, le professeur.

Mais comme rien de tout ceci ne va se passer, les attaques à la laïcité vont continuer à prospérer. L’administration locale invoquera justement, comme elle le fait d’habitude, le « respect » d’autrui, de sa religion, de sa culture ou d’autres notions obscurantistes complètement fumeuses (au pays de Pasteur, aujourd’hui, on ne dissèque plus les grenouilles à l’école au nom du « respect du vivant »).

Ce que masque l’emploi du mot « respect » chez Blanquer, c’est la fin de la laïcité et le triomphe d’un certain obscurantisme.

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“Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement” 7 juillet 2017

Par Thierry Klein dans : Politique.
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Ce qui est aussi à retenir, c’est que Simone Veil s’est adressée aux hommes, a su, dans le pays et à l’Assemblée, émouvoir les hommes, qui ont soutenu et voté sa loi. Le message de Simone Veil n’est pas, à proprement parler, féministe. Son succès réside non pas dans la confrontation, mais dans la mise en évidence des liens universels qui rassemblent la communauté humaine, hommes et femmes.

“I have a dream that one day on the red hills of Georgia the sons of former slaves and the sons of former slave owners will be able to sit down together at the table of brotherhood”

Martin Luther King s’est adressé aux petits blancs du Sud. Il a réaffirmé l’attachement des noirs à leur nation commune, leur rôle historique, avec les blancs, dans le développement du pays. Il n’appelle pas à la vengeance, mais met en évidence les contributions des uns et des autres à la communauté, qu’il rassemble ainsi.

Idem évidemment pour Mandela en Afrique du Sud. Dans ces trois cas, les messages sont universels et un progrès pacifique en découle. Il faut absolument prendre conscience de ceci: Fanon, les indigénistes, et d’une façon générale les communautaristes, n’ont jamais obtenu de tels résultats politiques.

Au contraire, ils séparent et c’est la guerre qu’ils engendrent.

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Lettre aux nouveaux racistes qui se croient anti-colonialistes ou anti-racistes 25 juin 2017

Par Thierry Klein dans : Aliénation, Politique.
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La France n’est pas une personne, la France est un pays. Les citoyens que vous condamnez aujourd’hui ne sont pas ceux qui ont fait le colonialisme, l’esclavage, etc.

Un grand nombre, sans doute la plupart, essaient sincèrement de faire en sorte que cet état de choses ne puisse plus arriver.

La France a complètement, totalement pardonné les deux premières guerres mondiales à l’Allemagne en 1958 et c’est peut-être l’acte le plus grand qu’elle ait jamais accompli. Vous devriez vous inspirer de ce pardon, dont les effets sont immenses.

Car la paix en Europe depuis 58 repose sur ce double paradoxe : les Français ont pardonné aux Allemands; les Allemands d’aujourd’hui , bien qu’ils ne soient coupables de rien, connaissent leur histoire et essaient sincèrement de ne pas reproduire les erreurs du passé. Et ceci les rend grands aussi.

Français et Allemands se posent ainsi la seule question qui vaille: “Comment des gens comme moi (mes parents, mes grands-parents…) ont-ils pu perpétuer ces atrocités ? Si ces temps reviennent, aurai-je le courage, aurai-je la clairvoyance de ne pas contribuer à la violence ? De résister à ceux qui appellent à la violence ? ”

Cette question, c’est la question fondamentale que tous les être humains doivent se poser. Enfants des victimes, enfants des oppresseurs, nous pouvons tous un jour devenir bourreaux. Personne n’est protégé.

En condamnant injustement les Français d’aujourd’hui, vous perpétuez la haine. Les “intellectuels” qui vous fournissent des arguments en ce sens, au lieu de vous appeler à tourner la page, ont une immense responsabilité.

La justice n’est pas la vengeance. Le monde ne va pas mieux si les enfants des victimes ont pour seul objectif de devenir les bourreaux des enfants des anciens oppresseurs. Le racisme d’hier n’est pas annulé par celui d’aujourd’hui, mais au contraire prolongé. Le racisme envers la France est une fausse façon, qui vous abaisse, d’affirmer votre fierté.

La vraie grandeur : pardonner, sans oublier.

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De Rawls à Macron, en passant par l’école. De quoi le social-libéralisme est-il le nom ? 4 mai 2017

Par Thierry Klein dans : Economie, Politique.
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L’œuvre maîtresse de Rawls, « La théorie de la Justice »  est relativement  peu connue du grand public. C’est une œuvre monumentale, complexe, dense – et aussi imparfaite. On peut la comparer à celles d’Aristote, de Marx ou de Freud pour les raisons suivantes :

  • Les concepts introduits changent profondément l’interprétation du monde. Par exemple, pour Freud, le concept de l’inconscient. Pour Marx, celui de l’aliénation.
  • Ces œuvres s’inspirent de l’époque et y infusent tout à la fois. Elles ont une influence profonde qui se prolonge sur des dizaines ou des centaines d’années. Cette influence est principalement indirecte (c’est sans doute dommage). Peu de marxistes ont lu Marx dans le texte et pourtant tout le monde comprend le concept d’aliénation. Il en est de même pour le retour du refoulé.
  • Les textes sont bourrés d’erreurs, mais ces erreurs même sont souvent fondatrices et parfois géniales. Il ne reste rien, au sens des résultats scientifiques, de la Physique d’Aristote. Et pourtant Galilée lui rend constamment hommage. Même chose à des degrés divers pour Freud et Marx.

Tout se passe aujourd’hui comme si le consensus social-libéral résultait d’une sorte de synthèse, simpliste et réductrice, de “la théorie de la justice” - et en particulier des trois principes de Rawls (voir ci-dessous). Néanmoins, les adeptes de Rawls n’ont pour la plupart pas lu Rawls. Certes, la plupart des marxistes n’ont pas lu Marx. La plupart des catholiques ne connaissent les évangiles que de façon indirecte, via un catéchisme réducteur. Mais à la différence des marxistes ou des chrétiens, beaucoup de sociaux-libéraux ne connaissent même pas l’existence de la théorie de la Justice et donc n’ont aucune idée de la source de leur vision de la société. Le social-libéralisme est une sorte d’église sans évangile.

L’objectif initial de cet article était de mettre en évidence les liens qui relient les conceptions de Rawls aux politiques éducatives modernes, prônées par des organismes tels que l’OCDE, Terra Nova[1] ou mises en place depuis une trentaine d’années au sein de l’Education Nationale. Pour ce faire, les nombreuses autres relations de Rawls avec les politiques sociales libérales modernes doivent être aussi expliquées. Ces relations m’ont semblé, sous certains aspects, aussi intéressantes que leurs à-côtés éducatifs. J’ai donc décidé de les intégrer, quitte à beaucoup (trop) rallonger mon billet.

Celui-ci peut donc se lire, au final et évidemment en toute modestie, comme une tentative de déconstruction du libéralisme social, mouvement qui, grosso modo, va en France de la gauche dite « de gouvernement » à la droite dite « modérée » et dont se revendique notre prochain Président de la République[2].

Qu’est-ce que le libéralisme Rawlsien ?

« Mon objectif, explique John Rawls au début de sa  « théorie de la justice », est d’élaborer une théorie de la justice qui remplace ces doctrines : l’utilitarisme et l’intuitionnisme ».

Rawls part d’une position dite originelle. Il imagine les citoyens placés sous un voile d’ignorance : les citoyens sont certes adultes mais ne connaissent pas leur position future dans la société, leur statut, la classe sociale à laquelle ils vont appartenir. Ils doivent alors se mettre d’accord sur des principes, admissibles par tous, qui régiront cette société. Rawls « démontre[3] » que les trois principes sur lesquels les citoyens doivent se mettre d’accord sont les suivants[4] :

Premier principe (libertés): les citoyens doivent tous avoir accès au maximum de libertés de base (ou de « biens primaires » - les biens que tout homme normal désire et est en droit d’obtenir – par exemple, la nourriture)

Second principe (droits) : Si des inégalités existent, elles ne doivent pas nuire à l’égalité des chances.

Troisième principe (dit principe de différence) : si des inégalités existent, elles doivent maximiser le niveau de vie des plus faibles.

Le troisième principe et le problème du salaire maximum

Actualité électorale exige, je vais commencer par l’explication de ce troisième principe et montrer les différences entre le « social-libéralisme » de Rawls et le libéralisme (ou l’utilitarisme). Rawls ne cherche pas à supprimer les inégalités, mais à les utiliser pour maximiser la position des plus faibles[5].

Si l’impôt est conçu pour que tous les citoyens gagnent la même chose, il est évident que les citoyens les plus « productifs » (entrepreneurs, industriels, chercheurs…) sont découragés et cessent de produire – ou partent à l’étranger. Du coup, la richesse générale diminue et si le niveau de production est trop bas, le niveau de vie du citoyen le moins favorisé baisse. Ce débat, c’est celui du salaire maximum. Pour Rawls, on peut fixer un salaire maximum, mais celui-ci doit être suffisamment élevé pour que les forces productives gardent l’essentiel de leur motivation, la redistribution de richesse ayant des effets sur les plus pauvres supérieurs à la baisse de la production qui s’ensuit. Les mesures proposées en 2012 par le candidat Hollande, puis abandonnées par le Président, les mesures proposées en 2017 par le candidat Mélenchon sont toutes compatibles avec le modèle libéral Rawlsien.

A l’inverse, un utilitariste (ou un libéral) « pur » va avoir comme but unique d’augmenter la richesse totale  et va donc tolérer toutes les inégalités de richesse créés par le marché.

L’articulation des trois principes dans le social-libéralisme moderne

Le point clé qui régit les trois principes, c’est qu’ils doivent s’entendre dans l’ordre, le premier étant prioritaire sur le deuxième, lui-même prioritaire sur le troisième. Les deux premiers principes ont trait aux libertés et aux droits, seul le troisième principe a trait à l’économie et c’est ce qui fait de Rawls, au fond, un penseur « de gauche » - ou social. Aucun gain économique ne peut être justifié au détriment d’une liberté fondamentale. Aucun gain économique ne peut être justifié au détriment du principe d’égalité des chances.

Ce qui fait de Rawls un penseur libéral, c’est que, une fois ces principes établis[6], ils régissent toute la société selon une logique procédurale pure. Ils constituent l’état du droit sur lequel la société est fondée. Le marché est un des aspects de la société ainsi définie. Il tolère des inégalités « justes » – Rawls qualifie ainsi toute inégalité qui permet de faire monter le niveau de vie du plus pauvre.

Une critique psychologique de l’édifice Rawlsien

Mon objectif n’est pas ici de critiquer la « construction » Rawlsienne au sens économique du terme.  Je n’ai aucune compétence spéciale pour le faire et cette critique, ayant été mille fois faite (ou plutôt tentée), n’aurait pas grande originalité. Je vais plutôt essayer d’expliquer quelles sont les conséquences actuelles des théories de Rawls et à quoi tient leur succès.

Rawls et le retour du Religieux

Les citoyens qui se mettent d’accord sur les principes fondateurs ont leur propre croyance en tant qu’hommes. Le voile d’ignorance ne concerne que leur position sociale future dans la société. Rawls suppose – c’est la base de sa démonstration – que les citoyens vont trouver un consensus minimal sur les principes qui régissent leur vie en commun, et en particulier leur liberté, mais ne traite par définition pas le cas où une doctrine religieuse, que je vais nommer « intégriste », empêcherait l’établissement de tout consensus. L’hypothèse de Rawls, qui commence à publier, rappelons-le dans les années 70, c’est que l’Histoire a déjà pris fin. Les démocraties libérales comprennent peu à peu, depuis le 11 septembre 2001, que l’hypothèse de base est absurde. Certaines, refusant de le comprendre, en restent encore sidérées.

Social-libéralisme et multi-culturalisme.

En l’absence de position intégriste, le consensus Rawlsien est plutôt de nature multi-culturaliste. Les citoyens peuvent tous avoir leur propre vision de la société, de la vie religieuse et vivre dans des cultures totalement différentes au sein de la même nation. Peu importe l’aliénation, au sens où par exemple Marx l’entend, du moment qu’elle est compatible avec le consensus social. Dans une telle société, le concept d’intégration, au sens où nous l’entendons en France, n’a pas de sens. C’est sans doute pourquoi Rawls est enseigné si librement sur les campus américains. On voit bien aussi les problèmes d’une grande partie de la gauche et de la droite dites « libérales » à comprendre, parfois même à nommer, les attaques faites à la laïcité (par exemple, le problème posé par le voile ou le voile intégral). Il n’y a simplement pas, chez Rawls, de concept théorique correspondant. Cela ne fait pas partie de son logiciel.

La critique de Bourdieu sur Rawls / La bien-pensance Rawlsienne

Bourdieu critique la construction Rawlsienne au prétexte qu’elle ferait la part trop belle, de façon arbitraire, à la liberté et aurait pour objectif caché de justifier l’idéal démocratique américain. L’idéal de liberté (premier principe Rawlsien) serait donc encore un produit de l’habitus (la tendance du social à classer les objets selon un ordre arbitraire perçu comme naturel). On pourrait donner en réponse à Bourdieu l’argument de la Boétie[7], qui est aussi celui de Darwin, à savoir que l’amour de la liberté n’est pas un produit du social mais une donnée naturelle, biologique, manifeste non seulement chez l’homme mais aussi presqu’universellement répandue dans toute le règne animal. Mais là n’est pas la question. La critique de Bourdieu est pénétrante en ceci qu’elle cherche ce que la théorie de Rawls masque. Et ce qu’elle masque, c’est une forme sophistiquée de bien-pensance.

Les derniers seront les derniers.

Imaginez, dans une société utilitariste pure, la position des plus pauvres. Ceux-ci peuvent s’en prendre à la terre entière. Le capitalisme est injuste. La liberté et l’égalité des chances ne sont que formelles – il est évident que riches et pauvres n’ont en fait pas les mêmes droits ni les mêmes opportunités. Les pauvres peuvent lutter pour un avenir meilleur, même si cet avenir est lointain (« le grand soir ») ou très lointain (l’Eglise, opium du peuple, leur garantit que, après leur mort, « les derniers seront les premiers »).

Qu’en est-il du plus pauvre dans une société Rawlsienne ? Il n’est certes pas moins méritant que les autres, il a droit au respect des autres et de lui-même (notion centrale chez Rawls, car sans respect de soi-même, il ne peut y avoir d’égalité réelle des chances). Mais il faut  bien qu’il admette aussi, le pauvre bougre, que la société a tout fait, absolument tout, pour qu’il ait la meilleure position économique possible. Il ne peut donc, ne doit donc pas se plaindre. « Toutes les mesures nécessaires pour améliorer les choses ont été prises ». Cette petite musique doit vous rappeler quelque chose.

Mathématiquement, si on améliorait la condition du mois bien loti, cela signifierait qu’on créerait d’autres derniers, dont le niveau de vie serait alors inférieur. Ou qu’on porterait atteinte aux droits fondamentaux (principe 2). Ou aux libertés fondamentales (principe 1). Chez Rawls, les derniers sont les derniers, et c’est très bien comme ça.

La bien-pensance

Pour les plus favorisés, la théorie Rawlsienne est donc idéale : ils sont au sommet de l’échelle et ils ont en plus la satisfaction profonde de vivre dans la meilleure société possible pour ceux qui sont en bas. Dans une telle société « libérale avancée », une fois les principes de gouvernement posés, il n’y a pour ainsi dire plus de mesure politique à prendre

Les arbitrages sont principalement de nature technique et ils nécessitent un niveau d’expertise important. On assiste à la création d’une élite fonctionnarisée satisfaite d’elle-même qui n’a plus à communiquer au Peuple le pourquoi des arbitrages, cette communication devenant finalement la seule fonction du personnel politique[8]. Les moins favorisés n’ont plus d’échappatoire possible et traversent comme hébétés les bas-fonds livides de la société Rawlsienne. Dieu a disparu, la déconstruction a fait son œuvre et il n’y a plus de grand soir envisageable puisque la société qui en résulterait serait pire que l’existante. Rose, c’est rose, il n’y a plus d’espoir. On vous encule, mais avec le plus profond respect. La démocratie Rawlsienne, c’est le valium du peuple.

Les sociaux-libéraux sont des rawlsistes qui s’ignorent

Il faut faire crédit à Rawls d’avoir répondu par avance à la plupart des critiques envisageables – un des aspects qui rend son œuvre fascinante. La société que je critique au paragraphe précédent emprunte des traits à celle que Rawls nomme « Aristocratie naturelle » - étape vers la démocratie parfaite telle qu’il la conçoit. En toute rigueur, ma critique vise donc avant tout les adeptes sociaux-libéraux, conscients ou inconscients, de Rawls plutôt que la construction Rawlsienne elle-même.

Les formes de démocraties Rawlsiennes

Dans une certaine interprétation, la démocratie Rawlsienne n’a plus besoin d’élus et peut reposer presqu’entièrement sur ses fonctionnaires (selon le modèle de l’Union Européenne). Ou, si le Président est lui-même un technicien et n’assume pas son rôle de « grand communicant », on assiste à une interprétation à la Hollande, qui attend simplement pendant tout son mandat que la « boîte à outils » mise en place pendant les premières années de son mandat produise ses effets positifs. Le côté technique et désincarné jusqu’à l’absurde du modèle transparaît alors et les positions politiques dites extrêmes (c’est à dire remettant en cause le modèle lui-même) progressent.

La démocratie Rawlsienne ne réussit en fait jamais mieux que lorsque le Politique assume son rôle de façon flamboyante et parvient à donner du sens à des mesures techniques qui n’en ont pas forcément (par exemple Kennedy, Trudeau et peut-être bientôt Macron ?). C’est un des paradoxes du modèle pourtant basé sur une méthode procédurale pure, sur une croyance absolue en la puissance des mécanismes du Droit.

Le glissement de la notion de respect.

Rawls met au centre de sa théorie la notion de respect, au nom de son deuxième principe (égalité des chances), dont on rappelle qu’il a une priorité supérieure au principe économique de différence. « Il faut chercher à donner aux plus défavorisés l’assurance de leur propre valeur, afin de limiter les formes de hiérarchie et les degrés d’inégalité que la justice autorise ».

Vers le premier principe…

Les précieux ridicules ont pris possession du jargon Rawlsien et dans notre société, le mot « respect » est mis à toutes les sauces et perd tout sens. Dans les quartiers, il vaut mieux ne pas se faire rappeler qu’on a manqué de respect à quelqu’un, car cela signifie qu’on a enfreint la loi mafieuse, qui est, en fait, l’exact contraire de la liberté telle que Rawls la définit dans son premier principe : « manquer de respect », c’est rappeler à l’autre que son attitude est en contradiction avec le principe de liberté.

Vers le troisième principe…

Le joueur de foot professionnel déclare lui qu’on lui a manqué de respect si l’offre salariale faite par son club (offre pourtant indécente) est inférieure à ses espérances. Manquer de respect à Franck Ribéry, c’est simplement lui rappeler que ses attentes sont en contradiction avec le principe économique de différence (minimax).

D’une façon générale, le terme « respect » est employé dans notre monde à chaque fois qu’il faut masquer la contradiction entre les principes Rawlsiens et la dure réalité. Hollande expulse Leonarda mais perd son temps à faire savoir qu’il la respecte. Les salariés de Florange doivent être licenciés mais surtout écoutés et respectés, etc. On reproche à Emmanuel Macron – sans doute une erreur de jeunesse - de traiter des ouvrières d’illettrées au nom du respect qui leur est dû (cela évite d’essayer de comprendre comment cette situation peut se produire dans une société où l’école est obligatoire).

L’intolérance rawlsienne

Un libéral pur, se promenant dans notre monde moderne tel le Candide de Voltaire, aurait évidemment un mal fou à se persuader qu’il s’agit du meilleur des mondes possibles.

Mais le libéral-social Rawlsien, à condition qu’il ne gratte pas trop fort, dispose d’outils théoriques convenables pour s’en convaincre. Son standard de comportement, l’altruisme dont il fait preuve sont nettement en dessous de l’idéal chrétien : il ne s’agit plus de traiter son prochain comme soi-même, mais comme soi-même aurait pu l’être s’il avait, par malchance, hérité de la position la moins favorisée.

Au sens de l’évolution des idées, la position dite « progressiste » est donc une position chrétienne imparfaite, archaïque (ou si l’on est croyant, pervertie). Pour le reste, à partir du moment où ils paient leurs impôts, où ils font preuve envers l’autre de tout le respect qui lui est dû, les plus riches peuvent vivre en toute bonne conscience.

Cette position est évidemment très, trop confortable et repose sur des bases bien peu solides, ce qui fait que tout questionnement doit être refoulé. Si vous remettez en cause ce sophisme, vous serez traité, au choix, de populiste, de fasciste, d’idiot, d’être irrationnel ou instable (c’est selon). Car, « toutes les études le prouvent », vous êtes dans le camp du mal. Et alors,

« Pas besoin d’être Jérémie

Pour d’viner l’sort qui vous est promis. »

Les sociaux-libéraux sont des conservateurs.

Les sociaux-libéraux se vivent comme “progressistes” et une grande confusion politique résulte du fait qu’ils ont obtenu le monopole de ce terme. Cependant, Marx les aurait simplement qualifiés de bourgeois honteux. Le social-libéralisme actuel, n’étant qu’une façon de rationaliser les injustices de la société, de les justifier en disant que rien de plus ne peut, ne doit être fait pour combattre l’injustice, n’est avant tout qu’un conservatisme.

Tous ceux qui dénoncent cet état de fait seront traités de populistes (ce n’est pas entièrement faux: parfois, ils le sont !). Mais pour les “progressistes”, ils le sont nécessairement puisque je vous rappelle qu’il n’y a rien de mieux à faire. Tout a déjà été essayé.

La position vis-à-vis de l’Islamisme

L’extrême-gauche n’est pas dans une logique Rawlsienne mais adopte une tolérance extrême pour tout ce qui touche à l’Islam au nom de son engagement à supporter les plus défavorisés –la raison morale de cet engagement est probablement liée à notre tradition judéo-chrétienne mais il ne faut pas non plus le rappeler trop fort - toute référence à cet héritage est honnie (« on nie »). Au nom, donc, de l’aide envers le plus faible, elle qualifie les excès de l’Islam de « production du social » et elle accepte de renoncer aux lendemains qui chantent, à la prise de conscience de l’aliénation religieuse qui va de pair avec l’Islam intégriste. Pour oublier cette trahison, elle redouble de vigilance sur les crimes passés et présents de l’Eglise, de l’inquisition au refus de l’avortement et sur le comportement forcément condamnable des mâles blancs dominants, qui bien entendu sont à la source de la « production du social » stigmatisant l’Islam.

Cette position « indigéniste » est très différente, sur le fond, de la position multi-culturaliste Rawlsienne décrite plus haut, qui correspond plutôt à une sorte d’indifférence (en général renommée « tolérance ») conduisant à un « laisser-faire » généralisé en la matière[10]. Mais les deux positions sont, dans une très large mesure, compatibles et c’est pourquoi la tolérance vis-à-vis de l’islamisme est une notion partagée de l’extrême-gauche (soutien) au centre-droit (indifférence / incompréhension des enjeux et souvent même, incapacité totale à nommer ces enjeux sur lesquels la théorie Rawlsienne ne dit rien). Les indigénistes / islamistes, situés à l’extrême-gauche du PS, n’ont aucun mal à soutenir Macron qui affiche une simple position de « respect » vis-à-vis de l’Islam et d’indifférence profonde vis-à-vis de ses manifestations visibles. Et Macron accepte sans problème apparent ce soutien.

 

La position vis-à-vis de la laïcité.

On reproche souvent à la gauche d’avoir abandonné la laïcité. Mais c’est oublier qu’à gauche, l’anticléricalisme précède la laïcité et que, pour une grande partie de la gauche, la notion de laïcité n’a jamais été que le prolongement d’un anticléricalisme viscéral, primaire. Alors que la laïcité, lorsqu’elle est correctement comprise, est une position de tolérance et une protection contre les excès de la religion.

Pour cette gauche là, qui ne sait en quelque sorte pas lire, l’Eglise, prise au sens le plus littéral, le plus restreint qui soit - c’est-à-dire l’Eglise catholique - sera toujours l’unique opium du peuple. (De même, les adeptes actuels de la théorie du genre ont interprété au sens littéral la phrase de Simone de Beauvoir : “on ne naît pas femme, on le devient”. Beaucoup de malentendus politiques seraient évités si les lecteurs étaient à la hauteur).

Cette gauche là n’a eu aucun mal à soutenir l’islamisme au nom du soutien des plus pauvres, car elle n’a jamais été réellement laïque mais simplement anticléricale. Il y a eu, pendant une centaine d’année, identité entre ces deux positions.

Et c’est cette gauche là qui accuse automatiquement d’islamophobie tous les “républicains” (j’appelle ainsi ceux qui ont compris la notion de laïcité et qui entendent limiter la puissance politique de toutes les religions, quelles qu’elles soient, Eglise ou Islam). Elle ne peut, elle ne sait concevoir le débat autrement qu’avec ces œillères.

Et l’éducation dans tout ça ?

Lecteur, tu as sans doute oublié que le but de mon article était de traiter des conséquences de l’œuvre de Rawls sur l’école. Mais heureusement (ou peut-être malheureusement) pour toi, ce n’est pas mon cas.

L’œuvre moderne qui a eu le plus d’impact sur l’école est celle de Bourdieu. Pour Bourdieu, l’école n’est qu’une production sociale, un mythe qui, sous couvert de sélectionner « les meilleurs », permet la reproduction des classes sociales dominantes et destiné à donner à cette reproduction un semblant de rationalité. L’école n’est pas le lieu de la transmission du savoir, mais transmet de simples codes qui sont les codes des classes culturelles dominantes.

Cette théorie est à la fois brillante et absurde. A moins de considérer que la rotation de la terre autour du soleil soit aussi une « production du social »[11], il est prouvé qu’en matière de sciences au moins, c’est un savoir de nature non relative que l’école transmet aux élèves et il est évident, même si toute démonstration rigoureuse est impossible, qu’un savoir est transmis aussi dans les Humanités, même si ce savoir est forcément mélangé à des codes.  La théorie de la « reproduction » de Bourdieu, relayée par ses innombrables disciples, est en grande partie responsable de l’effondrement actuel de l’école et de sa profonde crise morale. S’il s’agit simplement de transmettre des codes, quelle est alors l’utilité réelle du professeur ? Et où trouver le mérite de l’élève, si tout bon élève n’est que l’« héritier culturel »  des codes de sa classe sociale[12] ?

La position de Rawls est très différente de celle de Bourdieu, mais là encore, compatible avec sa théorie de la reproduction. Rawls ne déconstruit pas la notion de savoir mais uniquement celle de mérite. Pour lui, l’intelligence, comme la richesse héritée, sont des attributs reçus à la naissance, une chance – et non un mérite. Rawls reconnaît aussi que le goût pour l’école, pour le travail intellectuel dépendent profondément du milieu familial et que donc même les efforts des élèves habituellement qualifiés de « méritants » sont, pour une très large part, la résultante de l’environnement et non pas d’un mérite personnel. C’est à ma connaissance le seul penseur libéral à avoir une pleine lucidité sur le sujet. Le mérite, pour Rawls est donc largement attaché aux conditions initiales du sujet, donc à la chance.

[L’infiltration des sociaux-libéraux par les extrémistes.

Le modèle Rawlsien ne partage pas les prémisses ni les causes des indigénistes, des intégristes, des ultra-gauchistes  mais on voit qu’il est, le plus souvent, compatible avec leurs conclusions.  Ceci soit au nom d’une certaine tolérance (en fait, plutôt une forme d’indifférence), soit parce qu’il induit lui-même déjà une certaine forme de déconstruction. Les mouvements sociaux-démocrates sont donc un point d’entrée idéal pour les extrémismes et me semblent peu protégés contre cette forme d’entrisme. C’est un grand danger pour l’avenir.]

Le principe de différence en matière éducative

On a vu depuis 30 ans apparaître dans l’école française une sorte de notion « maximin » éducative, qui, bien qu’elle n’ait jamais été théorisée par Rawls correspond bien à l’application du principe de différence appliqué au niveau des élèves. Dans une très large part, les réformes menées depuis 30 ans ont bien pour objectif plus ou moins affiché de maximiser le niveau de l’élève le plus faible. Nombreux sont les enseignants qui reçoivent cette « consigne » en inspection. François Dubet préconise[13] que les connaissances à acquérir au collège soient définies «en fonction de ce que doit savoir le plus faible des élèves » et cette philosophie ressort aussi de diverses publications de Terra Nova, lobby de réflexion libéral de gauche qui a inspiré les dernières réformes de l’Education Nationale – et en particulier la Réforme du collège.

Evidemment, ceux qui prônent cette stratégie sont encore les héritiers, à leur corps défendant, d’une tradition chrétienne non assumée et pervertie : la défense des plus faibles. Mais surtout, ce « principe » éducatif ne repose, à la différence du principe économique, sur aucune base théorique solide et son application est extrêmement nuisible.

 

L’éducation est un point très important dans l’œuvre de Rawls car elle doit en particulier garantir au citoyen l’égalité des chances et l’accès juste aux positions (principe n°2 voir plus haut). Cependant, Rawls ne fait, à aucun moment appel à un quelconque principe « maximin » en matière scolaire.

En effet, un tel principe est, sur le plan théorique, une absurdité. La pertinence du principe de différence en matière économique est liée au fait que, la production n’étant pas infinie, il faut la répartir de façon équitable et « partager le gâteau ». Ce que les pauvres obtiennent, les plus riches ne l’auront pas. En matière de niveau, ou de savoir, rien[14] ne s’oppose à ce que le moins favorisé reçoive le même savoir, développe les mêmes compétences, que le plus favorisé. La nature du savoir est logicielle. Comme vos fichiers musicaux, il peut être dupliqué à l’infini (avec la différence notable que copier un fichier prend quelques secondes, alors que le processus de transmission du savoir s’étale sur une vingtaine d’années). C’est ce principe qui fonde l’école dite républicaine – et il est mieux fondé en raison que sa perversion « Rawlsienne ».

Les droits fondamentaux des élèves les plus doués (quelle qu’en soit la raison) sont violés par l’application du principe « maximin » à l’école. On empêche aujourd’hui beaucoup d’enfants de progresser librement et de développer leurs capacités intellectuelles en les bridant. Or, pour Rawls, ces droits tiennent des principes numéro 1 et 2, qui sont absolument prioritaires sur le principe « maximin ». L’application de la théorie du développement du niveau plus faible est donc en complète contradiction avec la construction Rawlsienne.

Non seulement on nuit aux droits fondamentaux des élèves les plus doués, mais cette nuisance ne profite probablement en rien aux élèves les moins doués. L’argument du niveau du plus faible permet simplement aujourd’hui à l’Education Nationale de justifier la baisse dramatique du niveau scolaire, dans l’absolu et comparativement aux autres pays, que subit le pays depuis 30 ans. L’école de « la réussite pour tous les élèves » devient progressivement l’école de l’ignorance pour tous.

Le principe de différence appliqué à l’Education

En matière scolaire, l’objectif philosophique de l’Education Nationale devrait être de faire monter le niveau moyen des élèves et de permettre, dans la mesure du possible, à chaque élève d’atteindre 1) le niveau scolaire minimal permettant sa participation éclairée en tant que citoyen à notre société (en vertu du principe n°2 de Rawls qu’on pourrait ici renommer « principe d’émancipation » puis 2) son niveau maximum, son « potentiel scolaire » (principe n°3 de Rawls appliqué à l’éducation).

Seul ce double objectif est compatible avec les conceptions de Rawls et il n’a rien à voir avec l’objectif actuel – l’augmentation du niveau du plus faible. Si ces objectifs étaient inscrits dans la loi, on pourrait s’en servir pour, réellement, commencer à refonder l’école.

 

 

 

 

 

[1] http://www.liberation.fr/france/2012/06/03/olivier-ferrand-poil-a-gratter_823292

[2] http://theconversation.com/quest-ce-que-le-liberalisme-egalitaire-comprendre-la-philosophie-de-macron-76808

[3] Je juge pour ma part que Rawls échoue dans sa démonstration. Celle-ci prend plusieurs centaines de pages et n’est pas l’objet de cet article. Je vous renvoie à son livre directement pour les détails de cette « démonstration », géniale sous de nombreux aspects. Toutes les explications que j’ai pu en lire sont en effet plus complexes ou moins convaincantes que l’exposé original.

[4][4] En fait, Rawls énonce deux principes, contenant trois clauses. Pour simplifier mon exposé, je les présente sous la forme de trois principes. Cette présentation ne nuit en rien aux réflexions que contient ce billet.

[5] On parle, en mathématiques, d’une optimisation « maximin ».

[6] Rawls passe des centaines de pages à construire puis à « démontrer » ces principes. Rappelons qu’il a pour objectif une démarche non intuitionniste.

[7] Discours de la servitude volontaire / La descendance de l’homme et la sélection sexuelle

[8] Ce fonctionnement a été théorisé par John Kennedy, dont le modèle de gouvernement a profndément inspiré Rawls. Toujours Kennedy  « If a free society cannot help the many who are poor, it cannot save the few who are rich.” ou encore ““If by a “Liberal” they mean someone who looks ahead and not behind, someone who welcomes new ideas without rigid reactions, someone who cares about the welfare of the people-their health, their housing, their schools, their jobs, their civil rights and their civil liberties-someone who believes we can break through the stalemate and suspicions that grip us in our policies abroad, if that is what they mean by a “Liberal”, then I’m proud to say I’m a “Liberal.” De nombreuses déclarations de Macron durant la campagne 2017 sont des adaptations plus ou moins libres de ces dernières citations.

 

[9] Il faut faire crédit à Rawls d’avoir répondu par avance à la plupart des critiques envisageables – un des aspects qui  rend son œuvre fascinante et immense.  La société que je critique ici emprunte des traits à celle que Rawls nomme  « Aristocratie naturelle » - étape vers la démocratie parfaite telle qu’il la conçoit. En toute rigueur, ma critique vise donc avant tout les adeptes, conscients ou inconscients, de Rawls plutôt que la construction Rawlsienne elle-même.

[10] Kennedy : « If we cannot end now our differences, at least we can help make the world safe for diversity.”

 

[11] Voir par exemple https://www.speechi.net/fr/2013/12/03/pourquoi-le-niveau-baisse-cest-la-faute-a-bourdieu/

[12]  Selon Najat Vallaud-Belkacem et Jean-Marie Le Guen, interviewés sur la réforme du collège, , Les élèves qui choisissent l’option latin-grec sont  les « sachants »dont les parents auraient les « codes » nécessaires pour favoriser la réussite scolaire et reproduire leur position sociale. La preuve ? ces élèves constituent bien « les 20% qui réussissent » !

[13] Le 16/06/2001 au Forum des États Généraux de l’Écologie Politique) http://www.humanite.fr/node/314535

[14] Hors peut être la nature (les dons) et la naissance (le milieu social)

[15] Psychanalyse des foules et analyse du moi

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